Comment voyager bas carbone en France d’ici 2050 ?

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FR390 Plage de Saint-Aygulf, entre Saint Raphaël et Fréjus, Côte d’Azur © Yann Arthus-Bertrand

L’impératif de réduire de 80 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 implique de revoir la mobilité et se répercute donc sur la manière de voyager. Le think-tank The Shift Project s’est penché sur la mobilité longue distance, c’est-à-dire les trajets de plus de 80 km à vol d’oiseau (et 100 km par la route) dans le cadre de son Plan de Transformation de l’Économie Française. Ce plan propose des pistes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de la France et à quelques mois des grandes vacances, il donne l’occasion se pencher sur les moyens à mettre en œuvre pour aller vers une mobilité bas carbone.

[Voyager autrement et bas carbone vous intéresse, sachez que c’est justement le thème du  week-end « Voyager autrement » qui aura lieu les 11 et 12 juin prochains à la Fondation GoodPlanet. Débats, rencontres, projections et atelier avec notamment Nus et Culottés]

Les déplacements longues distance des Français en quelques chiffres

Le think-tank a décidé de partir des habitudes de déplacements des Françaises et des Français sur longue distance. Il ressort qu’un résident français parcourt en moyenne plus de 7 600 km cumulés par an. Béatrice Jarrige, cheffe de projet « Mobilité Longue Distance » au Shift Project et autrice du rapport Voyager bas carbone : « la mobilité longue distance dépend des énergies fossiles et émet une part non-négligeable des émissions de gaz à effet de serre. Les déplacements longue distance des Français émettent plus de 41 millions de tonnes de CO2 par en France, soit 9 % des émissions de gaz à effet de serre du pays chaque année ».

[À lire aussi afin de voyager autrement et bas carbone Quelques conseils pour se lancer dans le voyage à vélo]

86 % des voyages longues distances sont effectués en France métropolitaine. Un tiers des déplacements est effectué afin de rendre des visites à la famille ou aux proches tandis que les vacances représentent 26 % des motifs de déplacement. La voiture reste dominante puisqu’elle assure 72 % des déplacements de longue distance, 14 % se font par le train, 9 % par avion et moins de 3 % par autocar.

L’avion demeure le mode de transport le plus polluant en raison de son empreinte carbone et de la longueur des distances parcoures. Même si les vols long courriers représente moins 2 % des voyages, il compte pour un peu moins du tiers des distances parcourues et un tiers des émissions de GES des déplacements longs. « En fait, les déplacements en avion sont surtout associés aux vacances. Lors de la dernière décennie, la fréquence de ce type de voyage a sensiblement augmenté. Par contre, l’avion est très peu utilisé pour les déplacements professionnels », précise Béatrice Jarrige.

Que faire pour réduire le bilan carbone des trajets longue distance ?

Le Shift Project propose d’agir à la fois sur les technologies et les habitudes « pour rendre le voyage résilient aux chocs énergétiques à venir ». Il préconise, dans la mesure du possible, la décarbonation de la mobilité par une électrification, cependant, celle-ci n’est pas toujours possible. Le train joue donc dans les propositions du Shift Project un rôle majeur pour les voyages longue distance en France et en Europe. La façon dont nous voyageons doit accompagner cette transformation. Par exemple, en allant moins loin en restant en Europe au sein de laquelle il est préférable de bouger en train, en limitant les déplacements en avion mais en augmentant la durée des séjours lointains.

Il faut revitaliser le train en augmentant le nombre de gares desservies par les trains. Concrètement, Béatrice Jarrige constate que le train « a pas mal perdu en part de marché sur la moyenne distance face à la voiture, plus polyvalente » et pense qu’il faut « permettre aux gens de prendre le train pour faire de la moyenne distance dans de bonnes conditions. » En effet, elle affirme que « actuellement à peu près 300 sur les 3000 gares que la France compte sont desservies par des TGV ou des trains Intercités ». L’objectif est de rendre de nouveau le train attractif et concurrentiel face à la voiture et à l’avion en améliorant par exemple le service des trains de nuit, les dessertes et les tarifs. Depuis plusieurs années, des livres et des sites Internet proposent aujourd’hui des idées de voyage en train, comme chez Gallimard l’ouvrage En train ; 30 itinéraires pour voyager autrement en Europe. À noter que l’Autriche a récemment mis en place un pass annuel climat qui permet d’emprunter tout le réseau de transport ferré du pays.

