Pandémie au Bangladesh: les cantines gratuites se raréfient, mais pas les affamés

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Un bénévole de l'association Mehmankhana distribue des repas à des personnes sans ressources affectées par la crise sanitaire, le 26 juillet 2021 à Dacca © AFP Munir Uz zaman

Dacca (AFP) – Mohammad Masud brave la touffeur de l’été et se dépêche de traverser Dacca sur son cyclo-pousse, pour aller faire la queue devant l’une des dernières organisations caritatives qui distribuent encore de la nourriture gratuite aux populations que la pandémie a ruinées.

Des centaines d’agents de sécurité, de travailleurs des transports, de personnels de maison, au chômage ou en difficulté, et des enfants sans abri finissent leur assiette de riz et de lentilles à quelques pas de l’organisation Mehmankhana, qui signifie « invitation à la cantine ».

« J’ai eu faim toute la journée », déclare à l’AFP Mohammad Masud, âgé de 28 ans. « Je n’ai pas gagné assez pour acheter de la nourriture ».

Quand la première vague de Covid-19 a frappé et que le Bangladesh a fermé ses portes pendant plus de deux mois l’an dernier, des centaines d’organisations caritatives, d’associations civiques et de partis politiques s’étaient mobilisés pour distribuer de la nourriture, de l’argent, des masques et du désinfectant à ceux qui se retrouvaient sans emploi et sans ressources.

Mais les gens, las de la crise sanitaire, sont de moins en moins enclins à la charité tandis que la pandémie s’éternise. Un autre confinement a été décrété en juillet, mais seule une poignée d’organisations caritatives sont restées dans les rues pour aider les pauvres.

« L’an dernier, nous avons reçu beaucoup de dons en espèces », se souvient Jashim Uddin Khan de la Fondation Shonge Achi qui contribue à nourrir les nécessiteux de Dacca, y compris les chiens errants et les singes. « Cette année, nous n’avons pas eu beaucoup de dons. On remarque une grande lassitude à l’égard les oeuvres de charité ».

Les aides se tarissent

Selon les chiffres officiels, plus de 20.000 Bangladais sont morts du coronavirus, mais les experts estiment que le bilan réel est au moins quatre fois plus élevé.

La population souffre aussi de la chute de l’activité économique à l’heure où les aides se tarissent. La croissance effrénée avait permis de réduire le taux de pauvreté au Bangladesh à 20% de la population au cours de la dernière la décennie.

Mais selon l’ONG Sanem, groupe de réflexion, ce taux a doublé après la fermeture d’entreprises, d’écoles et de bureaux gouvernementaux pour lutter contre la propagation du virus.

Et si certaines usines de confection depuis ont rouvert, des centaines de milliers d’emplois ont été perdus malgré les 15 milliards de dollars dépensés par le gouvernement en plans de relance. De plus en plus de monde souffre de la faim.

« Certains jours, je me contente d’un seul repas », confie Johra Begum, âgée de 27 ans. Ayant perdu son poste d’employée de maison, elle fait la queue devant Mehmankhana, avec ses quatre enfants.

 « Mangez autant que vous voulez »

Mehmankhana a été co-fondée par Asma Akhter Liza, une actrice de 36 ans, au début du premier confinement en 2020. Elle affirme nourrir plus de 2.500 personnes par jour et se déclare fière de pouvoir inviter les affamés: « mangez autant que vous voulez ».

Asma Akhter Liza s’est résolue à créer l’organisation après avoir vu des enfants qui tentaient de pénétrer dans un magasin d’alimentation, un jour qu’elle nourrissait des chiens errants.

« Je croyais que les chiens étaient les plus touchés (par la faim) pendant le confinement », raconte-t-elle. « Mais la scène du cambriolage m’a fait comprendre que plusieurs milliers de personnes, dont beaucoup avaient un emploi décent avant le confinement, avaient faim. »

Au début, elle a emprunté de l’argent pour financer les repas, mais elle reçoit à présent des dons en provenance de tout le pays. Selon elle, de nombreuses personnes de la classe moyenne viennent aussi s’y restaurer mais plutôt le soir, « incognito ».

Environ 10.000 personnes ont pu prendre un repas pour les fêtes de l’Aïd al-Adha, assure-t-elle. Selim Ahmed, commerçant de 45 ans, est de ceux-là. Ayant vu son revenu quotidien tomber à moins de 100 taka (1,20 dollar), désormais, lui aussi, peut manger grâce à la cantine de Liza. « Beaucoup de gens seraient morts de faim, dit-il, si Mehmankhana n’était pas là ».

© AFP

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