L’art s’invite à la COP27

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'artiste indienne Shilo Shiv Suleman travaillant sur sa fresque géante à Charm el-Cheikh, le 12 novembre 2022 © AFP Fayez Nureldine

Charm el-Cheikh (Egypte) (AFP) – « Servez-vous de nous! »: à la COP27, l’art et l’écologie se rejoignent, comme ailleurs dans le monde où se multiplient actions de militants dans des grands musées ou performances d’artistes pour sensibiliser à l’urgence climatique.

Sur le modèle des opérations coup de poing menées récemment avec purée, colle ou sauce tomate sur des toiles de maîtres par des militants pour alerter l’opinion, l’artiste égyptienne Bahia Shehab a voulu plonger les participants à la COP27 en Egypte dans « l’enfer » du réchauffement climatique.

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Pour son installation « Paradis et enfer dans l’anthropocène », elle souhaitait pirater les commandes du chauffage de l’énorme complexe des négociations géré par l’ONU à Charm el-Cheikh pour faire augmenter la température lors des réunions des responsables.

Car, raconte-t-elle à l’AFP, une étude a récemment démontré que « les gens qui se trouvent dans un endroit plus chaud sont plus susceptibles de croire au changement climatique ».

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Mais en raison de strictes mesures sécuritaires, cette Cairote s’est rabattue sur un autre concept, « le paradis et l’enfer »: une salle surchauffée à 45°C, symbolisant la damnation, et une autre climatisée, représentant l’éden.

« Les artistes peuvent enrichir la discussion, ils sont des ponts », plaide-t-elle.

« Caisse de résonance »

Les artistes peuvent aider l’humanité à s’adapter au changement climatique, abonde Marguerite Courtel, experte sur la transition environnementale du secteur culturel.

« Les artistes ont un message à porter sur la transition, sur la question des imaginaires et des récits qui vont l’accompagner », dit-elle à l’AFP.

Déjà, Mme Shehab semble avoir fait au moins une convertie. « Une jeune fille est sortie de ‘l’enfer’ en disant: ‘Je ne jetterai plus jamais de déchets par terre' », rapporte-t-elle.

« Pour moi, l’esthétique compte moins que les questions posées » par une oeuvre, poursuit-elle.

Mardi à Vienne, dans une nouvelle action choc, des militants écologistes ont aspergé le célèbre tableau « Mort et vie » de l’Autrichien Gustav Klimt d’un liquide noir.

Ces dernières semaines d’autres militants ont collé leurs mains sur une peinture de Goya à Madrid ou sur la célèbre sérigraphie « Campbell’s Soup » d’Andy Warhol exposée en Australie, projeté de la soupe à la tomate sur les « Tournesols » de Van Gogh à Londres et étalé de la purée de pommes de terre sur un chef-d’oeuvre de Claude Monet à Potsdam, près de Berlin.

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Si les peintures sont restées indemnes, l’incident des « Tournesols » a entraîné des dégâts légers sur le cadre de la toile.

« C’est intéressant car cela montre que le musée est une caisse de résonance pour les enjeux contemporains », analyse Mme Courtel.

« Ceux qui s’insurgent contre ces actions devraient s’insurger contre de grands groupes comme Total qui continuent à polluer », dit-elle.

 Oeuvres « éco-responsables »

Si les militants du climat se sont invités dans les musées, l’art, lui, s’invite à la COP27.

L’Indienne Shilo Shiv Suleman a recouvert un mur entier du complexe à Charm el-Cheikh de couleurs pour adresser un message « aux dirigeants du monde qui considèrent la planète comme un produit ».

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Avec le Fearless Collective, elle a peint une large fresque représentant la jungle et des animaux pour « rappeler qu’il faut revenir à la source: les montagnes, les étoiles et les rivières et un mode de vie en harmonie avec la nature ».

L’Egyptienne Rehab El Sadek, elle, a installé à la COP27 en plein désert du Sinaï une tente, à l’image de celles des bédouins de Charm el-Cheikh.

Couverte de messages écologiques en anglais, en espagnol et en arabe collectés auprès de populations autochtones, cette « construction universelle établit un lien entre la population locale et les visiteurs du monde entier », explique-t-elle à l’AFP.

Car, renchérit Mme Courtel, l’art ne doit pas qu’alerter. Il doit lui aussi se mettre aux circuits courts et autres techniques pour ne pas accélérer le dérèglement climatique.

Déjà, des musées ont pris leurs distances avec les entreprises d’hydrocarbures, autrefois grands mécènes.

Mais « une des questions qui se posent c’est l’éco-responsabilité des oeuvres, est ce qu’elles sont éco-produites? », ajoute Mme Courtel, citant un exemple tristement célèbre.

En 2015, à la COP21, l’artiste Olafur Eliasson avait formé une énorme « horloge » symbolisant l’urgence de la lutte contre le réchauffement.

Le problème? Son bilan carbone peu reluisant car chaque heure était représentée par douze énormes blocs de glace transportés du Groenland à Paris en container réfrigérés par bateau puis camion.

© AFP

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