En Sibérie, une mine de cuivre géante pour nourrir la transition énergétique

siberie mine de cuivre

Des ouvriers travaillent déjà sur le site de la mine de cuivre d'Oudokan, le 27 septembre 2021 © AFP Natalia KOLESNIKOVA

Oudokan (Russie) (AFP) – Au plus profond de la Sibérie, dans la taïga sauvage de Transbaïkalie, l’expédition soviétique menée par la géologue Elizaveta Bourova cherchait de l’uranium pour alimenter l’arsenal nucléaire national quand, en 1949, elle est tombée sur un gigantesque gisement de cuivre.

Plus de 70 ans plus tard, d’importants défis logistiques ont été surmontés et un complexe minier est en train de naître, entre le lac Baïkal et l’océan Pacifique, en plein boom du cuivre, un métal clé pour la transition énergétique.

« C’est un évènement pour l’Extrême-Orient et toute l’industrie minière russe et mondiale », affirme Valéri Kazikaïev, 66 ans, président du conseil d’administration de la société Udokan Copper, qui développe le site dans le massif de l’Oudokan.

M. Kazikaïev fait le long trajet depuis Moscou jusqu’à la mine deux fois par mois. Cette fois, il a invité une équipe de l’AFP à l’accompagner.

Fin septembre, la taïga d’automne, rouge et jaune, s’étend à perte de vue. Mais à 2.000 mètres d’altitude, où se trouve le site, il neige dru.

« L’Union soviétique n’a pas pu développer ce gisement », explique Valéri Kazikaïev devant l’usine, dont la construction a commencé en 2019 et doit s’achever courant 2022.

Conditions extrêmes

« En raison de conditions naturelles difficiles, construire ici est très coûteux. C’est une zone sismique, il y a beaucoup de permafrost, il fait jusqu’à -60°C degrés l’hiver. Il n’y avait aucune technologie » adaptée, détaille M. Kazikaïev.

Dans les carrières, le travail de récolte du minerai contenant le cuivre a déjà commencé en faisant sauter à l’explosif le permafrost, ce sol gelé toute l’année.

Refermant plus de 26 millions de tonnes de cuivre, Udokan Copper se présente comme le plus grand gisement inexploité de Russie, et le troisième au monde.

Pour développer le projet, le groupe, qui fait partie de la holding USM du milliardaire Alicher Ousmanov, a levé près de 3 milliards de dollars auprès de banques russes, profitant aussi des conditions préférentielles accordées pour développer l’Extrême-Orient.

Cerise sur le gâteau : le cuivre, rebaptisé « nouvel or noir », a atteint des prix historiques en 2021.

« Dans les quinze prochaines années, la demande de cuivre va croître de 30% », à mesure que « l’économie verte » montera en puissance, prévoit Ioulia Bouchkina, analyste chez Fitch à Moscou.

« Le cuivre joue un rôle clé dans les énergies renouvelables et les technologies vertes en raison de ses propriétés de conductivité thermique et électrique », ajoute-t-elle, citant la production croissante de véhicules électriques, très gourmands en cuivre.

En ligne de mire, le marché asiatique très demandeur, notamment la Chine, la Corée du Sud et le Japon.

Pour cela, Udokan Copper compte utiliser sa proximité avec la voie ferrée Magistrale Baïkal-Amour (BAM), située à 30 kms du site et construite sur ce tracé au début des années 1980 avec l’espoir, longtemps déçu, du développement des gisements de la région.

Désert de glace

La BAM, projet grandiose et gouffre financier au temps de l’URSS, traverse la Sibérie sur plus de 4.000 kms jusqu’au Pacifique.

Après de nombreux travaux sur la ligne, Udokan Copper espère bientôt envoyer ses cathodes et ses condensats de cuivre en train jusqu’à la frontière chinoise et aux ports russes sur la mer du Japon.

« Nous sommes 2.000 kilomètres plus près de Tokyo que de Moscou », note M. Kazikaïev.

Mais les difficultés logistiques se multiplient dans ce désert de glace.

Une centrale électrique a été construite pour fournir l’énergie nécessaire aux travaux puis à l’usine.

Une route a également été bâtie pour relier le minuscule aérodrome de Novaïa Chara au gisement. Un projet est à l’étude pour agrandir cet aéroport.

Dans cette zone à la population éparse, où vivent encore quelques centaines de membres du peuple autochtone éleveur de rennes Evenk, il a fallu faire venir pour la construction 4.000 travailleurs de Sibérie et des ex-républiques soviétiques.

Sur le chantier, Alexeï Iachtchouk, 44 ans, directeur général adjoint et chef de l’exploitation, avance dans la neige et le brouillard, expliquant avoir l’habitude de travailler au milieu des tempêtes et des fortes chutes de neige.

« Le principal défi est de maintenir les routes en bon état. Les niveleuses et les bulldozers travaillent constamment », dit-il, laconique, précisant que le travail ne s’arrête que par 50 mètres de visibilité et moins de -35°C degrés.

© AFP

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