L’impact climatique du numérique risque de continuer à augmenter

5G impact climatique numérique

Des personnes attendent devant un magasin en février au moment du déploiement de la 5G afin d'acquérir de nouveaux équipements 5G. Bordeaux. Février 2021 © Philippe LOPEZ / AFP

Malgré une capacité à réduire l’empreinte carbone du numérique, le déploiement de la 5G risque d’augmenter de façon significative l’impact du numérique sur le climat. Le think-tank The Shift Project alerte sur ce sujet en prenant l’exemple du déploiement actuel de la 5G en France dans une étude titrée Impact environnemental du numérique : tendances à 5 ans et gouvernance de la 5G, publiée le 30 mars.

Une plus grande efficacité énergétique mais aussi une plus grande consommation d’électricité

Le numérique, entre la consommation d’énergie des réseaux et des appareils et leur fabrication, représente 3,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Le président du Shift Project, Jean-Marc Jancovici, soulève le paradoxe de la révolution des technologies de l’information et de la communication. Elles ont fait de grands progrès dans leur efficacité énergétique tout en se répandant partout sur la planète et dans le quotidien, augmentant donc de fait leur consommation énergétique totale. Il note qu’il faut « savoir comment encadrer les usages car, actuellement, on ne s’est pas mis en situation de freiner l’impact carbone du numérique. Il existe un paradoxe dans ce secteur. Si on ne prend pas le problème par la maitrise des usages, la quantité d’énergie affectée à ces usages augmentera plus vite que les gains d’efficacité permis par les avancées technologiques. »

6 % de croissance par an pour les émissions de gaz à effet de serre du numérique

The Shift Project met ainsi à jour les données sur l’évolution de l’empreinte climatique du numérique. Le taux de croissance des émissions de gaz à effet de serre du secteur devrait être de 6 % par an. Mais « ce taux de croissance est fortement impacté par les usages et peut s’accélérer pour aller jusqu’à 9 %, comme il peut aussi décroitre », souligne Hugues Ferreboeuf, le co-auteur du rapport qui présente les grands scénarios. En effet, une part significative de ces émissions provient de la fabrication des appareils utilisés et l’autre de l’énergie qu’ils consomment pour fonctionner. La production des appareils représente la moitié de l’empreinte carbone du numérique dans le monde, contre 80 % en France qui bénéficie d’une électricité décarbonée avec le nucléaire.

5G, l’impact de la production de nouveaux équipements

Le déploiement de la 5G devrait redonner un coup de boost aux ventes de smartphones qui devraient repartir à la hausse avec une croissance annuelle de 3,5 % par an. Une grande majorité des 8 milliards de smartphones mis en vente entre 2021 et 2025 serviront au renouvèlement du parc dans les pays développés. De nouvelles possibilités créent de nouveaux usages comme le streaming vidéo nomade, le jeu en réseau ou la réalité virtuelle via 5G ou encore la multiplication des objets connectés, envoyant en permanence des données. Ces usages se montrent plus consommateurs de données, donc d’énergie. Ainsi, utiliser Internet en mobile consomme 1,5 fois plus d’énergie et aujourd’hui la consommation de vidéos pèse pour 80 % de la croissance du trafic.

