10 choses à savoir au sujet de l’agriculture industrielle


Arrosage agricole près de Country Walk (sud de Miami), Comté de Miami-Dade, Floride, Etats-Unis ( 25°37'31.38"N - 80°27'51.71"O) © Yann Arthus-Bertrand

Il fut un temps où l’agriculture industrielle semblait être la panacée pour un monde en pleine croissance. Les engrais synthétiques, les pesticides chimiques et les hybrides de céréales à haut rendement promettaient de réduire la faim, de subvenir aux besoins des populations croissantes et de stimuler la prospérité économique. Entre 1960 et 2015, la production agricole a été multipliée par trois, ce qui a permis d’offrir une abondance de produits à bas prix et d’éviter les pénuries alimentaires mondiales.

Mais tout ne s’est pas passé comme prévu. Des décennies d’agriculture industrielle ont fait payer un lourd tribut à l’environnement et ont suscité de graves inquiétudes quant à l’avenir de la production alimentaire. « Une agriculture efficace n’est pas seulement une question de production », affirme James Lomax, directeur de programme au Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). « C’est aussi une question de durabilité environnementale, de santé publique et d’intégration économique ».

Le faible coût de vente au détail des aliments industrialisés peut masquer leur prix environnemental très élevé.

Voici 10 choses à savoir sur l’agriculture industrielle.

1. Ça n’est pas forcément l’affaire du siècle

Selon certaines estimations, l’agriculture industrialisée, qui produit des émissions de gaz à effet de serre, pollue l’air et l’eau et détruit la vie sauvage, coûte à l’environnement l’équivalent d’environ 3 000 milliards de dollars chaque année (en anglais).

Les coûts externalisés, tels que les fonds nécessaires pour purifier l’eau potable contaminée ou pour traiter les maladies liées à une mauvaise nutrition, ne sont pas pris en compte par l’industrie, ce qui signifie que les communautés et les contribuables pourraient payer la note sans même s’en rendre compte.

2. Elle peut faciliter la propagation de virus entre les animaux et les êtres humains

Alors que leur diversité génétique confère aux animaux une résistance naturelle aux maladies, l’élevage intensif peut produire des similitudes génétiques au sein des troupeaux et des cheptels. Cela les rend plus sensibles aux agents pathogènes et, lorsqu’ils sont gardés à proximité, les virus peuvent alors se propager facilement entre eux. L’élevage intensif peut efficacement servir de passerelle pour les agents pathogènes, en permettant leur transmission des animaux sauvages aux animaux d’élevage, puis aux humains.

3. Elle est liée aux maladies zoonotiques

Le défrichement des forêts et l’abattage des animaux sauvages pour faire de la place à l’agriculture, ainsi que le déplacement des fermes plus près des centres urbains, peuvent également détruire les tampons naturels qui protègent les humains des virus circulant parmi les animaux sauvages. Selon une récente évaluation du PNUE, la demande croissante en protéines animales, l’intensification agricole non durable et le changement climatique sont parmi les facteurs humains qui influencent l’émergence des zoonoses.

4. Elle favorise la résistance aux antimicrobiens

Outre la prévention et le traitement des maladies, les antimicrobiens sont couramment utilisés pour accélérer la croissance du bétail. Avec le temps, les micro-organismes développent une résistance, ce qui rend les antimicrobiens moins efficaces que les médicaments. En fait, environ 700 000 personnes meurent d’infections résistantes chaque année. D’ici 2050, ces maladies pourraient causer plus de décès que le cancer. Selon l’Organisation mondiale de la santé, la résistance aux antimicrobiens « menace les acquis de la médecine moderne » et pourrait précipiter « une ère post-antibiotique, dans laquelle les infections courantes et les blessures mineures peuvent tuer ».

5. L’utilisation de pesticides peut avoir des effets néfastes sur la santé

D’importants volumes d’engrais chimiques et de pesticides sont utilisés pour accroître les rendements agricoles et les êtres humains peuvent être exposés à ces pesticides potentiellement toxiques par le biais de la nourriture qu’ils consomment, ce qui entraîne des effets néfastes sur la santé. Il a été prouvé que certains pesticides agissent comme des perturbateurs endocriniens, affectant potentiellement les fonctions de reproduction, augmentant l’incidence du cancer du sein, provoquant des modèles de croissance anormaux et des retards de développement chez les enfants, et altérant la fonction immunitaire.

