Journée internationale pour la conservation de l’écosystème de la mangrove : les experts de GoodPlanet vous expliquent les enjeux globaux et les actions qu’ils mettent en œuvre pour réhabiliter la mangrove en Indonésie

mangroves

Littoral et mangroves en Indonésie © Yann Arthus-Bertrand

Le 26 juillet est la Journée internationale pour la conservation de l’écosystème de la mangrove. Cet écosystème si particulier de forêts côtières joue un rôle clef dans la préservation du climat et de la biodiversité, il est pourtant l’un des plus menacés au monde. En 40 ans, la moitié des surfaces de mangroves ont disparu. Il est plus que jamais temps de prendre conscience et d’agir. France Goldzahl et Matthieu Jousset du programme Action Carbone Solidaire de la Fondation le rappellent dans cette tribune où ils expliquent également comment ils travaillent à la protection des mangroves en Indonésie.

Les mangroves sont des forêts littorales de palétuviers présentes dans les régions au climat tropical. Elles constituent l’un des écosystèmes le plus productif et le plus riche de la planète. Reconnaissables à leurs palétuviers, les mangroves hébergent une grande biodiversité. Elles ont donc un rôle écologique et socio-économique important. Malgré cela, les mangroves figurent parmi les premières victimes de la déforestation: elles disparaissent en moyenne trois à cinq fois plus vite que les autres écosystèmes forestiers.

La moitié des mangroves a disparu en un demi-siècle

Au cours des 50 dernières années, entre 30 et 50 % des mangroves ont disparu dans le monde. Leur disparition se poursuit au rythme de 2 % par an. Les principales causes de la destruction des écosystèmes de mangrove sont la déforestation pour la construction de bassins d’aquaculture, la conversion en terres agricoles et l’urbanisation.  Il ne reste plus que 136 000 km2 de mangroves dans le monde, soit une superficie équivalente à celle de la Grèce.

Les experts estiment que les émissions dues à la dégradation des mangroves représentent jusqu’à 10 % des émissions totales de gaz à effet de serre dues à la déforestation dans le monde. Or, seulement 0,7 % des forêts tropicales sont des mangroves. Ce qui montre et rappelle que les mangroves sont d’importants puits de carbone à préserver pour lutter contre le réchauffement climatique. De surcroît, les changements climatiques ont aussi un effet négatif sur ce milieu. La montée des eaux contraint les mangroves à reculer dans les terres. Une migration difficile, car beaucoup de littoraux sont déjà occupés par les activités humaines. Enfin, l’augmentation prévue de la force des cyclones pourrait aggraver l’état des palétuviers déjà affaiblis par ces multiples pressions anthropiques.

Les mangroves : des puits de carbone très efficaces

Les écosystèmes de mangroves sont des puits de carbone très efficaces. Ils séquestrent de grandes quantités de carbone dans leur sol, dans leurs feuilles, dans leurs branches, dans leurs racines, etc. Elles stockent actuellement, en cumulé, un volume de carbone équivalent à plus de 21 milliards  de tonnes de CO2;  La destruction des écosystèmes de mangrove relâche une partie de ce carbone dans l’atmosphère, ce qui amplifie le changement climatique. Pour éviter que le carbone stocké ne retourne dans l’atmosphère, il faut donc fort logiquement préserver cet écosystème.

Les autres services rendus par les mangroves

En complément de leur rôle dans le cycle du carbone, les mangroves fournissent aussi un grand nombre de services écosystémiques bénéfiques aux communautés locales. Elles servent des refuges pour les espèces de poissons, ce qui profite aux pêcheurs. Elles jouent un rôle d’atténuation et de protection face aux catastrophes naturelles auxquelles les communautés côtières sont confrontées, notamment face aux tempêtes et aux épisode d’inondation et de submersion. Il est estimé qu’une bande de mangrove de 500 mètres réduit la hauteur des vagues de 50 à 99% Les mangroves permettent d’éviter plus de 65 milliards de dollars de dégâts matériels dus aux tempêtes et réduisent les risques d’inondation pour quelque 15 millions de personnes dans le monde chaque année. De plus, elles interviennent aussi dans le filtrage des polluants et des contaminants des eaux côtières.

