Vers un golf bio

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Le golf de St Nom la Breteche © Yann Arthus-Bertrand

Dans cette tribune, deux spécialistes du golf expliquent les enjeux environnementaux auxquels les gestionnaires de parcours font face et comment ils s’adaptent afin que rendre plus durable ce sport de plein-air. Certaines de leur problématiques d’entretien des parcours les rapprochent de l’agriculture et de l’entretien des paysages. Arthur Lecomte, Responsable Paysage et Environnement au Golf National, estime même, que comme espace vert, les terrains de golf peuvent jouer un rôle dans la préservation du vivant. Il évoque ce qu’il entreprend dans ce sens au Golf National à Guyancourt.

Le golf moderne n’est pas toujours synonyme d’harmonie avec l’environnement. Les causes sont souvent liées à l’utilisation excessive de l’eau et d’intrants qui dénaturent les sols ou les milieux. 9,5 milliards de litres d’eau seraient utilisés chaque jour dans le monde pour arroser les pelouses de golfs : presque autant que ce que boit l’ensemble de l’humanité, estime le think-tank américain World Ressource Institue. En France, d’après une étude de l’AGREF – association des Green-Keepers Français, un seul parcours de golf nécessite autant d’eau qu’une ville de 7 000 habitants par an, soit 15 millions de litres par jour. Le Wordwatch Institute estime ainsi que 18 kg de pesticides sont utilisés par hectare et par an, en moyenne : à comparer aux 2,5 kg par hectare et par an pour l’agriculture.

Toutefois, l’entretien moins intensif des espaces hors-jeu se développe de nouveau. Cette tendance tient à la fois d’un changement des mentalités et d’une pression législative portée notamment par la loi Labbé de 2014. Ce retour aux entretiens moins intensifs des espaces hors-jeu se concrétise parfois par des zones naturelles protégées, laissées en libre évolution pour obtenir une grande richesse environnementale. Ces zones se traduisent par des prairies, des bosquets forestiers, futaies, haies de bocage, des mouillères, roselières, ruisseaux, mares, étangs, des enrochements, hibernaculums, etc.

Les terrains de golf, une oasis de verdure face à l’urbanisation croissante

Cette richesse est aussi caractérisée par la fonction de « refuges » pour la biodiversité assurée par les golfs. Dans un contexte où le développement des agglomérations pèse sur notre environnement naturel proche, les golfs proposent des paysages naturels variés et abondants au milieu d’un urbanisme croissant. Cela nous donne donc l’opportunité de préserver un patrimoine écologique diversifié et foisonnant dans lequel les zones de jeu n’occupent pas tout l’espace.

La fédération française de golf (F.F.G.) en a bien pris conscience depuis de nombreuses années et s’est impliquée dans des démarches de suivi de l’environnement, notamment via son service de la Direction Territoires Environnement et Equipements (D.T.E.E.) qui collabore avec de nombreuses structures.

Programme golf pour la biodiversité 

Ce service propose un système de labellisation environnementale des golfs, nommé « programme golf pour la biodiversité », auquel de plus en plus de structures adhèrent. Nous en comptabilisons aujourd’hui 57 sur les 733 golfs du pays. De même, il veille à une utilisation raisonnée de l’eau et des intrants sur les terrains sportifs, ainsi qu’à un développement global de la biodiversité sur l’ensemble des structures fédérales. Pour cela, la D.T.E.E. (Direction Territoires Environnement et Equipements) collabore avec l’agence de l’eau et reste en lien étroit avec les services environnementaux des municipalités qui accueillent des golfs (stations d’épurations, espaces verts, complexes énergétiques, …). Les questions de limitations et de piégeages d’émissions de CO2, en ayant recours à du matériel peu énergivore, de l’éco pâturage ou à des plantations arboricoles, sont aussi des sujets opérationnels importants qui mobilisent la FFG.

L’exemple du Golf National

Sur le Golf National, où je travaille comme responsable de l’environnement, nous disposons de 140 hectares : 40 hectares environ sont laissés en libre évolution, 40 hectares sont consacrés à de la gestion extensive de graminées et petits ligneux (fauche annuelle unique), et 15 hectares pour les zones humides. Les zones de jeu ne représentent qu’une quarantaine d’hectares, soit moins d’un tiers de la surface totale.

Pour gérer ces différentes surfaces et proposer une intégration pertinente de l’homme dans la nature, nous faisons appel depuis 2004 à des prestataires naturalistes qui nous aident à concilier nos impératifs de jeu avec ceux de la biodiversité. Dans le cadre de cette organisation, nous développons des zones dites à « enjeux pour la biodiversité ». Ces secteurs regroupent des zones humides, des prairies, des bosquets, des enrochements, des milieux forestiers et autant d’espaces divers qu’un golf peut proposer… Nous avons pour objectif de préserver et favoriser ces espaces qui deviennent une source d’intérêt majeur en ces temps de dérèglement de la nature.

