Le Mexique bannit le maïs OGM et le glyphosate

tracteur Mexique agriculture

Un agriculture sur son tracteur travaille dans un champ de maïs à San Pedro Nexapa, le 3 avril 2020 au Mexique. © AFP/Archives PEDRO PARDO

Mexico (AFP) – Le gouvernement mexicain s’est engagé à bannir de son sol en trois ans le maïs génétiquement modifié ainsi que le très contesté herbicide glyphosate, des décisions saluées par les organisations environnementales et décriées par le secteur agro-industriel.

Dans un décret entré en vigueur le 1er janvier, le gouvernement du président de gauche Andres Manuel Lopez Obrador a annoncé que les autorités « révoqueront et s’abstiendront d’accorder des permis pour la dissémination dans l’environnement de semences de maïs génétiquement modifié ».

Les importations de maïs transgénique seront graduellement réduites jusqu’à ce que plus aucun permis d’importation ne soit délivré d’ici trois ans.

Selon le gouvernement, cette mesure vise à contribuer à la souveraineté alimentaire et à protéger le maïs indigène du Mexique.

Le pays est pourtant un grand importateur de la céréale et en a acheté 714.900 tonnes sur le marché mondial, le maïs étant un ingrédient de base de l’alimentation et est consommé quotidiennement dans les célèbres tortillas.

L’herbicide glyphosate, classé depuis mars 2015 comme « cancérigène probable » par le Centre national de recherche contre le cancer (CIRC), organe dépendant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), sera progressivement éradiqué avec une interdiction totale au 31 janvier 2024.

Le décret indique que les organismes gouvernementaux doivent s’abstenir d’acquérir ou d’utiliser le glyphosate et que des alternatives durables doivent être recherchées par l’industrie agro-alimentaire.

Ainsi, « les produits agrochimiques, biologiques ou organiques de faible toxicité, les pratiques agro-écologiques ou celles nécessitant une utilisation intensive de main-d’œuvre » sont favorisées, note le décret.

Précurseur

L’organisation environnementale Greenpeace s’est félicitée « de l’interdiction du maïs génétiquement modifié et de l’interdiction progressive du glyphosate d’ici 2024, car ce sont des étapes importantes vers une production écologique qui préserve la biodiversité », a déclaré l’ONG dans un communiqué.

Selon Greenpeace, OGM et glyphosate mettent en danger « la diversité des variétés agricoles conservées dans les champs qui sont fondamentales pour la production alimentaire ».

Herbicide controversé à travers le monde, le glyphosate est commercialisé par la firme américaine Monsanto, filiale de la division agrochimie du groupe allemand Bayer qui a annoncé fin juin un accord de plus de dix milliards de dollars pour solder plus de cent mille litiges rien qu’aux Etats-Unis concernant le Round’Up, son herbicide à base de glyphosate accusé de provoquer le cancer.

Contrairement aux défenseurs de l’environnement, Proccyt, organisation représentative de l’industrie agro-alimentaire, a estimé que cette décision gouvernementale était un « pas en arrière ».

« C’est un affront, manifeste et opportuniste, qui affecte toute la campagne mexicaine et met en danger la stabilité des prix et la disponibilité d’aliments stratégiques comme le maïs », a déclaré l’organisation dans un communiqué.

Proccyt a en outre averti que les agriculteurs mexicains allaient perdre en compétitivité face aux agriculteurs qui utilisent l’herbicide, notamment Américains.

Avec ces engagements fermes, le Mexique s’impose en précurseur en Amérique latine et au-delà.

En octobre dernier, l’Argentine est devenue le premier pays au monde à approuver la commercialisation de blé génétiquement modifié, tandis qu’en Colombie la pulvérisation en masse de glyphosate par le gouvernement pour détruire les cultures de coca clandestines commence à être remise en question.

En Europe, seul le Luxembourg s’est pour l’instant engagé à se passer du glyphosate dont l’autorisation de commercialisation dans l’Union européenne court jusqu’à fin 2022.

©AFP

5 commentaires

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    • Gil Kressmann

    L’interdiction d’utiliser de cultiver du maïs Bt est une erreur écologique puisque la production de maïs Bt permet de réduire l’utilisation de produits chimiques nécessaires pour lutter contre des insectes nuisibles à la culture.

    • Guy J.J.P. Lafond

    Merci.
    Mise en exergue:
    « Selon Greenpeace, OGM et glyphosate mettent en danger « la diversité des variétés agricoles conservées dans les champs qui sont fondamentales pour la production alimentaire ». »
    Mon commentaire:
    Parmi tous les pays d’Amérique latine, le Mexique a décidé d’innover en adoptant une autre approche pour l’agriculture. Bravo!!
    Le Mexique désire prendre des moyens propres pour protéger la biodiversité, gage de développement durable.
    Avec le temps, l »espèce humaine reprendra une place plus humble et plus respectueuse des autres espèces sur cette si fragile planète bleue.
    À suivre,
    t: @FamilleLafond , @GuyLafond
    À vos vélos, vos espadrilles de course, vos bottes de marche, vos vêtements de plein air!

    • michel CERF

    PAUVRE Monsieur Kressmann …

    • Gil Kressmann

    Monsieur Cerf, le fait que les maïs Bt permettent de diminuer l’utilisation d’insecticides est un fait incontestable. Sinon pourquoi les agriculteurs sèmeraient du maïs Bt dont les semences sont plus chères à l’achat. Si vous avez des relations aves les agriculteurs de la Catalogne en Espagne, ils pourront vous le confirmer si vous avez plus confiance dans les agriculteurs que dans les scientifiques. Par contre je peux comprendre que vous soyez hostiles aux OGM pour d’autres raisons d’ordre politique et pourquoi pas éthique. Contester les vertus écologiques du maïs Bt , c’est comme contester les vertus du nucléaire sur le plan des émissions de gaz à effets de serre.

    • michel CERF

    Mr. Kressmann , je suis un peu sévère mais j’estime que ces produits , ces manipulations , si elles apportent qq avantages nuisent à la biodiversité , coccinelles , abeilles ect. et polluent également nos rivières , accentuent l’utilisation d’herbicides , aucun pesticide n’est anodin .

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