Claire Nouvian contre la pêche électrique: « les citoyens ont compris que les combats se gagnent en plusieurs années »

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Claire Nouvian, fondatrice de Bloom et engagée contre la pêche électrique © AFP PHOTO / PATRICK KOVARIK / AFP PHOTO / PATRICK KOVARIK

Les ravages de la pêche électrique industrielle sont dénoncés par la militante écologiste Claire Nouvian, elle vient de remporter une première victoire dans son combat. La semaine dernière, le Parlement européen demandait l’arrêt de la pêche par électrocution pratiquée par la flotte néerlandaise. L’association BLOOM présidée par Claire Nouvian milite depuis des années pour son interdiction. Dans cet entretien, elle revient sur cette première étape.

Qu’est-ce que la pêche électrique pratiquée par les Pays-Bas ?

Il s’agit d’une technique de chalutage de fond. Les chaluts, c’est-à-dire les filets, sont équipés d’électrodes qui les allègent. Elles envoient du courant électrique sous l’eau pour déloger les poissons du sédiment et les capturer. L’électricité n’épargne aucun organisme.

En quoi cette pratique menace l’environnement ?

En plus d’abîmer les fonds marins, cette méthode est d’une efficacité totale. La pêche électrique n’est pas sélective et se montre énergivore. Le courant utilise génère une convulsion musculaire tellement violente qu’elle entraine la fracturation de la colonne vertébrale des poissons dans 50 % à 70 % des cas. Les juvéniles et les œufs sont aussi affectés. La mortalité est accrue chez les œufs lors de 2 des 8 phases de développement, ont reconnu la veille du vote les pêcheurs néerlandais.  C’est un problème écosystémique.

Avez-vous des soutiens aux Pays-Bas ?

Les Pays-Bas ont réussi à enfumer les ONG locales. Elles sont dans l’entre-deux, elles dénoncent ces pratiques en disant qu’elles ne doivent pas être déployées à cause de leurs impacts, mais elles n’ont pas investi dans la recherche sur le sujet.

Qu’apporte le vote de la semaine passée au Parlement européen pour votre combat ?

En Europe, nous avons 3 instances décisionnaires : la Commission, le Conseil et le Parlement.  Il faut avoir le maximum d’institution avec soi pour gagner un combat. Par son vote à une large majorité, le Parlement a indiqué qu’il voulait une interdiction totale et définitive de la pêche électrique. Cela permet d’ouvrir une discussion avec un mandat politique fort pour obtenir que l’interdiction ait réellement lieu.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Nous avons gagné une étape importante. Ce n’est pas la fin du combat, il faut rester mobilisé. Avec le glyphosate et les perturbateurs endocriniens, les citoyens ont compris que les combats se gagnent en plusieurs années. Nous devons donc trouver des fonds pour poursuivre ce travail dans lequel les citoyens et 2 fondations nous ont soutenu. Nous devons maintenant aller convaincre les états-membres et trouver des appuis au conseil.

Que peuvent faire les citoyens ?

Ils sont formidables, ils nous donnent des ailes et du courage. Les citoyens peuvent aussi exercer un contrôle sur la déformation des propos tenus lors de ce débat. En effet, depuis le début, les lobbys de la pêche néerlandaise ont été agressifs et grossiers. Ces lobbys produisent de la « fake-news » tout en nous accusant de nous baser sur de fausses informations. Or, nous nous appuyons sur des travaux scientifiques sourcés et accessibles à tous. Là, nous avons besoin du soutien des citoyens. Ils étudient, connaissent les dossiers et se renseignent en allant consulter les sources scientifiques afin de prendre la défense de l’avenir, du bon sens et des pêcheurs artisanaux. Nous espérons que nous parviendrons à gagner tous ensemble.

Propos recueillis par Julien Leprovost

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