Il faut sauver nos insectes

sauver nos insectes

Colias hyale, Crédits ©Quartl /Wik_CC3

Alors qu’ils représentent un pan important de la biodiversité, les insectes sont souvent négligés. Bien qu’ils jouent un rôle clef dans les écosystèmes, ils disparaissent pourtant rapidement à cause des activités humaines. Dans leur ouvrage illustré Il faut sauver nos insectes, Denis Richard et Pierre-Olivier Maquart, deux spécialistes et amoureux des insectes, appellent à prendre en compte les insectes dans les politiques de préservation et de protection de l’environnement. Découvrez les raisons pour lesquelles il est urgent d’agir.

 Des valeurs à défendre

Bien qu’ils demeurent trop souvent ignorés, bien que leur petite taille les éloigne de nos regards, bien qu’ils ne soient pas des vedettes des reportages animaliers, bien qu’ils ne soient qu’exceptionnellement présentés dans des parcs zoologiques, les insectes n’en sont pas moins des organismes vivants dignes de sauvegarde. Ils méritent une pleine considération en raison de leur rôle primordial dans les écosystèmes et des services qu’ils rendent à l’Homme.

L’effondrement de leurs populations et la réduction de leur diversité ont des conséquences multiples, pas encore suffisamment appréhendées dans leur globalité. Celles-ci sont à la mesure de l’importance qualitative et quantitative du rôle des insectes de toutes espèces dans les écosystèmes.

Pourtant, leur participation à l’équilibre du monde naturel qui nous entoure et dont nous dépendons reste trop généralement négligée, même si des spécialistes nous alertent désormais régulièrement sur des perturbations écologiques concrètes associées au déclin de ces animaux souvent minuscules et dont le travail reste occulte.

L’utilité des insectes dans le fonctionnement et la régulation des écosystèmes explique la nécessité de développer leur étude, qui demeure encore très lacunaire en égard de son importance. Elle impose également, et, devrait-on dire, logiquement, la mise en oeuvre de mesures de conservation pertinentes et ambitieuses passant avant tout par la préservation des milieux où ils vivent et qu’ils ont colonisés de façon souvent très spécifique. La présence ou l’absence des insectes dans les écosystèmes témoigne de la qualité de ces derniers, et elle peut alerter notamment sur des pratiques de gestion inadaptées à la préservation de la biodiversité dans son ensemble.

Psophus stridulus flying © Kochstudio /Wik_CC3

Les insectes sont irremplaçables dans les écosystèmes

  • Les insectes constituent un maillon indispensable à l’équilibre des chaînes alimentaires : ils servent de nourriture à d’autres insectes, à des oiseaux et à d’autres animaux insectivores eux-mêmes proies de prédateurs. Le déclin d’oiseaux insectivores est asso­cié à celui des insectes dont ils dépendent.
  • Ils concourent de façon déterminante au contrôle de la masse des végétaux ; leur action fragmentant les tissus des plantes constitue un prélude essen­tiel à l’intervention des autres organismes actifs dans leur décomposition (moisissures et bactéries notamment).
  • De nombreuses espèces prédatrices ou parasi­toïdes exercent un contrôle naturel sur des popula­tions végétales et animales.
  • De concert avec les bactéries et les moisissures, beaucoup d’insectes jouent un rôle essentiel dans le cycle naturel de la matière organique, en y inté­grant les déjections animales (voir les Coléoptères coprophages, page 160), les cadavres (nécrophages) et la masse colossale des tissus végétaux morts. Ils contribuent ainsi au maintien de la fertilité des sols, contiennent la prolifération de parasites et parti­cipent au maintien d’écosystèmes sains, par exemple en accélérant l’élimination des bouses sur les pâtures.
  • Le travail d’un grand nombre d’espèces (abeilles, bourdons, syrphes, papillons, etc.) réalise la pollini­sation de la majorité des végétaux à fleurs qui n’exis­teraient plus sans eux ou dont la fécondation serait plus difficile et le brassage génétique moins efficace.

Au total, la protection des insectes, en nombre comme en diversité, conditionne la sauvegarde d’in­nombrables autres organismes vivants et, au-delà, celle d’habitats dont le visage est largement façonné par l’entomofaune : si les insectes disparaissaient, pas un seul écosystème terrestre se maintiendrait.

 Les insectes sont indispensables à l’Homme

  • Le travail des pollinisateurs participe à la produc­tion des fruits et légumes.
  • De très nombreux insectes participent à la fertilité des sols.
  • Les auxiliaires des cultures participent au contrôle des espèces préjudiciables à l’agriculture.
  • L’immense diversité des insectes et l’ingéniosi­té des réponses adaptatives chimiques, physiques, physiologiques ou comportementales issues d’un demi-milliard d’années d’évolution en font une res­source essentielle en bio-ingénierie.
  • Les insectes pourraient constituer une source de nourriture pour le futur : bien entendu, la probléma­tique des espèces élevées en masse à cette fin n’a rien à voir avec celle de ce livre.
ScarabaeusSacer, © Bogomaz Mykhailo

Le Bourdon des mousses construit ses nids sur le sol, dans des amas d’herbes sèches et de mousses (d’où son nom). Il figure sur de nombreuses listes rouges nationales européennes. Selon l’UICN, ses populations ont décliné de plus de 30 % depuis 2010. Cet insecte est victime des pratiques agricoles intensives, de l’usage massif d’engrais azotés et des vagues de chaleurs estivales. Cette espèce ne dépasse pas un rayon d’une centaine de mètres autour du nid : des populations trop séparées ne peuvent se mélanger et la consanguinité concourt à son déclin.

Extrait de Il faut sauver nos insectes par Denis Richard et Pierre-Olivier Maquart, éditions Delachaux et Niestlé
Docteur en Pharmacie, Denis Ri-chard a également suivi un cursus de botaniste et de chimiste. Il fut fondateur du « Jardin aux Insectes » de Poitiers en 1998. Journaliste scientifique, traducteur de nombreux ouvrages traitant de la nature ou du jardinage, il est lui-même auteur d’une trentaine de livres dont, aux éditions Delachaux & Niestlé : Guide des Coléop-tères d’Europe (2017, en collaboration avec Vincent Albouy), Quand jardiner soigne (2011), Petit atlas des plantes toxiques (2011), Poisons et venins dans la nature (2008). Pierre-Olivier Maquart est docteur en Sciences. Spécialisé dans les Cérambycidés, il se consacre à l’étude et à la photographie de ces Coléoptères qu’il a observés à l’occasion de ses périples en Afrique équatoriale, en Afrique australe et en Asie du Sud-Est. Il est auteur de la description de plusieurs espèces nouvelles.

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Un commentaire

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    • michel CERF

    On ne sauvera pas les insectes sans interdire les pesticides et limiter les ondes électromagnétiques .

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