Et si l’astronomie réduisait son empreinte carbone ?

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Un télescope l'Observatoire européen austral (ESO), dans le désert chilien de l'Atacama, en juin 2019 © AFP/Archives Martin BERNETTI

Paris (AFP) – Des missions spatiales plus « vertes » ? L’observation des étoiles émet une quantité non négligeable de CO2 et face à l’urgence climatique, les astronomes doivent réduire l’empreinte carbone de leurs infrastructures de recherche, selon une étude qui suscite le débat.

C’est la première fois que des chercheurs tentent d’évaluer la quantité de gaz à effet de serre produite par les 30.000 astronomes et leurs instruments de travail que sont les radiotélescopes terrestres, sondes et rovers envoyés dans l’espace.

Selon de premières conclusions, publiées lundi dans Nature Astronomy, l’activité totale de ces instruments, depuis leur mise en fonction, a produit au moins 20,3 millions de tonnes de CO2, l’équivalent du bilan carbone annuel de l’Estonie ou de la Croatie.

Par astronome, cela représenterait des émissions annuelles de 1,2 million de tonnes.

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Une quantité quasi « cinq fois plus élevée » que celle engendrée par les vols aériens des astronomes, lorsqu’ils se déplacent pour raisons professionnelles, souligne l’étude. « La communauté des astronomes discute actuellement de la réduction de l’empreinte carbone liée aux transports, ainsi qu’à l’activité des supercalculateurs », explique à l’AFP Jürgen Knödlseder, directeur de recherche CNRS et auteur principal de l’étude. « C’est bien, sauf qu’ils ne voient pas l’éléphant dans la pièce: la question des infrastructures ».

Pour évaluer la taille de « l’éléphant », le chercheur a passé au crible 50 missions spatiales et 40 installations d’observation au sol: télescopes Hubble, Max Planck, missions d’explorations Insight (Mars), sonde Rosetta (comète « Tchouri »), Très grand télescope (VLT) au Chili…

« Tour d’ivoire »

Il aurait fallu idéalement tenir compte des matériaux de construction, des coûts d’exploitation, de la consommation d’électricité…. Mais ces données étaient souvent indisponibles, parfois par manque de transparence de la part des agences spatiales, explique Jürgen Knödlseder, qui travaille à l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie de Toulouse.

Pour combler ces lacunes, son équipe a fait appel à une méthode développée par l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) et l’Association bilan carbone (ABC): celle dite des ratios monétaires, selon laquelle les émissions de carbone d’une activité sont proportionnelles à son coût et à sa masse.

Ainsi, selon leurs calculs, le télescope spatial James Webb, d’une valeur de 10 milliards de dollars, et le futur radiotélescope géant « Square Kilometer Array », en Afrique du Sud et en Australie, seraient à eux seuls responsables de l’équivalent d’au moins 300.000 tonnes de CO2.

« Nous devons réfléchir à réduire les gaz à effet de serre de nos infrastructures », affirme Jürgen Knödlseder. Et « tout le monde doit prendre sa part, y compris les astronomes qui ne sont pas dans une tour d’ivoire », a commenté Annie Hughes de l’Institut Max Planck, l’une des auteures de l’étude, lors d’une conférence de presse.

« Ralentir la machine »

« Je sais que cela peut choquer, mais il faut ralentir la machine si on veut réduire de près de 50% les émissions d’ici 2030 », a abondé son collègue astronome Luigi Tibaldo.

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« Comme toute activité, l’astronomie a une empreinte carbone non négligeable, notre défi est donc de ralentir la construction des infrastructures tout en continuant la recherche d’excellence », a estimé Éric Lagadec, président de la Société française d’astronomie et d’astrophysique, qui n’a pas participé à l’étude.

Mais la méthodologie est très discutée: l’estimation par les ratios monétaires génère une marge d’incertitude élevée (jusqu’à 80%), ce qui peut « entamer la crédibilité des résultats », écrit ainsi Andrew Ross Wilson dans un commentaire publié en marge de l’étude.

« Faute d’avoir le détail de ce qu’une installation consomme, ils ont calculé +au pif+ », s’étonne pour sa part l’astrophysicienne Françoise Combes, de l’Observatoire de Paris-PSL. Qui conteste aussi le fait d’avoir divisé le coût global par le nombre d’astronomes: « Quand on construit un observatoire, c’est pour la science, cela bénéficie à des millions de gens ! C’est comme si vous divisiez le coût d’un opéra uniquement par ceux qui y vont », commente la scientifique.

« La méthode est discutable, mais la démarche est une première étape qui a le mérite d’amener une réflexion », conclut Éric Lagadec.

© AFP

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Un commentaire

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    • Serge Rochain

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