Le Prix Goldman 2016 récompense 6 nouveaux héros de l’écologie

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Leng Ouch, lauréat du prix Goldman, accroche un panneau d’interdiction d’exploitation forestière à Prey Lang, au Cambodge. © Goldman Environmental Prize

Lundi 18 avril a eu lieu la 27ème remise du prix Goldman pour l’environnement, qui récompense chaque année depuis 1990 des hommes et des femmes engagés dans la défense de la nature. Parfois surnommé le « prix Nobel de l’écologie », ce prix récompense 6 militants de terrain . Certains luttent contre la pollution et la prolifération des déchets, d’autres contre l’expropriation et les expulsions. Ce prix est assorti d’une dotation de 125 000 dollars par lauréat qui leur permet de continuer leur combat pour leur région et ses habitants ainsi que pour la faune et la flore. Voici le portrait des personnes primées en 2016.

Zuzana Caputova, Slovaquie : « les déchets n’ont rien à faire en ville ! »

Depuis les années 1960, les décharges sauvages s’implantent et prolifèrent dans la petite ville de Pezinok, dans l’ouest slovaque. Les montagnes de déchets, venus des pays d’Europe de l’ouest, dégagent des nuages toxiques à proximité des habitations. Le taux de cancers, de maladies respiratoires et d’allergies a augmenté. Zuzana Caputova, avocate, décide de se battre pour fermer ses décharges sauvages, en médiatisant l’affaire jusqu’aux autorités européennes. Le slogan « dumps don’t belong in towns » (« les déchets n’ont rien à faire en ville ») guide son combat. En 2013, la Cour Suprême slovaque ordonne la fermeture du site. Zuzana se bat aujourd’hui contre les nouvelles lois nationales qui facilitent la construction de sites polluants.

Leng Ouch lutte contre l’accaparement des terres et la déforestation au Cambodge 

Né dans une famille de fermiers pauvres dans la province de Takeo, Ouch Leng et ses parents se cachent de forêt en forêt pour échapper au régime autoritaire des Khmer Rouge. Aujourd’hui, il protège à son tour les forêts de son enfance, qui sont menacées par la déforestation due au commerce du bois. Il a fondé la Cambodia Human Rights Task Forces pour venir en aide aux populations délogées. Pendant des années, il travaille dans des entreprises forestières sous couverture, afin de réunir des preuves et de médiatiser son combat à l’international. En 2014, en réponse au mécontentement grandissant des populations, le gouvernement annule la concession de près de 90 000 hectares de forêts aux entreprises de sylviculture. Leng continue aujourd’hui de se battre pour protéger les forêts et ses habitants.
Nous l’avons interviewé : découvrez son témoignage !

 

Máxima Acuña

Máxima Acuña © Goldman Environmental Prize

Máxima Acuña face à l’industrie minière au  Pérou

Depuis 2011, Máxima Acuña et sa famille font face aux persécutions et aux menaces pour s’opposer à l’extension des mines de Yanacocha au Pérou par les compagnies minières Buenaventura et Newmont Mining. Il s’agit de la plus grande réserve d’or et de cuivre au monde. Après 3 ans de combat, bien que condamnée à la prison, Máxima Acuña gagne son procès en appel contre les compagnies, qui ne peuvent plus étendre leurs sites d’exploitation minière.

Destiny Watford œuvre pour préserver la santé des plus démunis à Baltimore aux Etats-Unis

En 2010, les autorités de Baltimore prévoient la construction du plus grand incinérateur des Etats-Unis à proximité de deux écoles. Il relâcherait « plus de mercure que la plus polluante des usines à charbon ». En 2015, le projet est abandonné grâce à la mobilisation citoyenne initiée par Destiny Watford. Cette jeune fille du quartier de Curtis Bay, dans le sud de Baltimore, a fondé Free Your Voice, une organisation étudiante destinée à protéger les droits et la santé de sa communauté. Les habitants de son quartier sont exposés à la pollution des raffineries et des usines. Ils vivent à proximité des sites industriels. Ils sont alors victimes de multiples maladies respiratoires telles que l’asthme ou le cancer du poumon, qui sont directement liées aux gaz dégagés par les usines. Aujourd’hui, Destiny Watford poursuit son combat.

Luis Jorge Rivera Herrera s’oppose au tourisme de masse au Porto Rico

Sur les côtes de Porto Rico, le « corridor écologique du nord-est » (NEC) abrite une riche biodiversité : 50 espèces rares ou en danger y évoluent. A la fin des années 1990, des investisseurs promettent de revitaliser l’économie de la région grâce à la construction de deux complexes touristiques gigantesques, comprenant entre autres 3500 chambres d’hôtel, des parcours de golf et un centre commercial. Luis Jorge Rivera s’oppose à ce projet qui détruirait la faune et la flore du corridor tout en menaçant l’approvisionnement local en eau. Il mène une campagne et forme avec le Sierra Club, une association écologiste américaine, la Coalition pour le corridor écologique du nord-est. Cette opposition gagne massivement le soutien des populations : en 2007, après des années de combat, le corridor devient officiellement une réserve naturelle protégée. Aujourd’hui, Luis Jorge et sa coalition cherchent des financements pour aider le gouvernement à racheter les quelques lieux du corridor qui restent privés.

Edward Loure contre l’expulsion des communautés pour la chasse aux trophées en Tanzanie

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Edward Loure © Goldman Environmental Prize

Depuis les années 1950, les populations indigènes de Tanzanie, dont la communauté Massaï, sont expulsées de leurs terres et forcées de partir vers les villes. Ces déplacements de populations sont provoqués par la création de parcs nationaux. Ces « migrants de la protection de la nature » sont notamment victimes de la corruption du gouvernement, qui  concède secrètement des terrains pour la chasse et le safari. Les populations sont alors déplacées sans compensation. Edward Loure a grandi dans une tribu Massaï. Il a lui-même été victime de ces pratiques. Depuis 20 ans, il est à la tête de la Ujamaa Community Resource Team, une organisation locale qui se bat pour la reconnaissance des droits de propriété des communautés. Le UCRT a commencé à délivrer des « Certificates of Customary Right of Occupancy », soit des titres de propriété au nom de communautés entières. En 2014, le gouvernement reprend cette idée et distribue le premier certificat officiel à une communauté Massaï. Aujourd’hui, Edward travaille sur une généralisation de ce procédé à toute la Tanzanie.

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