Dans l’atelier du navigateur Yves Parlier, on fabrique des cerfs-volants pour tracter des bateaux de plaisance, des chalutiers et bientôt des cargos

kitte cargo

Un seakite de Beyond the Sea ©Beyond the Sea

Un cerf-volant de 40 m² a été testé le mois dernier, par l’équipe d’Yves Parlier. Il sera commercialisé en septembre 2020. L’entreprise du navigateur, Beyond the sea, propose ces voiles aux plaisanciers et aux pêcheurs comme alternative au moteur. En augmentant progressivement leur surface, l’équipe se prépare à équiper des cargos.

Le pot de fin de semaine entre collègues, c’est parfois sur un voilier qu’il a lieu pour les collaborateurs d’Yves Parlier, à quelques encablures de l’Ile aux oiseaux au cœur du Bassin d’Arcachon. À la barre, le navigateur qui a fondé l’entreprise Beyond the sea, il y a un peu plus de 5 ans. Le skipper arcachonnais au palmarès à rallonge (vainqueur de la Solitaire du Figaro en 1991, de la Route du rhum en 1994, de la Transat Jacques Vabre avec Eric Tabarly en 1997…), a son empreinte de pied gravée au cœur de la ville, aux côtés d’autres légendes de la mer comme Tabarly, Kersauzon ou Poupon. Mais il n’est pas seulement navigateur. Ingénieur spécialiste des matériaux composites, il a toujours allié sa passion pour la mer à l’innovation. Il a gagné sa première transat à 24 ans sur un bateau dont il avait fabriqué le mât, en carbone. Une première à l’époque. Puis il a conçu l’hydraplaneur, un catamaran ultra rapide. Avec cet engin, il a battu 2 records de distance en 24h en 2006.

A bientôt 60 ans, Yves Parlier fabrique et vend avec Beyond the Sea des ailes de kites, comme celles des kite-surfeurs qu’on voit l’été sur les plages, mais pour bateaux. Ces voiles peuvent tracter la coque en cas de démâtage ou de panne de moteur et même remplacer celui-ci pour naviguer sans consommer de carburant ni émettre de CO². « Les premières voiles que nous avons mises au point étaient mono-fil et ne tiraient que dans le sens du vent.  Aujourd’hui, notre Libertykite fonctionne avec deux fils à fixer manuellement de chaque côté de la coque.  Il permet d’aller dans un ensemble de directions, explique Yves Parlier. On peut même remonter contre le vent. » Son usage nécessite une formation dispensée par l’entreprise. Le dernier né des LibertyKites, un cerf-volant de 40 m², (après les modèles de 10 et 20 m² en vente depuis 3 ans), a été testé en décembre sur le bassin, et une version améliorée s’est élevée le mois dernier, en Méditerranée cette fois. « Nous touchons au but, se réjouit Yves Parlier. Il nous reste à améliorer les oreilles, c’est-à-dire les extrémités de l’aile. Elle sera lancée en commercialisation fin septembre au Salon nautique de La Rochelle. »

 Mais en ce matin de juillet, l’équipe discute d’un autre projet : le « SeaKite », une voile dont le maniement est, lui, automatisé. Testée au Québec sur un chalutier et également sur « Energy Observer », le catamaran autonome en énergie qui sillonne les océans, elle fonctionne avec une KiteBox, qui permet son lancement et son pilotage automatique. Ses ailes pourront de se déployer sur plus de 1 000 m². En effet, l’ambition d’Yves Parlier est d’équiper d’ici 2 ans des cargos de son partenaire, la CMA CGM (3e transporteur mondial de conteneurs). Utilisée en appoint ou à la place des moteurs, le kite propulse le bateau et l’allège, par sa traction verticale. Et permet d’économiser 20 % de carburant en moyenne. Autant d’émissions de gaz à effet de serre en moins. Sachant qu’un porte-conteneur consomme environ 150 000 litres de carburant/jour, une économie de 20 % équivaudra à 30 000 litres/jour en moins. À multiplier par les 100 000 navires marchands en circulation dans le monde (pétroliers, vraquiers, cargos…). « Lorsque nous serons prêts, avec un premier SeaKite de 200 m², nous aurons accès à un porte-conteneurs pour faire des tests pendant 6 mois », explique le navigateur, qui espère commencer ces essais en 2021.

Son équipe, d’une dizaine de personnes en cette période estivale (salariés et étudiants ingénieurs), est rassemblée dans le bureau près de l’atelier, dans la pépinière d’entreprise de La Teste de Buch, à côté d’Arcachon. Nour, docteure en mécatronique (conception de systèmes alliant mécanique, électronique et informatique) parle « effort », « vitesse » et « poids ». Yahia, ingénieur en automatisme, répond « ampères, volts et programmation de la carte de puissance. »

Dans l’atelier attenant, autour d’un petit bateau, le KiteLab II, sont installés d’un côté des machines à coudre, des ciseaux, des règles et des cordages sur une grande table pour les voiles. De l’autre côté, la KiteBox, grosse comme une machine à laver, contenant 4 moteurs et reliée à un boîtier de commande. C’est sur elle que les ingénieurs travaillent. « Le fonctionnement automatisé permettra de lancer, de diriger puis de redescendre la voile », explique Yahia. Nour est la seule qui ait navigué avec le kite, les autres ont seulement fait des essais sur la plage. « Cette voile peut être installée sur un bateau conçu avec elle, mais elle peut également s’adapter sur un navire déjà existant », explique la jeune femme, qui insiste sur les études mises en œuvre pour chaque type de bateau.

Exposée au fond de l’atelier, une maquette de l’hydraplaneur conçu par Yves Parlier il y a plus de quinze ans. Ce beau catamaran, amarré face à Arcachon, sera équipé de la KiteBox dès qu’elle sera au point. Alors débutera sa deuxième vie. Non plus celle du bateau des records de vitesse, mais du navire de l’avenir, rapide et propre. Il s’appellera « SeaLab », et alliera la passion de la mer et de la technologie au service de la lutte contre les émissions de CO². Fidèle aux convictions de son concepteur.

Sophie Noucher

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