De nouvelles pratiques de recyclages et valorisations de nos propres ressources pourraient permettre de s’adonner au golf en s’intégrant dans l’écologie du paysage. Pour cela, nous avons commencé à recycler nos « déchets » verts (extrêmement volumineux sur les golfs, plusieurs centaines de m3/an selon les structures) afin d’en tirer profit en permaculture : cultures potagères sans eau, ni pesticide (comme le montrent les photos ci-dessous). Nous envisageons d’expérimenter cette technique pour les surfaces sportives (greens, départs…).

Une buse sur le terrain du golf national DR Lucas Pierre

Nos techniques de gestion et aménagements récents (parfois jugés rétrogrades comparées aux méthodes académiques) consistent à défendre des zones naturelles, instaurer de l’éco-pâturage, promouvoir des zones d’accumulation de « déchets » pour les transformer en potagers ou en « zones de jeu biologiques » et cela pourrait être une forme naissante du golf vertueux de demain. L’académisme et le conformisme des méthodes traditionnelles d’entretien (arrosage, fertilisation, fauchage intensif…) s’opposent à l’aspect ludique que proposent certaines « nouvelles » formes de gestion s’inspirant de principes ancestraux revenus d’actualité.

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Panier récolté sur le terrain du golf national

Pour accompagner ce changement, nous avons mis en place un suivi universitaire, avec le laboratoire d’Ecologie, Systématique et Evolution (E.S.E.) de l’Université Paris-Saclay (située à moins de 10km), qui consistera à inventorier les espèces du site et observer nos capacités de résilience écologique à de gros événements internationaux comme la Ryder Cup (en 2018, 60 000 spectateurs/jour pendant une semaine), les opens de France (plusieurs milliers de spectateurs tous les ans) et les J.O. (en 2024). Nous faisons de même avec les projets du grand Paris et le passage de la future ligne 18 sur une parcelle de notre site.

Toutes ces situations, synonymes d’impact sur notre patrimoine naturel, seront suivies par des étudiants en Master 1 Biodiversité, écologie et évolution. Les projets expérimentaux qui touchent aux surfaces sportives et/ou potagères en permaculture bénéficieront d’un suivi de niveau Master 2 pro pour essayer d’appliquer certaines techniques agronomiques valables en permaculture (alimentaire) dans le développement de graminées pour gazons sportifs. Ces projets universitaires seront accompagnés et supervisés par des experts naturalistes.

Ces études ont donc l’ambition de faire avancer la recherche et le sport de façon complémentaire pour proposer un cadre plus respectueux de notre environnement. Notre loyauté envers l’environnement trouve probablement une résonance avec le jeu de golf lui-même largement basé sur cette valeur.

Nous cherchons donc à mettre en lumière le golf du futur, avec un très haut niveau d’exigence qualitative pour accueillir nos champions internationaux et clients dans un cadre qui rassemble tout le monde autour de la nature, du jeu et de la vie.

 Arthur Lecomte (Responsable Paysage et Environnement au Golf National), avec la participation de Martin coulomb (du Journal Du Golf)

Le médiateur vert, article du Journal du Golf sur le travail d’Arthur

Le golf, un sport nature pas vraiment green

Projet de golf controversé dans une réserve naturelle en Ouganda

2 commentaires

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    • michel CERF

    Un golf bio qui protège l’environnement et sa faune sauvage …. une plaisanterie !

    • GERARD BOUDON

    Détrompe

    Michel CERF avez-vous mis un jour les pieds sur un golf ? apparemment non, sinon vous n’auriez pas fait un tel commentaire…. car vous y auriez entendu les oiseaux chanter, vu des lapins, voire même des biches ou des cerfs, traverser les parcours, et pu voir de nombreuses fleurs au printemps ou champignons à l’automne. Oui les golfs sont de véritables espaces verts qui préservent la biodiversité et la faune sauvage… qui ne « traitent » ou qui n’arrosent pour beaucoup que 1 hectare sur 50, c’est-à-dire seulement leurs « greens », qui n’arrosent leurs parcours que quelques minutes par jour, qui investissent dans des systèmes informatiques de gestion de l’arrosage et des arroseurs performants (plus de 14.000.000 d’euros investis depuis 2015 par exemple). Un golf utilise 14 fois moins d’eau en moyenne qu’un champ de maïs….