6. Elle entraîne la contamination de l’eau et des sols et met en danger la santé des êtres humains.

L’agriculture joue un rôle majeur dans la pollution, en rejetant de grandes quantités de fumier, de produits chimiques, d’antibiotiques et d’hormones de croissance dans les sources d’eau. Cela présente des risques à la fois pour les écosystèmes aquatiques et pour la santé humaine. En fait, le contaminant chimique le plus courant de l’agriculture, le nitrate, peut provoquer le syndrome dit « du bébé bleu », qui peut entraîner la mort des nourrissons.

7. Elle favorise l’obésité et certaines maladies chroniques.

L’agriculture industrielle produit principalement des cultures de base, qui sont ensuite utilisées dans une grande variété d’aliments peu coûteux, à forte densité calorique et largement disponibles. Par conséquent, trois cultures céréalières, le riz, le maïs et le blé, représentent 60% de l’apport calorique.

Bien qu’elle ait permis de réduire efficacement la proportion de personnes souffrant de la faim (en anglais), cette approche basée sur les calories ne répond pas aux recommandations nutritionnelles, telles que celles relatives à la consommation de fruits, de légumes et de légumineuses. La popularité des aliments transformés, emballés et préparés a augmenté dans presque toutes les communautés. L’obésité est également en hausse à l’échelle mondiale et beaucoup souffrent de maladies évitables souvent liées à l’alimentation, comme les maladies cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux, le diabète et certains cancers.

8. Elle entraîne une utilisation inefficace des terres.

Malgré une offre mondiale insuffisante de légumineuses, de fruits et de légumes, l’élevage est de plus en plus omniprésent, perpétuant un cycle auto-entretenu d’offre et de demande. Entre 1970 et 2011, le cheptel est passé de 7,3 milliards à 24,2 milliards d’unités dans le monde (en anglais), dont environ 60 % des terres agricoles sont utilisées pour le pâturage (en anglais). L’agriculture est devenue moins axée sur la production de denrées alimentaires et plus sur la production d’aliments pour animaux, de biocarburants et d’ingrédients industriels pour les produits alimentaires transformés. Dans le même temps, si le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde a diminué, beaucoup plus de personnes souffrent aujourd’hui de malnutrition (en anglais).

9. Elle enracine l’inégalité

Bien que les petites exploitations agricoles représentent 72 % de l’ensemble des exploitations, elles n’occupent que 8 % de l’ensemble des terres agricoles. En revanche, les grandes exploitations – qui ne représentent que 1 % des exploitations agricoles mondiales – occupent 65 % des terres agricoles. Cela donne aux grandes exploitations un contrôle disproportionné, et il n’y a guère d’incitation à développer des technologies qui pourraient profiter aux petits exploitants agricoles pauvres en ressources, y compris ceux des pays en développement.

À l’autre extrémité de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, les aliments qui sont abordables pour les pauvres peuvent être à forte densité énergétique mais sont invariablement pauvres en nutriments. Les carences en micronutriments peuvent entraver le développement cognitif, diminuer la résistance aux maladies, augmenter les risques pendant l’accouchement et, en fin de compte, affecter la productivité économique. Les pauvres sont effectivement désavantagés à la fois en tant que producteurs et consommateurs.

10. Elle est fondamentalement en contradiction avec la santé environnementale

Au début du XXe siècle, le procédé Haber-Bosch – qui allait transformer l’agriculture moderne – utilisait des températures et des pressions très élevées pour extraire l’azote de l’air, le combiner avec l’hydrogène et produire de l’ammoniac, qui est aujourd’hui à la base de l’industrie des engrais chimiques. Cela a effectivement rendu obsolète le processus de fertilisation propre à la nature (soleil, sols micro-biotiques sains, rotation des cultures). Aujourd’hui, la production d’ammoniac consomme de 1 à 2 % de l’approvisionnement énergétique total du monde, ce qui représente environ 1,5 % des émissions mondiales totales de dioxyde de carbone.

