Quatre cargos à voile bientôt en construction pour une entreprise de Douarnenez

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Un cargo à voile de TOWT © TOWT

Alors que le fret à la voile ne concerne chaque année en France que quelques centaines de tonnes de produits manufacturés, plusieurs projets de cargos à voile capables de croiser avec 1 000 tonnes ou plus, sont à l’étude. L’entreprise bretonne TOWT (Trans Oceanic Wind Transport) porte l’un d’entre eux. Guillaume Le Grand, son fondateur, nous explique comment il compte développer une petite flotte à l’empreinte carbone hyper faible.

Cela fait près de 10 ans que vous organisez du fret à la voile. Quel volume cela représente-t-il jusqu’à présent ?

Depuis 2011, nous avons affrété 18 navires pour du cabotage régional mais aussi sur des trajets trans-Atlantique ou trans-Manche. Pour l’année 2018, cela a représenté 250 tonnes de marchandises. Les vieux gréements ont une réelle capacité logistique même s’ils paraissent anachroniques. Les premières années, nous organisions des commandes en ligne et nous nous occupions de tout : la comptabilité avec les clients, la douane et les lumbagos lorsque nous déchargions ! En fait, nous faisions la preuve que le concept fonctionnait. Puis nous avons créé notre propre boutique, qui vend café, huile d’olive, chocolat… Et nous nous sommes mis à travailler pour des marques, comme Biocoop, Saveurs et Nature ou les cafés Belco. Mais aujourd’hui, nous changeons de dimension.

Vous faites référence au projet de cargo à voile que vous portez depuis 5 ans ?

C’est cela : le 15 juillet prochain, nous lançons l’appel d’offre pour le choix du chantier et le contrat de construction sera signé en octobre. C’est un budget de 8 à 10 millions d’euros pour un bateau qui sera mis à l’eau fin 2021 et qui rejoindra New York avec un premier chargement à l’été 2022. Le navire mesurera un peu plus de 67 mètres, il voguera à une vitesse de 12 nœuds environ (soit plus ou moins 20 km/h, NDLR) et pourra transporter 1 000 tonnes de marchandises. Autant que 20 goélettes.

Prévoyez-vous la construction de plusieurs navires ?

Quatre sont prévus, échelonnés de 9 mois en 9 mois. Ils navigueront sur 5 routes : New-York et le Québec, l’Amérique Centrale et les Antilles, le Brésil, Djibouti et Abidjan. L’objectif est de transporter 40 à 50 000 tonnes par an. Rien que pour les chocolats Cémoi, qui s’est engagé avec nous sur la route Le Havre-Abidjan, nous devons pouvoir transporter 12 000 tonnes. Une cinquantaine de marques nous attendent pour emmener des sirops d’agave et d’érable, des vins, des spiritueux ou des cosmétiques en plus du cacao et du café.

Pourquoi vos clients vous choisissent-ils alors que le transport par cargo leur revient moins cher ?

Tout d’abord, sur le prix d’une plaquette de chocolat, le coût du transport à la voile ne représentera que quelques centimes. Ensuite, les marques nous choisissent car notre modèle présente deux avantages pour elles. Tout d’abord une performance logistique – nous serons plus rapides que les cargos dans bien des cas car nos trajets seront directs, sans escale : nous livrerons Cémoi en 17 jours alors que les cargos classiques en mettent 24 par exemple. Ensuite un levier marketing avec le label Anemos – qui signifie vent en grec. C’est un label de transport que nous avons créé et qui garantit au consommateur une navigation décarbonée. Nos 4 navires représenteront 100 000 tonnes de CO² en moins par an (les moteurs seront utilisés uniquement pour les manœuvres dans les ports) alors que le transport maritime est responsable de 4 % des émissions de gaz à effet de serre.

Le transport maritime utilise également du fuel lourd et les cargos sont très émetteurs de particules fines. D’après France Nature Environnement, le transport maritime est responsable de 17 à 31 % des émissions d’oxyde d’azote (responsable de maladies respiratoires). Il émet également de l’oxyde de soufre, qui causerait la mort de 50 000 personnes par an en Europe …

 

Transporterez-vous également des passagers ?

C’est prévu ! La règlementation nous permet d’embarquer 12 personnes, nous ouvrirons donc 6 cabines doubles par cargo. Nous avons déjà des réservations : des personnes intéressées non pas par une croisière, mais par une nouvelle manière de se déplacer tout en participant à une expérience écologique, comme aller aux Etats-Unis sans prendre l’avion par exemple. Nous rallierons New York en 14 jours.

Pour que les cargos à voile pèsent un tout petit peu dans l’économie du transport maritime (11 milliards de tonnes sont transportées par an), il faudrait des centaines d’entreprises comme la vôtre. Voyez-vous le secteur se développer dans les années qui viennent ?

Nous sommes effectivement de minuscules acteurs dans un secteur où le gigantisme est tellement écrasant, qu’on se trompe facilement de zéros lorsqu’on en parle ! Figurez-vous que j’étais il y a peu sur le quai à côté d’un cargo. Sur la coque étaient peintes les lettres « China shipping ». Rien que le C avait la hauteur d’un immeuble de 10 étages… Cela dépasse l’entendement. Et tant que le prix du pétrole sera bas, personne n’aura intérêt à regarder de notre côté. Mais d’autres entreprises portent des projets similaires au nôtre en Allemagne, aux Pays-Bas ou au Royaume-Unis et même en France. Alors c’est vrai, nous ne sommes qu’une petite graine, la petite graine du début. Mais on se dit que ce qui compte, c’est de commencer.

Propos recueillis par Sophie Noucher

À lire aussi, notre interview avec Denis Delestrac, réalisateur de Cargso, la face cachée du fret :  Les ports sont le maillon faible de la sécurité des pays

3 commentaires

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    • Hervé GOUBE

    Suggestion: l’un de ces formidables cargos pourrait s’appeler Greta ( Thunberg ) en hommage à cette merveilleuse activiste suédoise qui se rendit en voilier au dernier sommet Climat de New York.

    • souef

    L’entreprise Cémoi est en difficulté! Si au mieux elle est rachetée par un plus gros qu’elle, pas sûr que le repreneur soit intéressé!

    • Rozé

    Bonne initiative. Pour la manoeuvre dans les ports, je comprends que l’utilisation d’un moteur est nécessaire. Mais ce moteur ne pourrait il pas être électrique ? Des batteries seraient rechargées en mer par une ou plusieurs éoliennes et/ou de panneaux solaires photovoltaïques.