L’essentiel sur le nouveau rapport du Giec consacré aux solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et atténuer le changement climatique

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Centrale solaire thermodynamique NOOR 1, près de Ouarzazate, Province de Ouarzazate, Région du Drâa-Tafilalet, Maroc (31° 0'30.90"N - 6°51'37.08"O) © Yann Arthus-Bertrand

Le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) publie ce lundi 4 avril le dernier volet de son rapport consacré aux moyens de faire face à l’urgence climatique. Tandis que les deux précédents volets de ce 6e rapport des experts du climat de l’ONU ont confirmé l’urgence climatique, ce nouveau rapport titré AR6 Climate Change 2022: Mitigation of Climate Change (6e rapport d’évaluation sur le changement climatique : l’atténuation du changement climatique) doit permettre aux gouvernements de trouver des solutions pour limiter le réchauffement à 2°C. Il passe en revue les possibilités existantes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. La sortie rapide des énergies fossiles (le pétrole et le charbon), l’électrification, la décarbonation de l’économie ainsi que la capture et le stockage du carbone figurent parmi les solutions mises en avant. Le Giec constate aussi un ralentissement dans l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre et une insuffisance des investissements.

Dernier avertissement du Giec : moins de 10 ans pour transformer en profondeur l’économie et limiter le réchauffement à 1,5°C

« C’est maintenant ou jamais si nous voulons limiter le réchauffement climatique à 1,5°C », affirme Jim Skea, co-président du groupe de travail 3 du Giec qui a rédigé ce rapport. « Sans d’immédiates et d’importantes réductions des émissions de tous les secteurs, cela deviendra impossible ». Selon les scientifiques du Giec, afin de stabiliser la hausse des températures a 1,5°C, les émissions de gaz à effet de serre doivent atteindre leur pic en 2025. Puis diminuer de 43 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2019. Dans le même temps, il faut baisser d’un tiers les émissions de méthane. L’ambition est d’atteinte la zéro émission nette de CO2 voire de gaz à effet de serre, un objectif plus ambitieux que la neutralité carbone.

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Les scientifiques écrivent que « même si nous y parvenons, il est inévitable que nous franchissions temporairement ce seuil [de 1,5°C NDLR], mais nous pourrons repasser en-dessous d’ici la fin du siècle ». Le rapport incrimine d’ailleurs les ménages les plus riches pour leurs émissions dont la part est jugée « disproportionnée ». Les 10 % les plus riches émettent en effet entre 34 et 45 % du total des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Une priorité : réduire l’utilisation des énergies fossiles

« Disposer des bonnes politiques, des infrastructures et des technologies en place afin de modifier nos modes de vies et nos comportements peut aboutir à une réduction de 40 à 70 % de nos émissions de gaz à effet de serre en 2050. De plus, ces changements dans nos modes vie améliorons notre santé et notre bien-être », déclare Priyadarshi Shukla, co-présidente du groupe de travail du Giec.

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L’énergie, principal facteur des émissions anthropiques, reste au centre des mesures à prendre, qu’elles soient technologiques ou comportementales. Le Giec estime que les changements requis passent par une « réduction substantielle » de l’utilisation des énergies fossiles, comme le charbon ou le pétrole, par l’électrification à condition que le courant produit provienne de sources peu émettrices comme les renouvelables.  Les experts du Giec notent ainsi que les coûts de l’électricité solaire et éoliennes ont diminué de 85 % depuis 2021, rendant ces énergies très compétitives. Ils plaident également en faveur du développement de l’hydrogène. Les scientifiques du climat rappellent l’importance de l’industrie dans la production et la consommation d’énergie alors que ce secteur est parvenu à faire des progrès.

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Les scientifiques insistent également sur le rôle clef des villes, puisque plus de la moitié de l’humanité y vit. La population urbaine va encore croître. Or, la marche et les mobilités douces peuvent se développer à condition de concevoir des espaces urbains compacts et accessibles.

Des signaux positifs pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre

Même si elles n’ont pas encore commencé à décroître, les émissions augmentent moins vite. Céline Guivarch, directrice de recherche au CIRED (Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement) et co-auteure du rapport illustre ce ralentissement : « entre 2010 et 2019, les émissions ont augmenté de 1,3 % par an en moyenne contre 2 % par an durant la décennie précédente. » Elle insiste sur le fait que le dernier rapport du Giec dise clairement, en plus de l’urgence à agir, que « il existe déjà des options pour réduire de moitié les émissions de CO2 et que les options technologiques ne sont pas les seules. »

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Le rapport constate toutefois que 18 pays ont réduit de manière durable leurs émissions sur plus d’une décennie, ce qui est un signal positif. Cela s’explique par les progrès dans l’efficacité énergétique et dans la décarbonation de l’économie. Ces avancées ont aussi réduit l’intensité carbone de la production d’énergie et de biens. Le Giec estime que la reproduction de certains de ces modèles, qui ont permis de réduire de 4 % les émissions nationales par an, s’avère compatible avec une trajectoire de maintien des températures sous le seuil de 2°C.

