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Quand lutter en faveur du climat tue

mexique crime environnementaliste

Funérailles du militant environnementaliste Homero Gomez, tué en janvier 2020 au Mexique © AFP/ENRIQUE CASTRO

L’ONG Global Witness a révélé ce mercredi que 212 défenseurs de l’environnement et des droits à la terre ont été assassinés en 2019. Ce triste chiffre constitue un nouveau record, selon l’ONG. Ces activistes jouent localement un rôle important dans les luttes écologiques et participent à leur échelle à ans la lutte contre le réchauffement climatique.

À l’échelon local, ces militants sont souvent les premiers à s’opposer aux grands projets de déforestation, d’exploitation des ressources ou d’infrastructures destructrices de l’environnement. Mais, ils figurent aussi ceux en première ligne de la répression pour leur militantisme. Selon le rapport de Global Witness, au moins 212 d’entre eux ont payé de leur vie leur combat partout dans le monde en 2019, ce qui en fait l’année la plus meurtrière enregistrée depuis le début des mesures, en 2012.

« Ce sont également les défenseurs locaux des terres et de l’environnement qui prennent position en faveur de notre climat – et ils risquent d’en subir les conséquences fatales », écrit le rapport. Les populations et communautés indigènes sont ainsi particulièrement concernées, « subiss[ant] des attaques disproportionnées pour avoir défendu leurs droits et leurs territoires ». Leurs activités contribuent à la lutte contre le réchauffement climatique, puisqu’elles « gèrent des forêts qui contiennent l’équivalent en carbone d’au moins 33 fois nos émissions annuelles actuelles ».

Opposition aux activités polluantes

Il faudrait pourtant s’appuyer sur ces communautés pour lutter contre la déforestation et imaginer le monde de demain, selon Ben Leather, chargé de plaidoyer pour Global Witness. « Nous sommes à la croisée d’un chemin, pas uniquement en ce qui concerne la crise climatique mais aussi pour celle du COVID-19 », affirme-t-il. « Les communautés indigènes sont expertes sur les méthodes pour protéger la planète et l’environnement. Il faudrait donc que ces défenseurs soient au centre de la réponse au COVID et au changement climatique. Et pour cela, il faut donc les protéger », ajoute-t-il.

L’ONG souligne le rôle de ces militants dans l’opposition aux activités polluantes. Au moins 50 meurtres de militants écologistes en 2019 étaient liés aux activités minières.  « Plus de la moitié des personnes tuées appartenaient à des communautés touchées par les mines en Amérique latine », précise l’ONG.

Mais, ce n’est pas le seul secteur mis en cause par le rapport. S’opposer à l’agrobusiness représente ainsi un grand danger, notamment en Asie où sont localisés plus de 85 % des assassinats liés à l’agroalimentaire.

La partie émergée de l’iceberg

« Ces chiffres ne représentent que la partie émergée de l’iceberg », prévient Ben Leather. « On ne récolte des données que sur les assassinats, mais les défenseurs des terres et de l’environnement font face à une multitude d’autres risque tels que l’emprisonnement, la torture, ou les menaces contre eux et leurs proches ».   De plus, les chiffres pourraient être sous-évalués puisque tous les cas ne sont pas répertoriés, prévient l’ONG. Ben Leather reconnait ainsi un manque d’organisations qui collectent et remontent les informations de manière systématique, en particulier en Afrique. Ce qui pourrait partiellement expliquer le faible nombre de militants tués par rapport aux autres continents.

L’Amérique Latine est le sous-continent le plus touché depuis 2012, et l’année 2019 ne fait pas exception car deux tiers des assassinats perpétués dans le monde y ont été recensés. À eux seuls, deux pays se montrent particulièrement dangereux pour les écologistes : la Colombie et les Philippines. Ils concentrent un peu moins de la moitié assassinats pris en compte dans le rapport de Global Witness : la Colombie (64) et les Philippines (43).

« Si nous voulons réellement mettre en œuvre une reprise verte qui place la sécurité, la santé et le bien-être des personnes au cœur de ses préoccupations, nous devons nous attaquer aux causes profondes des attaques contre les défenseurs et suivre leur exemple pour protéger l’environnement et mettre fin à la dégradation du climat », affirme Rachel Cox, responsable de la campagne à Global Witness.

Et ce, particulièrement « dans un contexte de répression et de surveillance accrues pendant le confinement de la COVID-19 », comme le précise l’ONG. Ben Leather observe que, pour 2020, la pandémie n’a pas diminué les attaques, bien au contraire. « Des défenseurs confinés ont pu être plus facilement agressés, les tribunaux ont été suspendus dans certains pays, augmentant l’impunité de ces crimes, et enfin, des mesures draconiennes pour limiter la liberté d’expression ont parfois pu être mises en place et utilisées contre les défenseurs, ou pour encadrer voire interdire certains droits comme celui de manifester », détaille-t-il.

Renverser la tendance ?

L’attention médiatique croissante pour le changement climatique et les questions environnementales renforce les espoirs de Ben Leather de renverser la tendance. Les défenseurs pris pour cible sont, selon lui, opposés notamment à des acteurs économiques, « qui sont sensibles à la pression médiatique, internationale et des consommateurs ». Or, cette pression s’avère une occasion pour que « les entreprises prennent les mesures pour s’assurer que leurs opérations et investissements ne soient pas liées aux attaques contre des militants et aux dégradations environnementales ».

Ben Leather appelle cependant les États à réagir en mettant fin à l’impunité qui règne, vis-à-vis des auteurs de ces crimes. « La plupart des agressions contre les défenseurs ne sont jamais poursuivies », constate-t-il. « Sans justice, il n’y aura pas de sécurité pour les défenseurs ».

 

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3 commentaires

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    • karl wunder

    Il y a un livre sur les Défenseurs de l’environnement et la guerre ignorée qui se livre sur toute la planète, entre des entreprises prêtes à tout et des populations qui aspirent à vivre libres et sur leurs terres. Car mines, barrages, tourisme et agriculture intensive se multiplient sans répit, détruisant la nature, épuisant les réserves en eau, polluant l’air et les sols. Face à la puissance des multinationales, des bulldozers et des milices, femmes et hommes défendent à mains nues ces ressources essentielles pour tous les Terriens., aux Seuil: Les Héros de l’environnement, par Élisabeth Schneiter

    • Méryl Pinque

    C’est absolument terrible.
    Et la communauté internationale se tait.
    On n’est pas étonné : les lobbys veillent au grain, et ce sont eux qui, désormais, gouvernent.