10 choses à savoir au sujet de l’agriculture industrielle
Par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement

6 commentaires

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    • Francis

    Comme en médecine,la science officielle s’est beaucoup trompée en agronomie depuis 150 ans. Good Planet Mag illustre bien les contradictions et les caricatures dans ce domaine en publiant le même jour « A Dubaï, une révolution agricole au milieu du désert » où est faite l’éloge d’une agriculture industrielle hyper-technologique qui n’est basée que sur la richesse provisoire en pétrole et en gaz des Emirats et cet article dont les auteur et traducteur manifestent surtout leur incompétence en mélangeant des évidences, des approximations et des caricatures. L’agriculture est, et doit être un perpétuel recyclage. Or, le fumier y est qualifié de polluant alors que sa vocation naturelle est de ramener au sol les minéraux prélevés et de nourrir la vie du sol. C’est un exemple parmi d’autres de la malveillance de ce texte.

    • Chaumien Maurice

    Dieu fasse que les décideurs internationaux le comprennent et cessent de rechercher la monnaie. Cessons de rendre la nature malade pour le profit.Nous sommes des aérobies et notre oxygène n’est pas la monnaie !

    • Michel CERF

    Le chapitre 6 résume bien l’ampleur des dégâts causés par l’agriculture industrielle , pollution de l’air , des sols , des nappes phréatiques , des rivières et de notre alimentation .

    • CHAUMIEN Maurice

    Les humains sauront-ils revenir à la production naturelle?
    il me semble pour ce faire qu’il faille remettre en question le système monétaire. la monnaie étant un moyen d’échange, il faut lui donner sa valeur de base normale. Il faudrait l’ètalonner sur la journée solaire de temps de travail de l’individu.

    • Florence Artur

    Je ne sais pas trop ce que vous entendez par agriculture industrielle, par endroit vous semblez parler plutôt de l’industrie agro-alimentaire, et vous reprochez à l’agriculture des problèmes qui se situent plutôt en aval, voire des problèmes de société. En tous cas vos arguments ne me semblent pas très convaincants.

    Comme vous le précisez, l’agriculture intensive permet de fournir à l’humanité l’essentiel de ses besoins en calories. Je ne sais pas trop ce que vous reprochez aux grandes céréales, elles sont indispensables à notre survie. Il faudrait expliquer pourquoi c’est mauvais qu’elles fournissent 60% de nos calories. A mon humble avis le problème est plutôt les 40% restants dont une trop grande partie est fournie par les protéines d’origine animale. Il vaudrait mieux pour notre santé, pour l’environnement et pour les animaux les remplacer par des protéines végétales, notamment des légumineuses. Et ces légumineuses devraient être produites par une agriculture intensive et respectueuse de l’environnement.

    La principale cause d’utilisation inefficace des surfaces cultivables est l’élevage. Et c’est encore plus vrai pour l’élevage extensif, qui mobilise plus d’hectares pour produire une quantité données de calories.

    L’agriculture intensive est effectivement source de beaucoup de pollution, mais on ne supprimera pas ces problèmes en la remplaçant par une agriculture moins efficace. En effet il est vrai que des méthodes agricoles moins efficaces produisent souvent moins de pollution et plus de biodiversité à l’hectare. Malheureusement ces gains sont en gros proportionnels à la perte de rendement, ce qui fait qu’on va avoir besoin de plus d’hectares pour produire la même quantité. Et finalement, si on ramène les effets aux quantités produites, on ne va pas améliorer la situation, c’est plutôt le contraire.

    Nous avons encore beaucoup de travail pour réduire l’impact de l’agriculture sur l’environnement et améliorer les conditions de vie des agriculteurs. Mais la solution n’est pas dans le rejet systématique et irréfléchi des progrès des dernières décennies.

    • Michel CERF

    Florence soutien l’agriculture intensive , le rendement et se demande pourquoi c’est mauvais que ces céréales fournissent 60 % de calories , pardon , je veux dire 60 % de pesticides qui finissent dans notre alimentation !

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