Entretien avec Cyril Dion sur le climat : « l’inertie des systèmes politiques et le poids des intérêts privés ont empêché les changements, c’est un problème de système démocratique défaillant face à l’urgence écologique.»

cyril dion climat

Cyril Dion, auteur et réalisateur, pose durant une séance photo à Manosque, le 29 septembre 2019, durant le 21ème festival littéraire Les Correspondances.(Photo by JOEL SAGET / AFP)

À l’occasion de la sortie prochaine de son nouveau film Animal, nous avons pu nous entretenir avec Cyril Dion. Même si son documentaire Animal traite avant tout de la problématique de la préservation de la biodiversité, il aborde aussi les questions climatiques. Nous en avons profité pour faire réagir Cyril Dion aux récentes actualités sur le climat. Un entretien plus long consacré à Animal arrivera bientôt sur GoodPlanet Mag’.

Que vous a inspiré la première partie du dernier rapport du GIEC ?

Malheureusement, la trajectoire se confirme. Nous ne sommes pas très loin des scénarios relativement pessimistes du Giec depuis le début de leurs rapports en 1990. Dès 1982, les scientifiques de l’entreprise pétrolière Exxon avaient prévu que, en 2019, on serait à 415 ppm (parties par million) de CO2 dans l’atmosphère et à 1°C supplémentaire. Et, on y est.

« On perd un temps précieux en niant l’évidence et en n’acceptant pas de se mettre d’accord sur la réalité qui se produit et donc sur la réponse à apporter. »

Ce qui est assez désespérant et met en colère, c’est qu’on le sait depuis 40 ans. Et, non seulement nous n’agissons pas, mais en plus des intérêts privés puissants ont organisé la contre-attaque, ont semé le doute pendant des années pour retarder l’action politique. Aujourd’hui, ce que confirme ce rapport c’est que le réchauffement climatique est anthropique, il vient des humains. On perd un temps précieux en niant l’évidence et en n’acceptant pas de se mettre d’accord sur la réalité qui se produit et donc sur la réponse à apporter.


Qu’attendez-vous de la COP26 dans quelques semaines? Pourrait-elle changer quelque chose ?

Ce qui est sûr c’est que chacune de ces COP est devenue l’occasion de pousser de plus en plus les responsables politiques et de rendre le sujet beaucoup plus visible au grand public. Je ne pense pas que la COP21 a été inutile. Les accords de Paris ont une portée symbolique et politique. Pour la première fois, 195 pays se mettent d’accord sur la gravité de la situation.

L’inertie des systèmes politiques et le poids des intérêts privés ont empêché les changements, c’est un problème de système démocratique défaillant face à l’urgence écologique. On a donc besoin de plus de démocratie. Nous avons donc une responsabilité qui va au-delà des COP. Nous avons une responsabilité dans les votes, les engagements politiques et dans le remplacement des personnes en place par des jeunes ayant une autre vision.

Que dire à ceux qui ne sont pas encore convaincus par l’urgence écologique ?

Si vous n’êtes pas convaincus pas l’urgence écologique, lisez des livres, allez voir des films et demandez-vous pourquoi il y a autant de scientifiques dans le monde qui sont en panique aujourd’hui. Ce ne sont pas seulement des rapports qu’ils rendent froidement, je rencontre des scientifiques tous les jours qui sont terrifiés par le fruit de leur recherche. Aujourd’hui, nous avons le plus grand consensus scientifique qui n’a jamais eu lieu sur un sujet.

« Il faut donc accepter de se rendre à l’évidence et le plus rapidement possible afin de limiter la catastrophe. »

Les rapports du Giec sont construits par des scientifiques du monde entier, de toutes les disciplines qui passent des mois à regarder toutes les études scientifiques y compris celles les plus sceptiques. Ils essaient de faire un panorama exhaustif du sujet. Ils dégagent des consensus. On ne peut pas mettre en balance un seul universitaire sceptique et le plus grand regroupement de scientifiques du monde entier qui synthétisent la totalité des études sur le sujet. Il faut donc accepter de se rendre à l’évidence et le plus rapidement possible afin de limiter la catastrophe.

« La Convention a démontré que d’autres modalités démocratiques sont possibles pour proposer des lois. »

Vous avez initié une expérience inédite de démocratie participative avec la Convention Citoyenne pour le Climat. Rétrospectivement, quel regard portez-vous dessus ? Êtes-vous satisfait de ses avancées ou, au contraire, déçu que tout n’ait pas abouti ?

