La Tanière, un zoo-refuge pour des centaines d’animaux secourus et installés près de Chartres

lions la tanière zoo refuge

Léo et Zampa. ©AVS

La Tanière est née de la passion et de l’engagement de Francine et Patrick Violas. En dix ans, ce couple a transformé une ferme pédagogique en un refuge ultra-équipé qui accueille et soigne 600 animaux domestiques ou sauvages. Petite histoire de La Tanière, en Eure-et- Loire (28), qui espère rouvrir ses portes au public aux vacances de Noël (ou dès que les conditions sanitaires le permettront).

la tanière patrick francine
Patrick et Francine. ©AVS

Quand ils portent un projet, Francine et Patrick Violas voient grand. Sur 20 hectares autour d’un ancien corps de ferme acquis en 2007 près de Chartres (28), le couple achève la construction d’un zoo-refuge, La Tanière, qui rassemble aujourd’hui près de 600 animaux. On peut y observer une douzaine de félins, des éléphanteaux, des singes, des perroquets, des otaries, des ouistitis, mais aussi des sangliers ou des chèvres. Tous ces pensionnaires bénéficient d’équipements neufs et ultra-modernes : une clinique avec bloc opératoire et salle de radiologie, un bâtiment de quarantaine sanitaire où arrivent les rescapés des trafics, les retraités des laboratoires pharmaceutiques ou des cirques, différents enclos, des loges pour les éléphants mais aussi deux bassins (pour quelques otaries) et une volière. Et lorsqu’il n’y a plus de place mais des chevaux à sauver – comme ces 31 étalons en piteux état qu’il est allé récupérer dans le Morvan il y a peu, Patrick Violas prend son téléphone ou utilise les réseaux sociaux. Et trouve une prairie ou en champ à louer ou emprunter. Dès que les conditions sanitaires le permettront, les visites commencées à l’automne pourront reprendre dans ce parc impressionnant (il est d’ores et déjà possible de réserver).

De la téléphonie au sauvetage des animaux

En 2007, aux tout débuts, il ne s’agit pourtant que d’une ferme pédagogique plus modeste que le couple dédie aux animaux domestiques. Mais bientôt, les Violas sont appelés pour un sauvetage près de Rouen. « Une cinquantaine de daims allait être abattus », se souvient Patrick qui à cet instant ne dispose pas encore d’habilitation à recevoir des animaux sauvages. « Nous avons obtenu une autorisation temporaire de la préfecture de Chartres pour en sauver 15. Nous avons pris conscience des besoins de la faune sauvage et nous avons également rencontré là-bas Florence Ollivet-Courtois, vétérinaire renommée qui travaille aujourd’hui à La Tanière ».

À partir de là, les choses s’accélèrent : les Violas, qui ont fait fortune dans la téléphonie mobile, revendent en 2009 à SFR 270 magasins qui totalisaient 330 millions de chiffre d’affaires. La ferme pédagogique obtient l’autorisation d’accueillir la faune sauvage en 2012. Autodidactes, les propriétaires décident en 2016 de se consacrer uniquement au zoo-refuge, dont les installations ont coûté près de 30 millions d’euros. « Après avoir vécu une belle histoire humaine avec nos équipes, nous voulions accomplir quelque chose », explique Patrick. En passe de devenir une fondation, La Tanière emploie aujourd’hui une cinquantaine de salariés (dont 30 soigneurs et 2 vétérinaires) et une centaine de bénévoles (parmi 500 volontaires !). Patrick et son épouse y œuvrent gracieusement.

En cette fin novembre 2020, le parc est encore en chantier : les ouvriers travaillent sous l’œil des lions, les engins circulent sans parvenir à masquer les cris des perroquets. Manquent le bitume sur les sentiers, les plantations ne sont pas terminées… Mais pour Patrick, le plus dur est fait. S’il n’y a pas de buvette ou de restaurant, les Violas ont prévu un partenariat avec 3 food-trucks ! La reprise des visites est importante car le projet du zoo-parc a toujours été pédagogique. « Aux visiteurs, nous présentons des animaux qui ont tous un nom et une histoire », précise Patrick devant l’enclos de 2 lions venus d’un cirque espagnol. Sans crinière, ils ressemblent à de très grosses femelles et se tiennent bizarrement, les pattes relevées. « Ils n’ont pas de crinière car ils ont été castrés trop jeunes et on leur a également arraché les griffes et entaillé les phalanges. Ils étaient utilisés pour des photos avec les touristes sur des plages ou en boîte de nuit, avant de se retrouver dans un cirque. »

Dans le bâtiment des mises en quarantaine (dont les durées varient selon la provenance de l’animal), un singe s’acclimate doucement à sa future vie. Animal de laboratoire, il n’a jamais connu ni l’air libre, ni la compagnie d’autres animaux. Avec du temps, il devrait parvenir à vivre avec au moins un de ses pairs. Parfois, il faut donner des antidépresseurs à ces primates.

