L’ONU sur le pont pour tenter de protéger enfin la haute mer

Greenpeace l'ONU, sur le pont de Brooklyn à New York

Action de Greenpeace appelant à finaliser l'accord sur la haute mer à l'ONU, sur le pont de Brooklyn à New York, le 14 août 2022 © AFP ANGELA WEISS

Nations unies (Etats-Unis) (AFP) – Les Etats membres de l’ONU commencent lundi deux semaines de négociations pour tenter enfin d’accoucher d’un traité pour protéger la haute mer et éviter une nouvelle avarie qui verrait s’éloigner à l’horizon l’objectif de préserver 30% de la planète d’ici 2030.

La « dernière dernière » ? Après plus de 15 ans de discussions informelles puis formelles, c’est la troisième fois en moins d’un an que les négociateurs se retrouvent à New York pour une session censée être la dernière.

Mais cette fois, à l’aube de deux semaines de discussions jusqu’au 3 mars, un optimisme prudent semble de mise pour que cette session soit la bonne, encouragé par l’accord historique conclu en décembre à Montréal lors de la COP15 sur la biodiversité.

Tous les pays du monde se sont alors engagés à protéger 30% de l’ensemble des terres et des océans d’ici 2030. Un défi quasi insurmontable sans inclure la haute mer dont environ 1% seulement est protégé aujourd’hui.

« Nous sommes optimistes sur le fait que la COP15 sur la biodiversité ait donné le coup de pouce nécessaire aux gouvernements pour que cet accord passe la ligne d’arrivée », a commenté Pepe Clarke, du WWF.

La haute mer commence où s’arrêtent les zones économiques exclusives (ZEE) des Etats, à maximum 200 milles nautiques (370 km) des côtes, et elle n’est donc sous la juridiction d’aucun pays.

Même si elle représente plus de 60% des océans et près de la moitié de la planète, elle a longtemps été ignorée, au profit des zones côtières et de quelques espèces emblématiques.

Pourtant « il n’y a qu’un océan, et un océan en bonne santé signifie une planète en bonne santé », souligne à l’AFP Nathalie Rey, de la High Seas Alliance qui regroupe une quarantaine d’ONG.

Les écosystèmes océaniques, menacés par le changement climatique, les pollutions en tous genres et la surpêche, fabriquent notamment la moitié de l’oxygène que nous respirons et limitent le réchauffement en absorbant une partie importante du CO2 émis par les activités humaines.

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« Dernière chance »

 

Alors malgré l’optimisme affiché et les négociations informelles qui ont eu lieu depuis la dernière session en août pour faire avancer les choses, les défenseurs des océans mettent en garde contre un naufrage.

« S’ils échouent à nouveau, cela remet un peu en cause le processus en lui-même », a indiqué à l’AFP Liz Karan, de l’ONG Pew Charitable Trusts.

« Nous avons déjà dépassé le temps imparti. Ces discussions sont la dernière chance d’aboutir. Les gouvernements ne doivent pas échouer », a insisté dans un communiqué Laura Meller, de Greenpeace.

Le projet de texte sur la table, truffé de parenthèses et de multiples options, reflète les nombreux sujets contentieux encore en jeu.

Ainsi, le principe de création d’aires marines protégées est inclus dans le mandat de ce futur traité sur « la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale », mais les délégations sont toujours divisées sur le processus de création de ces sanctuaires.

carte partage des océans
Le partage des océans
© AFP Sylvie HUSSON

Les modalités d’application de l’obligation d’évaluer l’impact sur l’environnement d’activités envisagées en haute mer ne font pas non plus l’unanimité.

Et la répartition des possibles bénéfices issus de l’exploitation des ressources génétiques de la haute mer, où industries pharmaceutiques, chimiques et cosmétiques espèrent découvrir des molécules miraculeuses, est un des points les plus tendus.

Faute de pouvoir conduire ces recherches coûteuses, les pays en développement craignent de passer à côté de retombées potentielles. Et lors de la session d’août, des observateurs avaient accusé les pays riches, notamment l’UE, d’avoir attendu la dernière minute pour faire un geste.

Pour faire entendre la voix des défenseurs de l’océan à travers le monde, l’actrice et militante américaine Jane Fonda doit remettre lundi soir à la présidente de la conférence Rena Lee une pétition de 5 millions de signataires réclamant un traité « fort ».

Parce qu’avec ce traité complexe et vaste, qui devra aussi composer avec d’autres organismes ayant aujourd’hui la main sur des morceaux de l’océan, sur la pêche ou l’exploitation minière des fonds marins, même s’il y a un accord, le diable est dans les détails, s’inquiètent les défenseurs des océans.

© AFP

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