Marjan Minnesma, pionnière de l’action climatique devant la justice primée par le prix Goldman 2022 : « les gouvernements ont un devoir de protection des citoyens face à la menace du changement climatique »

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Marjan Minnesma (Photo: ©Goldman Environmental Prize)

Ce mercredi 25 mai 2022, la militante néerlandaise du climat Marjan Minnesma est récompensée par le prix Goldman pour l’environnement. Parfois surnommé « le prix Nobel de l’écologie », il rend hommage au long combat de cette Néerlandaise qui a été une des premières, avec son ONG Urgenda, à demander devant la justice que l’État et le gouvernement de son pays respectent leurs engagements dans la lutte contre le réchauffement. Le prix Goldman récompense chaque année 6 personnalités, issues des 6 continents, pour leur militantisme dans la défense de l’environnement. Cette année, Marjan Minnesma représente l’Europe. En effet, elle accuse le gouvernement hollandais de ne pas remplir son devoir de protection de ses concitoyens, au vu des conséquences du changement climatique et obtenu de la justice que ce dernier agisse enfin. GoodPlanet Mag’ s’est entretenu avec cette militante pour en savoir plus sur son combat. Son action en justice a inspiré plusieurs actions légales contre les gouvernements, dont l’Affaire du Siècle en France, une pétition qui a recueilli plus de 2 millions de signatures et une démarche en justice contre l’inaction climatique de l’État.

Vous venez de recevoir le prix Goldman pour l’environnement 2022 pour votre action en faveur du climat. Quelles sont vos premières impressions ?

C’est d’abord un immense honneur et une grande fierté pour des gens comme nous. C’est un prix très spécial qui prouve que les gens de la Terre entière s’intéressent à l’action en justice que nous avons démarrée en 2012 avant d’obtenir gain de cause devant la Cour Suprême des Pays-Bas en 2019. Nos actions ont eu de la visibilité. Elles ont inspiré d’autres actions en justice dans le monde.

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Dutch courtroom (Photo: ©Chantal Bekker pour Urgenda)

En décembre 2019, vous avez mené une action qui a obligé le gouvernement néerlandais à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 25 % d’ici la fin de l’année 2020. Nous sommes en mai 2022, qu’en est-il aujourd’hui ?

Il faut d’abord revenir en arrière et comprendre que cette décision fait suite à l’appel du gouvernement après une première décision de justice de 2015. Donc, nous sommes retournés en justice en 2019, c’est à ce moment-là nous avons gagné. Le juge a d’ailleurs rappelé que cette première décision de justice de 2015 aurait dû être mise en œuvre immédiatement. Or, de fait, le gouvernement néerlandais n’avait pas directement appliqué la décision du juge, le gouvernement a dû le faire en 2019 lorsqu’il a perdu en appel devant la plus haute juridiction du pays. Il a donc créé une enveloppe budgétaire pour la lutte contre le changement climatique de 45 milliards d’euros, ce qui est beaucoup. Avec près de 800 organisations, nous avons aussi préparé un plan ensemble dit des « 54 solutions » pour leur montrer qu’en une année, il est possible de réduire les émissions de CO2 pour le même montant que celui qu’ils ont dépensé dans les frais de justice de cette affaire. Ils ont mis en œuvre 13 des 54 mesures que nous avons proposées.

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Quelles sont ces mesures ?

Une centrale à charbon a été fermée. Le gouvernement a aussi édicté des lois supplémentaires disant que les centrales en service ne sont pas autorisées à utiliser plus de 35 % de leur capacité. Ce sont des résultats satisfaisants, même si leur concrétisation reste trop lente. Cette année, les émissions devraient commencer à baisser. Le gouvernement a aussi décidé de rehausser son ambition climatique en visant désormais une diminution de 60 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 au lieu de 55 % auparavant. Il faut donc faire beaucoup plus que ce que nous faisons actuellement. Au final, bien que je sois tout de même satisfaite, il s’est passé beaucoup trop de temps avant que les autorités ne se décident à réellement agir.

Pourquoi avoir choisi de mener une action en justice ? Comment avez-vous eu cette idée ?

Au début des années 2010, avec Urganda, nous voulions que l’action climatique aille plus vite aux Pays-Bas. Mon analyse était que le gouvernement n’allait pas agir simplement si nous le lui demandions, il fallait le pousser à réduire ses émissions de gaz à effet de serre et à tenir ses engagements pour 2030. À la même période, j’ai lu le livre « Revolution Justified: Why Only the Law Can Save Us Now » [NDLR non traduit] du juriste Roger Cox dans lequel il explique que la loi est encore le seul moyen démocratique de conduire les gouvernements à agir face aux problèmes qui nous menacent. C’était une nécessité car les gouvernements ont un devoir de protection des citoyens face à la menace du changement climatique. Le changement climatique est une menace et le gouvernement l’a admis.

Mais, l’action en justice n’est-elle pas trop longue et lente par rapport à l’urgence de la situation ?

En effet, notre affaire a démarré en 2012 et s’est conclue en 2020. Toutefois, en Allemagne et en France, les choses sont allées plus vite. Nous avons traduit une grande partie de nos contenus en anglais afin de permettre au plus grand nombre de personnes dans le monde de bénéficier de nos connaissances et de nos retours d’expérience sur l’action en justice. Cela permet aussi de voir quels arguments marchent et quels autres ne fonctionnent pas Les convention internationales sur le climat ont été signées par de nombreux pays, maintenant c’est à eux de concrétiser leurs promesses et leurs engagements.

Vous avez inspiré beaucoup de mouvements comme l’Affaire du Siècle en France, pétition qui a recueilli près de 2 millions de signatures. Comment percevez-vous ce mouvement depuis les Pays-Bas ?

Nous avons inspiré des centaines d’autres actions en justice autour du monde. Les jeunes vont en justice et disent « s’il vous plait Monsieur ou Madame le Juge, aidez-nous et faites-en sorte que le pays aille plus vite en matière de développement durable ». Cela fait plusieurs fois maintenant que ça arrive, donc les affaires judiciaires vont changer, la structure est la même mais les cas d’actions climatiques en justice vont évoluer avec le temps. En Allemagne et en France, des activistes ont exigé plus d’actions pour respecter l’objectif 2030 et les 2 gouvernements ont bien décrété qu’il fallait réduire les émissions d’ici 2030 pour assurer un avenir viable aux futures générations. Ils ont donc accéléré le processus de transition. C’est une manière d’utiliser la loi.

Avez-vous un conseil pour les activistes environnementaux ?

Malgré toutes les épreuves et les difficultés, vous pouvez encore gagner ! Ayez espoir ! N’écoutez pas ceux qui vous disent que cela n’a pas de sens ou que c’est impossible et que vous devriez faire autre chose. Juste foncez, persévérez, ça vaut le coup et à la fin nous gagnerons.

Propos recueillis par Romane Pijulet

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