Franck Lecocq, directeur du CIRED (Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement) a participé au rapport du Giec. Il rappelle que d’une part « réduire les gaz à effet de serre, c’est aussi limiter les impacts du réchauffement climatique ». Il ajoute, d’autre part, bien que à court terme des mesures climatiques ont des effets économiques et sociaux difficiles, « de nombreuses politiques climatiques ont des effets bénéfiques sur l’économie et la santé puisque réduire les énergies fossiles dans la production d’énergie ou les transports améliore la qualité de l’air. »

La réduction du coût des technologies bas carbone est mise en avant dans le rapport. Il précise aussi les technologies du numérique peuvent jouer un rôle clef tout en mettant en garde sur le fait qu’il faut en maitriser les usages. Dans le résumé pour les décideurs, on peut lire que « certains des gains offerts par le numérique dans l’atténuation du changement climatique peuvent être réduits voire contrebalancés par la hausse de la demande en biens et en services numériques ».

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Enfin, le rapport alerte sur le manque d’investissements. Selon ses auteurs, il faudrait que ceux-ci dans la lutte contre le réchauffement soient 3 à 6 fois plus conséquents. « La coopération internationale est un facteur important », explique Raphaël Jachnik. Ce spécialiste de la finance climat à l’OCDE et co-auteur du rapport estime par exemple que « atteindre les objectifs climatiques nécessite des transferts de technologie plus rapides et à plus grande échelle ».

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Le choix de miser sur la technologie du captage du CO2 dans l’air et son stockage

Les scientifiques insistent sur la nécessité de retirer les gaz à effet de serre déjà émis, comme le CO2 dont la durée de vie dans l’atmosphère est d’une centaine d’années. Le résumé pour les décideurs précise ainsi qu’il faudrait mettre en place des unités de captage et de stockage du CO2 (CCS), notamment en réaménageant des sites d’extraction d’énergies fossiles en site de stockage géologique.  Il y est écrit que « le CCS est une option pour réduire les émissions des énergies fossiles ou de l’industrie » et que, sous certaines conditions, la technologie « peut permettre d’employer les énergies fossiles un peu plus longtemps ».

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Une expertise scientifique certaine, mais pas forcément du goût de tous les gouvernements, ce qui explique le retard sur l’adoption du résumé pour les décideurs

Le 3e volet du 6e rapport du Giec est rédigé par 278 auteurs principaux issus de 65 pays. Ils ont passé en revue des milliers d’études scientifiques afin de proposer une synthèse exhaustive sur la science du climat et des solutions face au réchauffement. Leurs travaux sont compilés dans le rapport de plusieurs milliers de pages. Il présente des solutions afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Cependant le résumé pour les décideurs, qui fait une soixantaine de pages, est soumis à l’approbation des représentants des gouvernements sur les termes employés. « Cette discussion est extrêmement importante car elle doit permettre d’extraire de façon synthétique et précise le contenu de milliers et de milliers de pages », explique Henri Waisman de l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales). Ce spécialiste de la décarbonation a participé aux rapports du Giec et résume ainsi la portée du travail du Giec au micro du podcast Cap sur la transition Tout comprendre sur le GIEC de l’IDDRI : « l’analyse scientifique montre que beaucoup de choses qu’on fait aujourd’hui, ou dans les prochaines années, vont conditionner notre capacité à aller vers un changement climatique maitrisé ou en tout cas limité. » Fort logiquement, certains pays veulent en édulcorer le contenu qui remet en cause leurs activités ou leurs responsabilités, c’est notamment le cas des pays producteurs de charbon ou de pétrole qui demandent à ce que certains mots soient retirés ou l’apport de nuances.

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Ces points d’achoppement se répercutent non pas dans le contenu du rapport du Giec mais dans l’adoption de ses travaux, en effet, la BBC rapportait dès dimanche que les pays producteurs d’énergies fossiles se montrent réticents à l’inscription de telles mentions et que les pays en développement demandent à pouvoir encore employer ces énergies. Du fait des discussions sur les termes à inscrire, l’adoption du résumé pour les décideurs a pris 2 jours de retard et fait l’objet de négociations entre différents pays dont la Chine et les États-Unis sur des questions de finance, selon The Guardian et la radio Europe 1, mais le document final, qui accompagne la sortie du rapport de plus de 3000 pages a finalement été approuvé. Il faudra cependant encore du temps pour en retirer toute la substance.

La réaction à chaud des experts climat de la Fondation GoodPlanet

« Ce nouveau rapport du GIEC réaffirme, s’il le fallait encore, l’urgence dans laquelle nous nous trouvons tous. Il met le doigt sur les solutions et porte en soi de l’espoir : nous avons encore la possibilité de réduire entre 40 à 70% des gaz à effet de serre en 2050. Pour cela, un rythme de réduction soutenu et impliquant un changement profond est nécessaire dans les 10 ans à venir », réagit Matthieu Jousset, directeur du pôle Action Carbone Solidaire de la Fondation GoodPlanet. Ce pôle conduit depuis 15 ans des projets de réduction des émissions de gaz à effet de serre en France et dans le monde entier avec ses partenaires.
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Julien Leprovost
Article édité le 4 avril 2022 à 18h pour corriger des coquilles et fautes de frappe. Article édité le 4 avril 2022 à 19h pour ajouter la réaction de Matthieu Jousset sollicité plus tôt dans la journée et qui n’avait pas pu répondre auparavant.

À propos de la Fondation GoodPlanet
La Fondation GoodPlanet œuvre depuis 15 ans sur le terrain afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre et protéger la biodiversité. Découvrez son calculateur carbone, son programme Action Carbone Solidaire et son engagement pour une alimentation plus durable respectueuse du climat.

La page du rapport du dernier rapport AR6 Climate Change 2022: Mitigation of Climate Change du Giec sur le site du Giec

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