Évidemment, on est déçu même si l’on s’attendait à ce que ce soit difficile. Mais, on a quand même une loi climat, ce qui est mieux que rien. On aurait aimé que le Président de la République tienne sa parole et que la loi climat soit beaucoup plus ambitieuse. Pour autant, je ne regrette pas du tout. La Convention a démontré que d’autres modalités démocratiques sont possibles pour proposer des lois. Les 150 citoyens ont vraiment accompli un travail formidable et cette expérience-là devrait donner des idées à des responsables politiques pour institutionnaliser ce type de processus.

« C’est aussi une façon de pousser le système dans ses retranchements et de mettre le doigt là où se situe véritablement le problème. »

La Convention Citoyenne a également montré les limites de la politique d’Emmanuel Macron et celles du modèle économique actuel organisé autour de la croissance. Tant qu’on laisse des intérêts privés, portés par des grandes entreprises, avoir le dessus sur l’intérêt général, tant qu’il n’y a pas de mécanismes démocratiques qui permettent aux citoyens de contrôler la façon dont leurs élus sont perméables ou non aux intérêts privés, on ne s’en sortira pas. Donc c’est aussi une façon de pousser le système dans ses retranchements et de mettre le doigt là où se situe véritablement le problème.

Propos recueillis par Pauline Izabelle et Julien Leprovost

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6 commentaires

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    • Philippe Cerf

    Voilà un homme objectif et plein de bon sens ça fait plaisir.

    • Guy J.J.P. Lafond

    Les recommandations suivantes font nécessairement partie de la solution:

    1.
    Mettre à la disposition des citadins plus de transport en commun dans toutes les grandes villes du monde;

    2.
    Dans tous les grands centres urbains, éliminer les embouteillages en décourageant l’utilisation individuelle de véhicules à combustion fossile.

    3.
    Dans les villes, les véhicules devraient servir presqu’uniquement au déplacement des marchandises, des personnes en perte d’autonomie, et aux urgences.

    4.
    Dans les pays aux latitudes très boréal et très austral, commander sans plus tarder des programmes de mise à niveau de l’efficacités isolante et énergétique des maisons et édifices à bureau.

    Qu’est-ce qu’on attend pour prendre le taureau par les cornes?

    @GuyLafond @FamilleLafond
    Un bon papa pour la vie;
    Un bon serviteur de mon pays qui fait du bénévolat de l’ONU en attendant de récupérer son emploi à la fonction publique fédérale du Canada:
    https://twitter.com/UNBiodiversity/status/1395129126814691329
    https://www.cbd.int/action-agenda/contributions/action/?action-id=5eb4392ee9f0fa00018b947d

    ************

    Le chef de l’ONU appelle à réagir sans plus tarder sur le climat et le covid
    13SEPT2021

    Merci à M. Guterrez de faire des rappels aux É.U. et à la Chine!
    On ne le répétera jamais assez: « Les arbres, les forêts et la biodiversité représentent aussi, et de plus en plus, l’avenir de l’espèce humaine sur cette si fragile planète bleue!”
    Par conséquent, qu’attendons-nous pour laisser davantage de forêts en friche?
    Les forêts tiennent la Terre.
    Les forêts ralentissent la course et le parcours de l’eau.
    Les forêts absorbent les trop pleins de CO2 contenu dans l’atmosphère et déboursent volontiers en retour du précieux oxygène (O2) dans l’air.
    Les forêts nous offrent une ombre précieuse aux parfums si subtils, agréables et délicats.
    Quoi de mieux pour entretenir nos santés mentales?

    Rappel à tous les ingénieurs:
    “Les forêts sont une “technologie” tellement naturelle et tellement lumineuse! Pourquoi les raser?”
    À suivre,
    @GuyLafond @FamilleLafond
    À nos vélos plus souvent, à nos bottes de marches aussi! À nos vêtements de plein air! Car le temps file et car les enfants comptent.

    Svp, faites vos suggestions et continuons de marteler le message. Merci,

    • Marc Moynot

    Qu’attendre des politiques sinon des promesses creuses puisqu’ils sont inféodés aux lobbies, dont le critère de décision majeur est le profit, c’est-à-dire la prédation?
    La situation calamiteuse dans laquelle nous sommes est issue de la domination du mental, de polarité masculine, qui a pris le pouvoir en toute illégitimité. « On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui y ont conduit » disait Einstein. Un changement complet de paradigme est indispensable dans cette situation. On ne peut pas faire un monde équilibré avec un seul pôle. Alors, tournons-nous vers notre intériorité, la polarité féminine, mise sous le boisseau depuis des siècles. Nous y trouverons, non seulement un monde enchanté, mais aussi les clés de la situation actuelle et de son heureuse issue.

