Les impacts d’une guerre nucléaire sur le système alimentaire mondial : une famine sans précédent

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Bombardiers B52 entreposés sur la Davis Monthan Air Base, Arizona, États-Unis. Le B52 peut embarquer des armes armes nucléaires. (32°11' N – 110°53' W). © Yann Arthus-Bertrand

La guerre nucléaire signifie à la fois la fin du monde et la faim dans le monde. Des chercheurs de l’université de Rutgers aux États-Unis ont évalué l’impact de l’utilisation des armes atomiques sur le climat et la production alimentaire. Il en ressort que même un conflit atomique limité à l’Inde et au Pakistan entrainerait une réduction de 7 % des rendements agricoles mondiaux dans les 5 années suivant les explosions et pourrait déboucher sur une famine qui provoquerait la mort de 2 milliards de personnes. La production alimentaire mondiale n’a jamais enregistré une telle chue depuis la création en 1961 par la FAO de bases de données sur la production alimentaire mondiale. Une telle confrontation à grande échelle entre les États-Unis et la Russie réduirait la production agricole mondiale de 90 % avec pour conséquence une famine tuant 5 milliards d’êtres humains. Les scientifiques notent aussi que, dans ces hypothèses, la lutte contre le gaspillage alimentaire et les efforts pour basculer toute la production agricole vers l’alimentation humaine auraient des effets négligeables au vu de l’ampleur de la crise alimentaire engendrée par un hiver nucléaire.

Guerre nucléaire, élément de perturbation rapide du climat

« Les données nous disent clairement une chose : nous devons à jamais empêcher une guerre nucléaire de survenir », déclarent les deux auteurs principaux de l’étude Alan Robock, professeur de sciences du climat à l’université Rutgers et Lili Xia, professeure assistante au département sciences de l’environnement dans le même établissement au site ScienceDaily. Leur recherche publiée le 15 aout dans la revue scientifique Nature Food se base sur six scénarios de conflits allant d’une guerre limitée au sous-continent indo-pakistanais à un affrontement généralisé entre les deux plus grands arsenaux nucléaires, à savoir celui de la Russie et celui des USA. La publication se fonde également sur des recherches précédentes et des modélisations climatiques. Ainsi, les scientifiques ont pu évaluer les conséquences de l’augmentation des particules de suie noire dans l’atmosphère. En effet, l’utilisation et la détonation des bombes provoqueraient de gigantesques incendies dont les fumées toxiques assombriraient le ciel. Présente dans ces fumées, la suie se disperse ensuite partout autour du globe et bloque une partie du rayonnement solaire, ce qui se refroidit les températures au sol (puisque la surface terrestre est moins exposée au Soleil) puis se répercuterait sur la photosynthèse et la capacité des végétaux à pousser.

La suie qui obscurcit le ciel, refroidit le climat et diminue les rendements agricoles

Dans leur article titré Global food insecurity and famine from reduced crop, marine fishery and livestock production due to climate disruption from nuclear war soot injection (Insécurité alimentaire mondiale et famine du fait d’une réduction des récoltes, de la pêche et de l’élevage à cause d’une perturbation du climat provoquée par l’injection massive dans l’atmosphère de suie suite à un conflit nucléaire), les chercheurs rappellent que des événements brutaux comme des éruptions volcaniques (cela s’est déjà observé dans le passé), voire des explosions nucléaires, peuvent perturber très rapidement le climat en raison des rejets de particules de suie qui obscurcissent le ciel. Elles refroidissent le climat et altèrent ainsi  la production alimentaire dans un court laps de temps.

Aux victimes directes des bombardements s’ajouteront alors les survivants n’ayant plus accès à assez de nourriture en raison des destructions et de la contamination des sols, de l’eau et de la perte des rendements. Surtout, une telle situation engendrerait probablement un repli sur soi des pays qui deviendraient alors peu enclins au commerce des denrées alimentaires. Face à ce constat, les scientifiques estiment qu’il faudrait envisager de basculer sur un régime totalement végétarien afin que la totalité de la production céréalière aille à l’alimentation humaine et en finir également avec le gaspillage. Aujourd’hui, une grande partie de la production agricole sert à nourrir les animaux d’élevage tandis qu’un tiers des aliments produits dans le monde termine jeté. Pourtant, les scientifiques pensent qu’accomplir des efforts sur le gaspillage et la végétalisation des régimes alimentaires ne suffirait pas à disposer d’assez de calories pour nourrir le monde après un tel choc. De plus, ils soulignent que la couche d’ozone serait détruite exposant alors la Terre aux rayonnements ultraviolets et ils n’ont pas pu encore en déterminer l’impact sur l’agriculture.

Le monde compte actuellement 12705 armes nucléaires réparties entre 9 pays (Russie, États-Unis d’Amérique, Chine, France, Royaume-Uni, Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord). À eux deux, les États-Unis et la Russie possèdent plus de 89,8 % de ces armes de destruction massive, selon les dernières données du SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute). Il existe un traité de non-prolifération de ces armes signé par 191 États sur les 195 que compte la planète. Il est généralement admis que les armes nucléaires ont un rôle dissuasif, leur utilisation offensive signifiant soit la destruction mutuelle assurée des belligérants si les deux en sont dotées soit la mise au ban de la communauté internationale. Toutefois, l’auteur de l’étude Alan Robock rappelle l’existence d’un traité d’interdiction de ces armes ratifié par 66 nations, mais aucune puissance nucléaire : « si les armes nucléaires existent, elles peuvent servir et le monde s’est déjà retrouvé au bord d’un conflit atomique à plusieurs reprises. Interdire ce type d’armement est la seule solution à long terme ».

Julien Leprovost

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    • jnsp

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