Près de Chartres, les Petits Explor’Acteurs, une école maternelle dans les bois

Ecole Petits Explor'Acteurs Luisant

École les Petits Explor'Acteurs, Luisant. © Sophie Noucher

De plus en plus d’écoles tentent de réintégrer la nature, en végétalisant les espaces de jeux. Certaines considèrent même que la forêt doit faire partie de leur pédagogie. C’est le cas d’une toute nouvelle école, Les Petits Explor’Acteurs, ouverte en septembre près de Chartres. Nous lui avons rendu visite.

L’un des enfants est à genoux et observe des brins l’herbe. Les autres, cinq ou six bambins âgés de 4 à 6 ans, s’égaillent plus haut sur le talus boisé. Ils courent, jouent et discutent avec leur enseignante. Nous sommes chez « Les Petits Explor’Acteurs », une école maternelle et un centre de loisirs privés ouverts le mois dernier près de Chartres, à Luisant (Eure-et-Loir). Il est presque 15h en cet après-midi d’octobre et les enfants, en bottes et combinaisons imperméables, sont dehors depuis un long moment. « Ils passent une heure et demie à deux heures dans le bois chaque après-midi, explique une enseignante, Emmanuelle. Et au moins une demi-heure le matin. »

Pendant que les plus jeunes font la sieste dans la yourte attenante, Emmanuelle accompagne les jeux et découvertes des élèves plus âgés. Elle tient dans la main des fiches descriptives d’arbres. « Nous apprenons à les identifier grâce à leurs feuilles, leur écorce ou leurs fruits. Pour l’instant, les enfants reconnaissent bien le marronnier et le chêne », explique l’enseignante. Elle se réjouit qu’ils jouent avec les glands et les marrons : « ils les ouvrent et disent qu’ils font des accouchements, c’est mieux que de s’amuser avec des jouets en plastique ». Ils ont également construit un petit abri pour hérissons, ont décidé que quelques troncs et branchages au milieu du bois étaient leur « bateau-pirate » et observent, beaucoup. Dernièrement, des limaces et des araignées, dont ils ont constaté qu’elles ont huit pattes. Emmanuelle leur a précisé qu’elles ne sont donc pas des insectes – ce que peu d’enfants savent si jeunes. Dans cette école hors contrat, qui annonce une pédagogie « Montessori et Nature », on doit faire acquérir aux élèves – comme dans toute structure d’enseignement, le « socle commun de connaissances » (la base des programmes de l’Éducation Nationale), mais on va souvent plus loin, et l’on apprend surtout différemment.

Mettre les mains dans la terre

C’est Morgane Planchon, 34 ans, qui est à l’origine du projet et dirige l’école. Cette ancienne assistante de direction devenue animatrice en passant par la pédagogie Montessori a rêvé pendant dix ans d’un tel lieu. « Je voulais faire sauter les barrières entre école et centre de loisirs, créer une classe multi-âges dans la Nature, respectueuse du rythme des enfants où l’on donne le temps d’observer et de mettre les mains dans la terre ». Ici, les arrivées de la quinzaine d’élèves (l’école peut en accueillir 28), s’échelonnent entre 8h et 9h30. L’équipe compte deux enseignantes (professeur des écoles en disponibilité de l’Éducation Nationale) et deux animatrices, dont Morgane. La mairie de Luisant, une petite commune de la vallée de l’Eure, lui a permis de poser une yourte sur un ancien terrain de tennis, attenant à 7 000 m² de bois. « Les humains en général, pas seulement les enfants, ne sont pas suffisamment en contact avec la nature », estime celle dont le « rêve ultime serait de créer un éco-hameau qui accompagnerait l’évolution et l’apprentissage même à l’âge adulte ».

Prendre soin de soi, de l’autre et de la Terre sont les trois valeurs du lieu. L’équipe a constaté qu’en laissant les enfants passer du temps dans le bois, ils les mettent spontanément en œuvre. Par exemple, un petit maladroit qui tombait souvent désormais marche, court et franchit des obstacles facilement après quelques semaines à grimper le talus. Et les enfants se donnent spontanément la main pour s’aider à descendre. « Ils sont plus vigilants ici qu’ils ne le seraient dans une cour », constate Morgane. Resteront-ils plusieurs heures dehors les jours d’hiver ? « Lorsqu’ils bougent ils n’ont pas froid, contrairement aux adultes qui surveillent ! », s’exclame Emmanuelle qui, d’ailleurs, se réchauffe en participant à leurs jeux. Comme celui des chaises musicales, revisitées en mode bienveillant et collaboratif. D’habitude, des enfants tournent autour d’un cercle de chaises toujours inférieur au nombre de participants. Au signal, il faut rapidement s’asseoir. Celui qui n’a pas de chaise est éliminé. Ici, les chaises sont remplacés par des cerceaux, les « îles », et les enfants se partagent, selon leur taille ou leur gabarit. Tous entrent dans les cerceaux.

Les trésors des saisons

Plusieurs petits sont réveillés de la sieste. Les plus grands peuvent donc entrer dans la yourte attenante au bois. Certains passent aux toilettes (sèches), d’autres commencent à enlever bottes et combinaison. Chacun a son petit casier avec des vêtements de change. Au fond de la yourte, un tipi à demi-fermé protège ceux qui somnolent encore. Tout le long de l’espace rond, des ateliers sont organisés : un coin pour la lecture, un autre pour les mathématiques, la géographie avec des puzzles du planisphère ou les sciences avec toutes les formes de feuilles (même les deltoïdes et les aciculaires). Il y a également un coin pour la peinture et les repas : chaque enfant apporte son déjeuner et lave ses récipients. Juste à côté, les « trésors des saisons », un plateau où les enfants rapportent leurs trouvailles : un pâtisson, des noix, des feuilles et un hérisson en pâte à sel qu’ils ont ajouté. Le matin et à midi, pendant les temps communs, on parle en anglais. Alors qu’un petit groupe s’est mis à dessiner, Emmanuelle, qui a enseigné 7 ans au lycée français de Tokyo, travaille avec le petit Malo : ensemble, ils repassent du doigt les formes des nombres 7, 2 et 6, première étapes avant d’apprendre à les écrire. Pour les exercices, les élèves sont souvent pris individuellement par l’une des deux maîtresses.

L’équipe espère acheter bientôt une seconde yourte pour accueillir les enfants plus âgés. L’école, qui a le statut de société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), ne vit que des adhésions des familles (à partir de 375 euros par mois).

Sophie Noucher

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