Rob Hopkins, fondateur des transition town : « Le changement climatique sera l’enjeu le plus important de l’élection municipale de 2020 »

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Rob Hpkins, fondateur du mouvement des villes en transition © Transition

À l’occasion du scrutin municipal à venir (15 et 22 mars), nous avons interrogé Rob Hopkins, le fondateur du mouvement des Villes en transition (transition town). Vous l’avez sans doute vu dans « Demain » ou dans d’autres documentaires. Son projet : concevoir la ville du futur capable de faire face au changement climatique en s’affranchissant de la dépendance au pétrole. Né à Totnes en Angleterre, le mouvement de la transition a expérimenté de nombreuses initiatives comme la création de monnaies locales, le circuit-court bio ou encore repenser la mobilité. Des idées qui inspirent déjà des communes françaises et peut-être bientôt de nouvelles.

Quel est le bilan du mouvement des Villes en transition près de quinze ans après sa création ?

Nous avons démarré le mouvement dans la petite ville de Totnes en Angleterre vers 2005-2006. Aujourd’hui, des milliers de communes ont rejoint le mouvement transition towns dans plus de 60 pays dont la France et l’Allemagne. L’idée de la transition a dépassé le mouvement en lui-même. En France et en Belgique, le film « Demain » nous a aidé à promouvoir la vision merveilleuse d’une nouvelle économie et d’un futur bas-carbone.

Comment définiriez-vous la transition pour celles et ceux qui n’en auraient pas encore entendu parler ?

L’idée de la transition commence avec les communautés locales qui décident de réfléchir à l’avenir qu’elles désirent. Elles s’organisent elles-mêmes pour que chaque ville, selon ses spécificités, apporte ses solutions afin de ne plus dépendre des énergies fossiles et de réduire ses rejets de gaz à effet de serre.

Rob Hopkins : « les communautés ont l’avantage de pouvoir bouger plus rapidement que d’autres formes d’organisation »

Notamment en France ?

En France, où les maires ont plus de pouvoir qu’au Royaume-Uni, ces idées de transition ont inspiré des élus dans des villes comme Grande-Synthe (Pas-de-Calais), Grenoble (Isère) ou Ungersheim (Alsace).

Est-ce que le pouvoir local peut faire la différence ?

Oui, totalement. L’action locale peut apporter les changements ambitieux dont nous avons besoin face à l’urgence climatique. Ces transformations doivent évidemment survenir dans tous les secteurs : économique, académique, culturel et social. Cependant, les communautés ont l’avantage de pouvoir bouger plus rapidement que d’autres formes d’organisation. Les villes se révèlent aussi plus imaginatives dans les solutions. Les municipalités sont une variable importante de l’équation pour résoudre le problème du changement climatique.

Pourquoi certaines personnes hésitent encore à suivre la voie de la transition ?

Une partie d’entre elles ne comprennent toujours pas l’urgence et l’ampleur du changement climatique. Dans les grandes organisations, certains sont réticents au changement ou ne veulent pas revoir l’échelle sur laquelle ils interviennent. Je crois aussi que de nombreuses personnes sont très occupées par la prise en charge de leur foyer, de leur famille. Et, de fait, elles consacrent beaucoup de temps à leurs emplois. C’est déjà bien suffisant pour eux. Nous vivons une époque où nous travaillons plus que ce que nous avons besoin. Les gens n’ont donc pas le temps ou l’énergie nécessaire pour s’impliquer.

Avez-vous un message pour les candidats et les électeurs français désireux de s’impliquer activement sur les sujets environnementaux ?

Nous avons besoin de relever efficacement le défi du climat en étant imaginatifs. Pour reprendre l’essayiste Naomi Klein : « Il ne nous reste plus d’options qui ne soient pas radicales ». Les candidats se doivent de proposer de grandes idées. Les sondages en France montrent un large soutien à la sobriété, à un futur basé sur l’alimentation locale et les nouvelles formes d’éducation. La population y est prête pour répond(r)e aux enjeux climatiques et aux questions de justice sociale. La politique comme avant est terminée, place aux personnes brillantes et créatives !

 La France compte aujourd’hui 150 villes en transition. En espérez-vous de nouvelles après les élections ? Et combien ?

C’est impossible à dire d’où je suis, nous verrons bien. Pour les élus et les électeurs qui voudraient se lancer dans la transition, il existe de bonnes ressources en ligne en français.

 Rob Hopkins : « Elles nous racontent comment les gens s’organisent autour du monde pour parvenir à changer la donne »

Que peuvent aisément faire les villes françaises pour préserver l’environnement ?

Les villes doivent d’abord s’informer pour découvrir autant d’histoires positives de changement que possible. Elles inspirent notre capacité à imaginer notre avenir. Trouver ces histoires, qu’on lit souvent dans les journaux, qu’on voit dans les films ou qu’on entend dans les podcasts, se révèle important. Elles nous racontent comment les gens s’organisent autour du monde pour parvenir à changer la donne.

 Justement, quelle histoire vous a marqué ?

Cette histoire fabuleuse a démarré avec une très bonne question « et si c’était possible de ? ». Elle se déroule à Liège, en Belgique, le groupe de la transition s’est intéressé à l’alimentation et à sa production en développant le projet de « ceinture alimentaire ». Ils se sont demandé ce qu’il se passerait si, en une génération, leur nourriture provenait de terres proches de la ville. Ils ont donc créé 21 coopératives et levé 5 millions d’euros d’investissements locaux. Des magasins du centre-ville et la municipalité soutiennent ces projets.

Rob Hopkins : « Une des dimensions les plus intéressantes de la crise du coronavirus réside dans le fait d’y parvenir : réduire les vols en avion, travailler moins, prendre du temps libre et bien d’autres chose »

 Pour être dans l’actualité, comment le modèle des transition town peut aider à faire face à la pandémie de coronavirus ?

Nous savons depuis des années que l’urgence climatique implique qu’il faille intentionnellement réduire notre empreinte écologique. Une des dimensions les plus intéressantes de la crise du coronavirus réside dans le fait d’y parvenir : réduire les vols en avion, travailler moins, prendre du temps libre et bien d’autres choses. Et là, à l’heure actuelle, ce phénomène se produit. Conséquence, l’empreinte carbone de nombreux pays diminue de manière significative… Comment conservons-nous ça ?

De manière concrète, dans de nombreuses villes, les groupes de travail sur la transition créent des liens, ils peuvent s’assurer que les personnes isolées disposent du nécessaire… De nombreuses études sur les catastrophes naturelles montrent que les communautés qui survivent le mieux à ces crises sont celles où les personnes prennent soin les unes des autres tandis que la mortalité augmente où les membres ont peu de relations entre eux.

Avez-vous un dernier mot ?

Le changement climatique sera l’enjeu le plus important de l’élection municipale de 2020. Qui seront les personnes avec assez d’imagination pour faire face à ce défi ? Parce que nous savons désormais que continuer à faire comme d’habitude n’est pas la solution appropriée ni pertinente. Cette élection offre une opportunité de mettre des personnes pertinentes aux commandes.

Propos recueillis par Julien Leprovost

Pour aller plus loin :
– le site du mouvement de la transition
– le site français des villes en transition
– notre interview avec le collapsologie Alexandre Boisson sur le rôle du maire face à l’effondrement

– [Municipales 2020] Le message de Yann Arthus-Bertrand : Qui choisir pour le vivant ?
– le portrait de Rob Hopkins
– notre interview avec Cyril Dion à l’occasion de la sortie de Demain
–  découvrez Ungersheim

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