La question du coût de la mobilité demeure sensible avec le risque d’en exclure les moins favorisés. Bien que des renchérissements des prix du pétrole soient attendus dans les années à venir, le modèle actuel pour les vacances et le tourisme de masse repose sur un prix des énergies fossiles relativement abordable. « Pour pousser à ces évolutions dans la mobilité se fera par un mix de contraintes réglementaires et de taxes », déclare Béatrice Jarrige. « Il faut donc à la fois réduire le prix du billet de train et renchérir le coût des énergies fossiles, sachant que les taxes ont l’inconvénient de frapper d’abord les plus modestes. »

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Revoir les modèles du tourisme

Les transformations envisagées dans la mobilité impliquent de revoir le tourisme tel qu’il se pratique aujourd’hui. Béatrice Jarrige explique que sur ce rapport le think-tank se cantonne aux déplacements longue distance des résidents français et que « dans ce secteur, l’offre crée la demande. Les 90 millions de touristes étrangers qui viennent en France chaque année ne sont pas intégrés dans nos préconisations. Néanmoins, c’est un gros enjeu puisque les touristes étrangers représentent un tiers des nuitées mais deux tiers des émissions de gaz à effet de serre du tourisme en France. Ils viennent beaucoup en avion. » Pour les vacanciers français, la crise du Covid a permis de découvrir et redécouvrir certaines régions, la pérennisation du tourisme dans ces dernières, ainsi qu’un étalement des périodes propices aux départs pour étaler la fréquentation sur l’année figure parmi les préconisations. « L’idée est que tout le monde, riche comme pauvre, passe plus de vacances sur le territoire français ou européen plutôt que d’aller au bout du monde. Car, il n’est pas normal que l’avion ne coûte pas cher et que le tourisme bon marché loin d’Europe constitue une forme de dumping social » C’est donc tout un modèle qui est à repenser dans les années à venir et qui peut déjà s’expérimenter dès à présent en privilégiant les séjours de proximité.

Julien Leprovost

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À propos de la Fondation GoodPlanet

La Fondation GoodPlanet consacrera le 11 et le 12 juin 2022 un week end au « Voyagez et explorez (autrement) », les détails à venir seront à retrouver dans nos pages Agenda. Le week-end « Voyager autrement » aura lieu les 11 et 12 juin prochains à la Fondation GoodPlanet.
Vous pourrez, parmi les nombreuses activités proposées durant ces deux jours :
– Samedi 11 juin à 15H. Rencontrez les globe-trotters Nans et Mouts et assistez à la projection en plein air du premier épisode de la 10ème saison de Nus & Culottés pour fêter ensemble leurs 10 années d’aventures, de rencontres et de voyages !
– Dimanche 12 juin à 15H. Partagez la passion du « grand dehors » et la façon de vivre en famille de Thibault Liebenguth ! Il vous donnera tous ses conseils, rassurera les parents et vous (re)donnera le goût de l’aventure.
La Fondation GoodPlanet œuvre depuis 15 ans sur le terrain afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre et protéger la biodiversité. Découvrez son calculateur carbone, son programme Action Carbone Solidaire et son engagement pour une alimentation plus durable respectueuse du climat.

2 commentaires

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    • Jean

    On reste sur notre faim avec des articles comme cela.
    Je trouve que la mise en page pourrait être améliorée, il faudrait faire ressortir les points importants.
    Il reste encore des coquilles dans le texte.
    En bref, ça manque de punch et le take-away message est inexistant.

    • Nicolas

    Vous êtes totalement en dehors des réalités : toutes les prévisions indiquent que le transport aérien va exploser en terme de flux d’ici 2050. Airbus anticipe un doublement de la flotte mondiale d’avions d’ici 2040 et tous fonctionneront au kérosène. Cela veut dire quoi ? Même informée des questions climatiques, la population mondiale demande toujours plus de vacances lointaines en avion. Les jeunes, soit disant sensibilisés, voyagent énormément en avion. Il n’y a aucune chance que cela change.

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