Restaurer et préserver la mangrove, un impératif et une expérience de terrain en Indonésie

À la fois menacées, fragiles et vitales, les mangroves ont plus que jamais besoin d’être connues et reconnues. De nombreuses initiatives dans ce sens existent et la journée mondiale de la préservation des mangroves est là pour le rappeler et les mettre à l’honneur. Nous voulons profiter de cette date pour revenir sur nos actions en ce sens. Depuis des années, nous soutenons des projets de conservation des écosystèmes en concertation avec les communautés locales. C’est notamment le cas à Tanakéké en Indonésie (sud de l’île de Sulawesi) depuis 2013. L’Indonésie abrite 20 % des mangroves restantes dans le monde, mais comme partout ailleurs elles font face à de nombreuses menaces.  Sur l’île de Sulawesi, suite au boom de l’aquaculture dans les années 1990, l’île a perdu près de 70 % de ses mangroves, passant de 1776 ha à 500 ha. Les 3300 habitants de l’île sont pourtant dépendants de l’océan et de l’état de ses écosystèmes, néanmoins, suite à la crise de la filière, 80 % des bassins d’élevages ont été abandonnés, menaçant la biodiversité locale et les activités de subsistance des populations locales.

C’est dans ce contexte qu’intervient la Fondation GoodPlanet avec Blue Forest (Yayasan Hutan Biru), une ONG indonésienne avec laquelle nous travaillons depuis 2013 sur des projets d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique. En 21 ans d’existence, Blue Forests a réhabilité plus de 1 569 hectares de forêts de mangroves. Depuis mars 2022 avec le soutien de la Fondation EDF, sur place, nous nous efforçons conjointement pour les trois années à venir de transformer 70 hectares d’anciens bassins d’élevage en mangroves, par de la restauration écologique permettant un taux de survie plus important par rapport à de la plantation classique. Cette méthode assure aussi une meilleure séquestration du carbone. À cette restauration naturelle s’ajoute la mise en place d’un plan de gestion pour la protection des 1000 hectares de mangroves subsistantes sur l’île de Tanakéké en concertation avec les communautés locales. Celui-ci s’accompagne de programmes de formation de Blue Forests aux habitants pour que les élèves sélectionnés développent leurs compétences en matière de commerce et d’entreprenariat. L’objectif de ces formations est l’amélioration des capacités communautaires en matière de développement de moyens durables de subsistance, contribuant à la sécurité alimentaire. L’ambition du projet porté par GoodPlanet et Blue Forests est de renforcer la résilience sociale, économique et écologique des populations côtières. Pour ce faire, Blue Forests travaille directement avec les communautés, notamment les femmes et les personnes en situation de vulnérabilité économique.

Au fait, comment restaure-t-on la mangrove ?

Ce projet utilise une technique de restauration appelée « régénération écologique des mangroves » (ou l’EMR – Ecological Mangrove Rehabilitation). Cette technique permet dans un premier temps de redonner la place à la nature en détruisant les anciens bassins d’élevage (composés de matériaux locaux non polluants). Le territoire de la mangrove rendu à l’état naturel, l’arbre peut alors repousser par lui-même. Cette technique permet à l’arbre de retrouver son habitat naturel et maximise le taux de survie de la mangrove réhabilitée.

Ainsi, à la différence de la plantation, la restauration écologique (par colonisation naturelle) s’attache à recréer les conditions pour que la mangrove repousse naturellement, maximisant son taux de survie.

Et comment les populations sont-elles localement associées au projet ?

Ce projet favorise la co-création de solutions concrètes et durables préservant la mangrove avec les populations locales vivant des ressources naturelles afin de pérenniser l’action de réhabilitation. Pour cela, ce projet intègre les communautés dès le départ c’est-à-dire au moment de l’identification des terres, puis dans le suivi de la croissance de la mangrove et dans la mise en place d’activités génératrices de revenus, jusqu’à la concrétisation d’un plan de gestion. La finalité de ce dernier doit conduire à la création d’une aire protégée sur l’île de Tanakéké. La réussite de cette dernière dépendra de l’adhésion des populations locales. C’est pourquoi ce projet s’intègre dans une phase de consultation des parties prenantes pour la mise en place d’un plan de gestion sur l’île de Tanakéké. Celui-ci a pour objectif final la mise en place d’une aire marine protégée sur l’île de Tanakéké qui doit garantir à terme à la fois la préservation des mangroves et assurer aux populations locales la possibilité de vivre sans dégrader leur environnement. Permettre aux communautés de vivre de leur environnement sans le détériorer et les inciter à le préserver reste une des meilleures façons de garantir la pérennité de la future aire protégée dont nous espérons vous reparler dans les années à venir.

France Goldzahl, chargée de projets Accès à l’Energie & Biodiversité au sein d’Action Carbone Solidaire et Matthieu Jousset directeur du pôle Action de la Fondation GoodPlanet

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Un commentaire

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    • Placide kaya

    Bonjour à toute l’équipe et merci pour le travail que vous faites. Je suis expert des mangroves au Congo Brazzaville et je souhaite mutualiser nos efforts commun pour la préservation de cet écosystème singulier au niveau mondial. En Afrique centrale, nous sommes déjà ensemble autour d’un réseau mangrove Afrique centrale action.

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