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Les Français prêts à réduire leur consommation de viande, selon un sondage du Réseau Action Climat

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Troupeau de vaches près de San Pedro, département de Colonia , Uruguay © Yann Arthus-Bertrand

Coïncidence du calendrier, au moment où l’absence provisoire de viande au menu des cantines de Lyon suscite un vif débat, le Réseau Action Climat (RAC) rend public un sondage qui montre qu’une grande partie des Françaises et Français se dit prête à réduire sa consommation de viande. 96 % des sondés affirment consommer de la viande, mais pas forcément tous les jours, et 48 % disent avoir réduit leur consommation au cours des trois dernières années.

Ce désir de diminution de la viande ne signifie pas pour autant un rejet total des produits d’origine animale. En effet, il ressort de ce sondage, effectué et sorti avant le vote de la loi Climat qui doit reprendre une partie des mesures portées par la Convention Citoyenne, que 74 % des français profiteraient des économies réalisées par une diminution de leur consommation de viande pour investir dans une alimentation de meilleure qualité. Ils se tourneraient vers une viande de meilleure qualité ou des alternatives végétales.

« On n’est pas malade de manger de la viande mais plutôt de la trop grande place qu’elle a prise dans notre régime alimentaire et nos sociétés », commente le cuisinier Gilles Daveau qui dispense des formations sur les alternatives à la viande ou des manières plus écologiques de la préparer.

L’élevage est responsable de 14,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Au niveau français, l’agriculture est le second secteur économique le plus émetteur de gaz à effet de serre. La manière de produire l’alimentation et de la consommer se répercute sur le climat. Anthony Fardet, chercheur à l’INRAE, rappelle le fait que « le système alimentaire mondial représente 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. L’alimentation est donc un levier à ne pas négliger. »

Toutefois, la santé arrive en tête (43 %) devant les économies réalisées, le bien-être animal (36 %) et l’impact sur l’environnement (33 %) dans les raisons qui conduisent les Français à revoir à la baisse leur consommation de viande.

Une attente d’un accompagnement de l’État pour favoriser la réduction de la consommation de viande

Benoit Granier, responsable alimentation au sein du Réseau Action Climat précise que ce sondage montre : « une adhésion massive des Français au principe du moins et mieux en ce qui concerne la viande. Il existe un soutien massif pour une végétalisation de l’alimentation. Il y a une attente de politiques publiques volontaristes allant dans ce sens. »

Cette enquête d’opinion réalisée mi-février par Harris Interactive sur un échantillon représentatif de 1063 personnes, révèle que la population considère que les pouvoirs publics n’agissent pas suffisamment pour faire connaître et promouvoir les alternatives à la viande. Ainsi, pour 9 Français sur 10, les pouvoirs publics n’agissent pas suffisamment pour encourager une alimentation de meilleure qualité. Ils sont 6 sur 10 à estimer que les pouvoirs publics devraient notamment améliorer l’information sur les alternatives à la consommation de viande, et promouvoir davantage la consommation de viande de meilleure qualité. Dans la continuité de ces résultats, 83 % des interrogés demandent des mesures pour limiter l’élevage industriel.

Comment les Français voient les moyens de diminuer leur consommation de viande

D’un côté, la population exprime son souhait de se tourner vers une viande locale, jugée de meilleure qualité, de l’autre, elle plébiscite (87 % des sondés) les protéines végétales brutes ou très peu transformées à 87 % (lentilles, pois chiches, pâtes complètes, etc.), loin devant des alternatives encore peu répandues aujourd’hui comme la viande de synthèse ou les insectes. Actuellement, en France, 40 % des calories quotidiennes ont pour origine les protéines carnées. Or, souligne le chercheur à l’INRAE Anthony Fardet : « le régime dit occidental omnivore avec une place prépondérante accordée à la viande est peu durable. Passer à un régime végétarien permettrait de réduire de 70 % les émissions de gaz à effet de serre par calorie produite. »

Ce changement passe par une redécouverte alimentaire. « Les légumineuses sont peu chères. Ce sont de grandes sources de protéines dont la consommation a été divisée par 10 en un siècle », explique Gilles Daveau. Le cuisinier déplore : « le manque de culture culinaire » qu’il voit comme un frein. « Il est possible de découvrir de nouvelles manières de cuire la viande à basse température pour limiter les pertes en protéines et en eau.  Ou encore les bienfaits des protéines végétales. Les légumineuses sont onctueuses, porteuses de goût et permettent de diminuer le gras. Comme ingrédients, elles peuvent devenir la matière première des plats, ce qui est moins cher et permet de gagner du temps dans la préparation. »

Anthony Fardet de l’INRAE rajoute qu’on peut aisément diminuer par deux la part de produits d’origine animale dans le régime des Français, sans que cela ne pose de problèmes sanitaires, au contraire même, puisque la surconsommation de viande rouge s’avère néfaste pour la santé, selon l’OMS. Il rappelle aussi qu’il convient de se méfier des produits industriels ultra-transformés et d’en limiter la consommation. Or, ceux-ci, apparus dans les années 1950, composent les deux tiers des références dans les moyennes et grandes surfaces. Ce qui fait qu’ils « comptent pour 35 % des calories chez l’adulte et 47 % chez l’enfant », précise le scientifique.

Enfin, « L’État devrait encourager la moindre consommation de viande. il existe une demande et une tendance pour moins de viande, mais produite localement », résume Cyrielle Denhartigh, responsable agriculture du RAC. « Cela montre pourtant qu’une réduction de la consommation de viande peut se faire au bénéficie des éleveurs français. » Ainsi, du côté de l’offre, afin d’accompagner politiquement ces demandes et la transition, le RAC préconise de valoriser le rôle de l’élevage extensif dans la préservation des paysages et des écosystèmes en rémunérant les services rendus par les prairies, de soutenir les filières locales de fruits et légumes frais. Il plaide également pour la disparition des élevages intensifs et la mise en place de menus végétariens dans les cantines, soit en proposant deux repas sans viande par semaine, soit pour l’existence d’une alternative sans viande tous les jours. Cyrielle Denhartigh regrette que la stratégie nationale bas carbone (feuille de route de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour la France) et indique qu’il faut diminuer la viande mais sans même proposer de chiffres dans ce domaine.

Julien Leprovost

Pour en savoir plus sur le sondage du RAC
Pour une baisse de la consommation de viande favorable aux élevages durables français

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Un commentaire

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    • Said Zulfivcar

    Je n’ai pas besoin de reduire ma consommation de viande car j’ai definitivement cesse d’en manger, y compris toute volaille, depuis !971, soit depuis cinquante ans. J’ai 85 ans et me porte bien sans aucune pathologie.