Boris Patentreger, le cofondateur d’Envol Vert : « Planter des arbres est devenu un alibi bien pratique pour pouvoir continuer à polluer »

forêt tropicale envol vet

Forêt tropicale. © D.Tarrier / envol vert

Déforestation et changement climatique menacent les zones boisées autour du monde. Depuis 2011, l’association française Envol Vert œuvre pour préserver les forêts en France et en Amérique latine. Elle travaille sur la notion d’empreinte forêt afin de mesurer l’impact des produits de consommation courante sur les milieux forestiers. Depuis l’été 2020, elle dénonce le rôle du groupe Casino dans la déforestation au Brésil et en Colombie. Boris Patentreger, le cofondateur d’Envol Vert, revient sur les actions de son association et la situation préoccupante des forets.

Envol Vert s’appuie beaucoup sur la notion d’empreinte forêt. De quoi s’agit-il ?

L’Empreinte Forêt est un outil permettant de mesurer l’impact de nos consommations sur les forêts. En nous intéressant à 8 matières premières à risque (soja, huile de palme, bœuf et cuir, bois, papier et carton, hévéa, café et cacao) nous avons pu mesurer la surface de forêt détruite pour que ces produits viennent jusqu’à nous.

Cette mesure prend non seulement en compte la surface nécessaire pour produire la quantité de produit consommé mais également le risque que cette production soit vectrice de déforestation. Il a été calculé que la surface de forêt détruite pour la consommation moyenne d’un Français est de 352m². La principale matière première est le soja qui sert d’aliment à notre bétail, notamment les volailles et les vaches laitières. Par exemple, consommer un kilogramme de poulet équivaut à la destruction d’un à deux mètres carrés de forêt, principalement en Amérique du Sud.

Il est possible de calculer son impact personnel sur la déforestation en répondant au questionnaire élaboré par Envol Vert.

Lorsqu’on pense forêt, on imagine souvent à l’Amazonie, Bornéo, le bassin du Congo. Qu’en est-il de la situation en Europe ?

En Europe, la forêt augmente en surface mais perd en biodiversité au profit de plantations d’arbres en monocultures. Ces plantations ont généralement un objectif économique et sont conçues pour apporter rapidement un bénéfice au propriétaire. L’objectif est d’obtenir en quelques années des arbres pouvant être vendus. Pour être rentable, ladite “récolte” d’arbres doit être faite en même temps et donne lieu à de fréquentes coupes rases destructrices des sols et des habitats. Le meilleur exemple en France reste la forêt des Landes. Celle-ci avait pour objectif premier de rendre viable économiquement des zones marécageuses.

Les surfaces des forêts européennes pourrait également diminuer davantage du fait de l’utilisation croissante du bois énergie notamment en France, pour le chauffage des domiciles des particuliers ou des collectivités. Le danger réside dans une surexploitation de la ressource entraînant l’importation massive de bois étranger et non-durable pour répondre à la demande croissante pour maintenir nos forêts.

Quelles sont les principales menaces qui pèsent sur les forêts aujourd’hui ?

Les principales menaces qui pèsent sur les forêts sont la déforestation et la dégradation, qui sont intimement liées. La dégradation correspond à une détérioration des forêts de manière non permanente. Elle se présente par une réduction des espèces présentes (foresterie sélective), une ouverture des espaces (pistes forestières) ou encore une dégradation du milieu (pollution minière…). Cette dégradation, quoique temporaire, favorise largement la déforestation. 

Cela fonctionne généralement par des cycles, les premières activités dégradant les forêts permettent la venue d’activités permanentes et destructives. Par exemple : une exploitation forestière sélective (bois rare) va “ouvrir” les massifs forestiers via des routes permettant la venue d’exploitation destructive comme l’élevage bovin.

Planter des arbres pour sauver la planète est devenu un argument devenu courant. Est-ce si simple et efficace ?

Planter des arbres est devenu un alibi bien pratique pour pouvoir continuer à polluer sans être pointé du doigt. Il est bien sûr indispensable de restaurer les forêts mais avant toutes choses l’urgence est de protéger celles restantes en arrêtant la déforestation. L’arbre ne doit pas devenir une caution verte, à prix cassé, pour des entreprises qui refusent de s’engager à réduire leur pollution et la déforestation présente dans leur chaîne d’approvisionnement.

Il faut planter des arbres oui, mais de manière intelligente. La plantation doit répondre aux besoins des populations locales, pleinement impliquées dans le processus. Elle doit également prendre en compte la lutte contre le changement climatique, en conservant les écosystèmes déjà existants qui stockent du carbone, et en plantant des forêts biodiverses plus résilientes. Enfin, ces plantations doivent se faire sur le long terme. Les services écologiques telles que la filtration de l’eau ou la fertilité du sol ne sont pas rendus par un seul arbre mais par un ensemble d’arbres, un écosystème. Une forêt en somme. Or il faut compter plusieurs dizaines, voire centaine d’années pour qu’un sol nu redevienne une forêt vivante. D’ailleurs on ne restaure finalement jamais une forêt à son état initial mais on réhabilite sa faculté à rendre des services.

Où en sont les ambitions affichées depuis des années en matière de préservation des forêts ?

Les deux dernières années ont été très difficiles pour les forêts, entre la nouvelle augmentation de la déforestation au Brésil, les feux et les engagements Zéro déforestation 2020 qui n’ont été atteints ni par les entreprises ni par les État. En même temps, la déforestation a diminué en Indonésie.

Les motifs d’espoir restent minces, d’autant plus quand on apprend que la dégradation forestière accélère les zoonoses et la propagation des virus ou encore que certaines forêts vont atteindre leur point de non-retour.

Que peut-on faire à son échelle pour préserver les forêts ?

À notre niveau nous pouvons agir en commençant par modifier nos consommations. Par exemple, l’Empreinte Forêt d’un français végétarien est 2 fois moins importante que celle d’un omnivore. Il faut donc réduire sa consommation de viande mais aussi vérifier les origines et garanties des produits que l’on achète. Et puis avant toute chose se balader en forêt avec ses proches pour repartir plus motivé que jamais pour maintenir cet écosystème protecteur de notre planète.

Propos recueillis par Romane Decressonnière

Le site Internet d’Envol Vert

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