Une nécessaire politisation de la technologie

Les auteurs de l’étude appellent donc à aller vers plus de sobriété numérique, c’est-à-dire à réfléchir aux usages des réseaux tant à titre individuel que collectif. Maxime Efoui-Hess, co-auteur du rapport de Shift Project, explique que « 2020 a montré que les choix technologiques sont devenus des choix politiques tant le numérique est omniprésent dans nos vies au quotidien ». La multiplication des appareils et des usages d’Internet augmente considérablement leur bilan carbone, quand bien même ces derniers consomment moins d’énergie à l’unité.  Hugues Ferreboeuf estime alors que « la dynamique de production d’équipements et l’intensification possèdent un impact déraisonnable par rapport aux ambitions climatiques » pour parvenir à limiter le réchauffement climatique à deux degrés Celsius. Maxime Efoui-Hess ajoute que la 5G va favoriser les usages de la vidéo nomade ainsi que les objets connectés. Il se questionne sur comment utiliser autrement la 5G et pointe du doigt les écarts entre les promesses d’usage de la technologie comme la chirurgie à distance. Souvent citée en exemple, sa pratique nécessite dans les faits des moyens beaucoup plus importants et coûteux que le seul réseau mobile. Il faut donc avant tout recentrer le débat sur les usages réalistes, avérés et s’interroger sur la pertinence des choix technologiques. Or, ceux-ci devraient, selon The Shift Project, faire l’objet d’une nouvelle gouvernance impliquant notamment les gouvernements, l’ARCEP (l’Autorité de régulation des communications électroniques et des Postes) et la société civile pour évaluer les apports sociétaux des technologies ainsi que leurs bénéfices environnementaux avant leur déploiement, tout en travaillant avec les acteurs économiques (opérateurs et fabricants) pour réduire l’empreinte écologique.

 

Vers la sobriété numérique

Maxime Efoui-Hess conclut que la sobriété numérique naitra d’une boucle entre les usages collectifs et individuels que nous faisons des technologies. Il pense que « quand le réseau est là, il fonctionne et la dimension collective des usages prime. Cependant à titre individuel, chacun peut réduire les besoins de production en renouvelant moins souvent ses appareils ou en ajustant ses pratiques pour consommer moins. Il n’est pas nécessaire de regarder des vidéos en haute-définition sur des petits écrans de smartphone. Le 480P peut suffire sans que cela ne dérange. »

Julien Leprovost

5G: le Haut Conseil pour le Climat veut une évaluation avant toute nouvelle attribution

Alain Damasio : « aujourd’hui, on est dans l’orgie numérique »

Pourquoi la 5G gonflera notre consommation d’énergie

Le numérique : comprendre son impact sur le climat, repenser son usage

Nicolas Bérard, auteur de 5G mon amour : « les ondes sont un danger très facile à oublier : elles ne se voient pas, elles ne s’entendent pas, elles ne se sentent pas et elles ne se touchent pas »

L’étude de The Shift Project Impact environnemental du numérique : tendances à 5 ans et gouvernance de la 5G

5 commentaires

Ecrire un commentaire

    • Guy J.J.P. Lafond

    Très bonne réflexion. Merci!

    @GuyLafond @FamilleLafond
    À nos vélos, à nos espadrille de course, à nos vêtements de plein air! Le temps file.

    N.B.: Et quant au cinéma, c’est tellement meilleur quand on est chez soi avec un bon verre d’eau à la main, peut importe que ce soit dans les Amériques, en Eurasie, en Asie du Sud, …

    • Guy J.J.P. Lafond

    Oups! Désolé,

    « Peu importe… »
    @:-)
    Il importe de bien se relire, surtout quand on utilise un ordinateur ou un « smartphone ».
    @;-)

    • michel CERF

    L’impact climatique ne risque pas , il va augmenter .

    • Guy J.J.P. Lafond

    04AVRIL2021
    Joyeuses Pâques à tous les habitants de la Terre! @:-)

    @GuyLafond @FamilleLafond
    À nos vélos, à nos espadrilles de course, à nos équipements de plein air!
    Car le printemps est aussi une magnifique saison!

    • Rozé

    Un article qui essaie d’écarter la propagande Tout numérique de certains comme (Messieurs Macron ou Breton). En effet il faut faire un usage approprié des technologies modernes afin d’éviter le gaspillage des énergies et des ressources diverses en quantité finie. Voir une petite étude réalisée sur l’utilisation des terminaux numérique: https://www.christian-roze.fr/blog/index.php?type_page=page_site&param1=3&param2=0
    De façon générale, l’humain, le vivant doivent toujours passer avant l’automatisation déshumanisante voire létale pour l’humanité sous l’angle du réchauffement climatique.

Science du climat : encore des "mystères" à percer malgré les progrès

Lire l'article