Une taxe internationale progressive sur le carbone permettrait de réduire de 12 % les émissions mondiales de gaz à effet de serre

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Japon © Yann Arthus-Bertrand

L’instauration d’une taxe sur le carbone permettrait de réduire de 12,3 % les émissions mondiales de gaz à effet de serre. C’est ce qui ressort d’une analyse du Forum Économique Mondiale (WEF) et du cabinet d’audit PwC en pleine COP26 dont l’ambition est de parvenir à concrétiser les promesses de réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Ils estiment qu’une telle taxe coûterait moins de 1 % du PIB mondial et que les recettes alors collectées devraient servir à financer la réduction des émissions de gaz à effet de serre ainsi que l’adaptation au changement climatique. Fixer un prix sur la pollution est présenté comme l’un des mécanismes les plus efficaces pour réduire les rejets de gaz à effet de serre. « Sur le long terme, une partie voire l’ensemble des pertes de PIB engendrées par cette taxe seront compensées par la diminution des dommages environnementaux et économiques provoqués par le réchauffement comme la montée des eaux, les pertes de rendements agricoles et de productivité ainsi que les coûts sanitaires », affirme le cabinet d’audit PwC.  « Même si l’idée d’un prix du carbone fait l’unanimité dans les milieux académiques, elle reste encore difficile à défendre auprès des opinions publiques », commente l’économiste au CNRS Frédéric Ghersi.

Plusieurs travaux d’économistes ont déjà démontré que le coût de l’inaction climatique était plus important que les investissements requis pour limiter le réchauffement à 1,5 °C. Néanmoins des réticences face aux taxes demeurent et un prix insuffisamment élevé du carbone sont souvent pointés du doigt. D’autant plus que le prix du carbone varie de zéro dollar à 130 dollars dans le monde. En France, la question du prix de l’énergie et des taxes associées demeurent des sujets sensibles.

Une taxe carbone adaptée au niveau de richesses des pays

L’analyse du WEF et de PwC évalue une proposition du FMI. L’originalité de l’hypothèse de travail du WEF et PwC est de proposer une taxe carbone mondiale progressive. Son montant dépendrait du niveau de richesse des pays, rapporte the Guardian. Ainsi, les pays riches verraient la tonne de carbone taxée à 75 dollars tandis que les pays à revenus intermédiaires auraient une tonne de carbone à 50 dollars et pour les pays à faibles revenus (ou pauvres) son montant serait de 25 dollars. Les auteurs du rapport se montrent conscients des difficultés à faire adopter une telle mesure tant au niveau mondial que national : « naturellement, fixer un prix plancher pour le carbone nécessite de relever de nombreux défis. Obtenir un accord global sera un challenge politique même si le récent accord cadre pour une taxation minimale des entreprises signé sous l’égide de l’OCDE démontre qu’une telle ambition relève du possible. Pour réussir, la fixation d’un prix plancher du carbone doit obtenir l’assentiment de pays à revenus intermédiaires, comme la Chine. »

Frédéric Ghersi, chercheur du CNRS au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement estime que l’idée est « intéressante. Mais que le diable se cache dans les détails puisque, concernant les pays les moins avancés, c’est-à-dire les plus pauvres, fixer une taxe carbone à 25 dollars pourrait avoir des conséquences désastreuses sur certains secteurs économiques ou certaines classes de ménages ». Il insiste sur le fait que l’efficacité et l’équité d’une telle mesure dépendent de l’utilisation faite des recettes fiscales qu’elle induit, donc que le mécanisme de taxation du carbone doit s’assortir d’une réflexion quant à l’utilisation du produit de la taxe qui ne peut être que spécifique à chaque économie, et ne peut être intégralement consacrée au financement de la transition mais doit aussi alimenter des mécanismes compensatoires sur le court terme. De plus, il considère que la taxation des multinationales et celle du CO2 sont « deux choses distinctes puisque la taxation du CO2 concerne directement les ménages, et peut susciter une toute autre opposition comme en témoignent nos Gilets Jaunes. À date, un accord sur une taxe carbone au niveau mondial me semble impossible, mais cela n’empêche pas d’avancer l’idée et de la discuter. Si les pays du G20 s’engageaient sur cette voie, ce serait un signal fort. Cependant, il ne faut pas oublier que les Etats-Unis eux-mêmes ont historiquement favorisé l’imposition de quotas, au moment du Protocole de Kyoto, plutôt que de prix harmonisés — quotas qu’ils ont d’ailleurs fini par rejeter. »

Julien Leprovost

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Un commentaire

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    • Michel CERF

    Les taxes ne sont pas la solution , on en connait les conséquences notamment en France , que les gouvernants cessent de tergiverser et prennent des mesures radicales contre toute forme de pollution .

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