    • Balendard

    Vous avez raison Marc c’est un peu la catastrophe du côté politique.
    Il va falloir pourtant prendre en considération que le temps passe et qu’il va falloir agir

    je ne sais pas trop comment ça se passe avec le Canada. Mr Lafond Ici en France on a semble-t-il bien compris ce qu’il faut faire pour vos 3 premierd postes concernant le transport qui vous préoccupe.

    Ceci au moins pour le transport routier et le train avec l’espoir que la France va être leader pour l’avion à hydrogène vu qu’elle vient d’être sérieusement malmenée par l’Ausralie et les USA en ce qui concerne les sous-marins.

    Par contre dans la pratique il lui reste à prendre le virage pour le chauffage de l’habitat. Un poste important quantitativement qui ne pourra être laisser en l’état dans un pays qui se veut le leader de la transition énergétique. Ceci d’autant qu’il y a les solutions particulièrement performantes qui pourrait supprimer le gâchis actuel. Voir la figure 32 de

    http://infoenergie.eu/riv+ener/2consommation.pdf

    Balendard

    • Patrice DESCLAUD

    Oui, il faudrait « renouveler » partout le personnel politique à commencer par les plus de 65 ans. Ces gens ne pense qu’à eux, leur élections, leur paraître, leur réseau de copinage et peu importe la planète. Ils ne savent plus (s’ils l’ont su un jour) ce qu’est la planète, la nature, la bio-diversité, un océan, une plante, une forêt. Leur souci : leur carrière. Ils ont un gros vide existentiel, des approches de théoriciens et courtisans. S’ils arrête leur carrière, ils ne savent plus rien faire et c’est là leur seule crainte.
    On veut des jeunes et pas des marionnettes au service des grandes multinationales de l’intensif en tout ! Il faut des humanistes, pas des financiers et qui savent que nos ressources sont limitées avec des cycles à respecter ! Place aux jeunes.

    • Marc Moynot

    Les solutions technologiques, aussi valables soient-elles, demandent des investissements lourds, du temps de mise en œuvre, l’accord des autorités, et sont toujours parcellaires. Encore une fois, leur mise en place se heurte aux lobbies, à leur attachement rabique au profit. Les politiques suivent les lobbies, par nécessité de pérenniser leur carrière, par peur de perdre leurs privilèges, par stupidité idéologique. Ce n’est pas vraiment une question d’âge.
    Nos raisonnements, notre paradigme, les solutions préconisées, restent du domaine du mental. Nous n’en sortons pas. Le mental est fonctionnel en qualité d’assistant de l’information fondamentale, il est calamiteux lorsqu’il prétend à tout diriger, tout gérer, juger de tout.
    Changer vraiment de paradigme suppose de se tourner vers la deuxième polarité, l’information fondamentale, qui est à l’intérieur de nous mêmes, alors que le mental amène toujours des solutions de l’extériorité.
    Changer de paradigme, c’est aller à la rencontre de la seule vérité immuable, notre Véritable Nature. Or, découvrir et laisser émerger notre Véritable Nature Humaine, entraine automatiquement une montée vibratoire individuelle. L’ensemble des élévations vibratoires entraine nécessairement la mise en place par l’Intemporel des solutions harmoniques à Tous nos problèmes. C’est une propriété méconnue de l’univers: sa totale interactivité avec l’Intemporel qui gère l’Univers et donc le vivant. La répercussion vibratoire est IMMÉDIATE, et les lobbies n’ont aucune prise sur elle.
    S’il vous plait, laissez tomber les projets de solutions technologiques, aussi fascinantes soient-elles, et tournez-vous vers l’infinie puissance de la Vérité de notre Véritable Nature. Toute solution issue du mental, aussi pertinente soit-elle en apparence, même si elle peut être utile ponctuellement, est dans la totale incapacité de résoudre les difficultés dans lesquelles l’humanité s’est embourbée.
    Nous l’avons oublié, l’expérience de la dualité est une expérience temporaire. Les ressources de notre intériorité sont illimitées, totalement salvatrices, et éternelles.
    Vous êtes, nous sommes tous, des merveilles d’intelligence authentiquement humaine, de vérité, d’authenticité, à l’image de l’intelligence de la Lumière.
    Alors tournons-nous vers notre infinie richesse intérieure, et laissons tomber l’illusion de la richesse extérieure, laquelle est inapte à nous apporter le bonheur.
    Le bonheur, la joie, l’intelligence humanisée, c’est ce que nous sommes, c’est notre Nature Véritable.
    Un niveau vibratoire harmonique implique par retour une solution adéquate. Y’a même pas de souci à se faire ! Vous êtes, nous sommes, magnifiques !

Histoires de Nature, un programme de sciences participatives original et ouvert à tous pour collecter les témoignages des changements environnementaux

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