Éduquer et sensibiliser à la condition animale

« Avec les visiteurs ou les élèves, nous discutons de l’histoire de ces animaux. Ils sont souvent choqués par leurs anciennes conditions de vie, mais nous les invitons également à réfléchir en leur expliquant que les tests réalisés sur eux peuvent servir à guérir des maladies comme celle de Parkinson ou d’Alzheimer. À chacun de se faire son avis. Nous ne sommes pas dans le jugement. Ce que nous demandons en revanche, c’est l’amélioration des conditions de vie de ces animaux. Qu’ils ne soient utilisés que pour un seul cycle d’étude, pendant 6 à 7 ans au maximum ». Dans les cages où les primates vivent en petits groupes, Patrick nous montre Cannelle, entrée à 2 ans en laboratoire, sortie à 21 ans. « On lui doit bien une retraite, vous ne croyez pas ? »

Au fil de la promenade, les rencontres avec chacun des animaux engendrent des prises de conscience ou des enseignements. Ici, ce sont des sangliers que des promeneurs ont cru secourir, comme ils le font souvent avec des bébés chevreuils ou des marcassins découverts dans les bois. Les soigneurs de la Tanière leur expliquent qu’il vaut toujours mieux laisser un animal dans son milieu naturel. Même blessé (légèrement), même bébé. Ils expliquent que la mère est sans doute partie chercher de la nourriture, qu’elle reviendra et s’occupera du petit même s’ils l’ont touché. Les Violas sont convaincus qu’un enfant qui a vu des singes de laboratoire, des lions sans crinière et des marcassins désormais inaptes à la vie sauvage, ne réagira plus jamais de la même façon, une fois adulte.

« Et les enfants ne sont pas les seuls à apprendre, estime Patrick Violas. Les adultes aujourd’hui sont beaucoup plus concernés par la cause animale, je le vois dans les préfectures où des dossiers de maltraitance traînaient autrefois dix ou quinze ans. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de saisies : 40 % des animaux que nous accueillons proviennent d’ailleurs de saisies administratives liées à des détentions illégales ou des trafics, de félins notamment », explique Patrick en nous montrant un serval et un caracal, qui ressemble à un gros chat marron clair aux oreilles noires et pointues. Ce sont deux félins qui nécessitent une autorisation de détention (appelée « certificat de capacité »). « Les trafiquants les croisent avec des chats ». Les deux félins devant nous seront peut-être replacés dans des parcs. Car la Tanière n’a pas vocation à garder tous les animaux qu’elle accueille. Ils sont remis sur pattes, puis, à chaque fois que c’est possible, confiés à d’autres parcs, comme la Forêt des singes, dans le Lot par exemple.

caracal zoo refuge la tanière
Aria, le caracal. ©AVS

Un projet pour les singes de laboratoires

Evidemment, Francine et Patrick Violas (qui, à titre personnel, vivent avec poules, lapins, daims, alpagas, perruches, tortues, ânes, chiens et chats), collectionnent les histoires à raconter. Parfois incroyables – comme celle de ces petits singes enfermés dans une table basse pour servir de décoration dans un salon, ou ce cochon de 380 kg descendus du 5e étage où une dame le gardait depuis des années. Des histoires tristes aussi, bien sûr, lorsqu’ils pensent à Mischa, cet ours de cirque mort sur la table d’opération de la clinique où Patrick nous entraîne. A côté du bloc, il nous présente Capucine, femelle ouistiti adorable pas plus grosse qu’une main. Elle s’étoffe. Saisie pour détention illégale, elle ne pèse qu’une centaine de grammes. Plus loin, voici un perroquet de 6 mois, sevré trop tôt, qui grimpe sur l’épaule de Patrick et ne veut plus le lâcher.

Un peu plus loin, deux chameaux dorment. Plus loin encore des perroquets multicolores répondent au « bonjour ! » de Patrick par un concert magnifique. « J’en ai déjà placé 300 », se réjouit le fondateur. Et nous voici face à Sunay et Rajendra, deux éléphanteaux venus d’Allemagne et des Pays-Bas. Arrivés à 36 heures d’intervalle, les deux mâles ont trouvé leur façon de vivre ensemble : Sunay s’est soumis. Un parc en construction les accueillera bientôt. « Il faut que les murs résistent à une poussée de 5 à 6 tonnes. » Nous sortons et passons devant une butte et un bâtiment en bois qui abritera bientôt des loups. Parmi leurs autres projets, les Violas espèrent consacrer 14 nouveaux hectares aux singes de laboratoire. Ils comptent sur 170 000 visiteurs en 2021 pour assurer les 400 000 euros de coûts de fonctionnement mensuels, en plus des dons et les legs. À n’en pas douter, ces sexagénaires sont en train de réussir leur deuxième vie.

Sophie Noucher

A lire :

  • Une famille pas comme les autres, de Francine et Patrick Violas, éditions Albin Michel
  • et pour les enfants : Les grandes histoires de la Tanière, éditions Père Castor/Versilio

Un commentaire

Ecrire un commentaire

    • Bertrand Martine

    J’ai lu votre livre. Je n ai jamais autant ri et pleure je l ai relu aussitôt. Bravo

Des cheveux pour nettoyer les océans : les coiffeurs britanniques s’engagent pour la planète

Lire l'article

Cédric Herrou : « il y a un problème de prise de conscience de ce qui se passe dans le monde et d’empathie »

Lire l'article