À moins d’un mois de la COP26 à Glasgow, que retenir du sommet des jeunes pour le climat qui a eu lieu à Milan fin septembre ?

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La jeune militante ougandaise du climat Vanessa Nakate lors de la pré-COP26 à Milan en Italie Youth4Climate 202© MIGUEL MEDINA / AFP

La sortie progressive de l’épidémie de Covid-19 permet à la vie de reprendre progressivement un cours normal, y compris dans le domaine des mobilisations écologiques. Alors que la COP26 sur le climat à Glasgow, qui a été retardée d’une année en raison de la crise sanitaire, se rapproche, la jeunesse se mobilise à nouveau en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique avec d’une part une série de manifestations et d’autre part une pré-COP qui s’est tenue du 28 au 30 septembre à Milan en Italie. Cette pré-COP a rassemblé 400 jeunes de 15 à 29 ans venus du monde entier.

L’événement baptisé « Youth4Climate: Driving Ambition » (la jeunesse pour le climat, mener l’ambition) a pris la forme de débats, d’échanges et de discours dont celui, remarqué, de la militante Greta Thunberg [Lire aussi Les jeunes défilent pour le climat à Milan, derrière Greta Thunberg]. Elle y dénonce une fois de plus l’écart entre les discours et les actes en faveur du climat. Les scientifiques du GIEC appellent à réduire au plus vite les émissions de gaz à effet de serre, pourtant les engagements pris par les États dans le cadre de l’Accord de Paris ne suffisent pas pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré a alerté l’ONU, bien qu’il s’agisse précisément de l’ambition fixée en 2015 par cet Accord.

Les discussions du sommet Youth4Climate ont tourné autour de la nécessité de renforcer l’ambition climatique en faisant plus participer les jeunes et les acteurs non-étatiques comme les ONG ou les entreprises. Elles ont aussi porté sur la mise en place d’une reprise et d’une économie durable en misant sur la transition énergétique ou en réaffectant les investissements et les flux financiers.  Enfin, un volet dédié à l’émergence d’une société consciente du réchauffement et de ses enjeux était au menu des débats. Ainsi une douzaines de demandes ont été formulées auprès des dirigeants du monde entier dont la sortie des énergies fossiles d’ici 2030 et une plus grande implication de la jeunesse dans la gouvernance.

Cette initiative, comme d’autres récentes en tête desquelles les marches de mobilisation pour le climat, montre comme la jeunesse tente de peser sur les décisions des décideurs politiques afin de concrétiser les engagements climatiques. C’est cependant entre l’espoir d’un changement et la lassitude d’une action climatique qui traine à prendre forme que la jeunesse oscille. Les réactions contrastées des jeunes dans différents médias français le montrent bien.

Les attentes de la jeunesse sont fortes.  « Le plus important c’est la décarbonisation de tout », estime Federica Gasbarro, une jeune italienne citée par France Info à qui participe au sommet pour l’Italie. « On vit dans une société énergivore mais les ressources sont limitées. C’est de l’énergie non renouvelable. C’est ce que je veux dire aux chefs d’États : il faut commencer à être sérieux ! »

Le quotidien Le Monde évoque une frustration grandissante de la jeunesse qui trouve un écho grandissant. « Il y a une grande frustration de la jeunesse car ces dirigeants viennent nous rencontrer ici pour faire un tweet, mais ils ne nous entendent pas au quotidien », dénonce Nathan Méténier, l’un des coprésidents de la pré-COP, et conseiller climat auprès de l’ONU.

Dans une interview en amont de la pré-COP26 dans Challenges, Noé Gauchard, 20 ans, étudiant en sciences politiques et membre de Youth for Climate abonde dans ce sens. Interrogé sur ses attentes sur la pré-COP26 : « Nous n’en attendons rien. A Madrid, les jeunes ont été exclus de la COP25. Nous voulions faire un happening sur scène. Toutes les accréditations nous ont été retirées la veille. La Pré-COP est une mascarade. D’ailleurs beaucoup de mouvements jeunesse la boycottent. Ils en ont assez de dire ce qu’ils attendent à des gens qui font semblant de les écouter. Faire croire aux jeunes qu’on fait quelque chose est pire que de ne rien faire. » Le jeune homme déplore que l’action climatique n’aille pas assez loin et estime que la COP: « c’est du papier, pas du réel. Les lois qui le mettent en œuvre tardent à être adoptées. Et quand elles le sont, c’est l’Etat lui-même qui est à la traîne. La justice française vient d’exiger du gouvernement les preuves de la mise en œuvre de sa politique climat. C’est dire. C’est pour ça que nous préférons agir sur le terrain. »

TV5 Monde https://information.tv5monde.com/info/sommet-des-jeunes-pour-le-climat-milan-il-y-des-figures-du-mouvement-de-greta-thunberg-partout propose un long entretien avec Léna Lazare, militante et coordinatrice de la branche française du mouvement « Fridays for future » de Greta Thunberg. Cette dernière exprime un vif mécontentement envers les décideurs : « En France nous avons décidé de ne pas être la caution des institutions, de ne pas rencontrer les politiques pour prendre une photo en donnant l’impression d’un dialogue et qu’au final rien ne change. » Elle déplore aussi que le nom du sommet Youth4Climate reprennent celui du mouvement initié par les jeunes : « Ce nom a été réutilisé pour le sommet à Milan, par l’ONU et le gouvernement italien. D’ailleurs nous sommes beaucoup de branches de « Fridays for future » à nous être plutôt engagées sur le sommet citoyen qui a lieu à côté. A mon sens, c’est un peu du green washing ce qui est en train de se passer au niveau institutionnel à Milan. L’idée du sommet est d’inviter des jeunes de plein de pays pour porter leurs revendications à la COP26. On va vers la COP26, mais quand on a signé l’accord de Paris sur le climat en 2015, tout le monde pensait que les choses allaient avancer. En 2021, aucun pays ne respecte cet accord, donc on voit bien que ces échelles internationales ne semblent pas fonctionner. » Avant de rajouter : « nous pensons que le cœur du problème est le système économique productiviste, qui n’est pas — selon nous — compatible avec une société écologique. Il faut donc une décroissance énergétique. Même en étant très écolo dans sa vie quotidienne, en faisant tous les gestes nécessaires, on ne baisse son empreinte carbone que de 25%. Le reste est lié à l’industrie. »

La pré-COP26 et les mobilisations qui l’entourent montrent une jeunesse avide de changements car elle sait que son futur sera celui d’un changement climatique. Même si les sommets comme Youth4Climate demeurent avant tout des lieux d’expression plutôt que de décision, le phénomène est lancé, empêcher l’emballement climatique constitue l’un des plus grands défis jamais rencontrés par l’humanité et les civilisations humaines. Ils et elles seront les plus concernés. Mais, ils ne sont pas forcément la tranche d’âge la plus représentée démographiquement et politiquement en Europe puisque 25 % de la population a moins de 25 ans et 34 % plus de 55 ans. Tandis qu’au niveau mondial, 40 % de la population a moins de 25 ans pour seulement 20 % de plus de 55 ans. Mais, l’histoire a montré plus d’une fois l’influence de la jeunesse pour porter de nouvelles idées. Rendez-vous donc à Glasgow début novembre pour voir si les choses évoluent…

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