L’agriculture sous les tirs dans l’est de l’Ukraine

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Des femmes récoltent des aubergines, non loin de la ligne de front dans la région du Donbass, en Ukraine, le 10 août 2022 © AFP BULENT KILIC

Sloviansk (Ukraine) (AFP) – Au milieu d’un de ces champs de terre noire qui font la richesse de l’Ukraine, la moissonneuse-batteuse gît immobile, à une vingtaine de kilomètres de la ligne de front. Il y a une semaine, elle a heurté une mine.

Une roue avant a été arrachée, la barre de coupe géante de l’engin agricole pendant lamentablement à côté des restes fumants de la cabine du conducteur.

Ce dernier, Pavlo Koudimov, a été hospitalisé pour de graves brûlures. « L’agriculture a toujours été difficile, mais c’est encore plus difficile maintenant », se plaint-il.

Le 1er août, après des mois de négociations, un premier cargo chargé de céréales ukrainiennes a quitté Odessa (sud), mettant fin au blocus russe des ports ukrainiens de la mer Noire qui faisait peser un risque de crise alimentaire dans de nombreux pays.

Ce départ — une quinzaine d’autres bateaux sont depuis partis de trois ports ukrainiens– était aussi un soulagement pour la filière agricole d’Ukraine, un des principaux greniers à blé de la planète: avant cela, les exploitants étaient contraints de stocker leurs grains ou de les vendre à perte.

Mais pour les agriculteurs du Donbass, le bassin de l’Est de l’Ukraine sur lequel les troupes russes concentrent leur assaut depuis quatre mois, la menace continue.

L’an passé, Sergueï Loubarski était payé jusqu’à huit hryvnia (0,21 euros) le kilo de blé vendu. Depuis le début de la guerre, il ne peut plus en tirer que trois hryvnia, et encore s’il arrive à le transporter jusqu’au centre régional de Kramatorsk.

A Raï-Aleksandrovka, son village situé sur la ligne de front, il n’en obtient des négociants que 1,80 hryvnia car « les chauffeurs ont peur de venir ici ».

Edouard Stoukalo, 46 ans, exploite pour sa part 150 hectares en périphérie de la ville de Sloviansk. Trente hectares de blé ont déjà « complètement brûlé » à cause, selon lui, de tirs d’artillerie.

Et il peine évidemment à convaincre ses ouvriers de continuer à participer à la récolte. « Les agriculteurs comme nous vont faire faillite. Personne ne veut y aller, tout le monde a peur des missiles qui arrivent », regrette-t-il.

« Nous risquions aussi nos vies quand nous avons semé en avril et mai », ajoute-t-il: « Des bombes à fragmentation ont frappé nos champs. Les bombes ont explosé à 100 ou 200 mètres de nous ».

 « Pas d’autre travail » –

Mais certains, poussés par la crise économique, continuent à aller aux champs.

« Il n’y a pas d’autre travail ici », soupire Svitlana Gaponova, 57 ans, en récoltant des aubergines dans un champ à l’extérieur de la ville assiégée de Soledar.

« Ca fait peur mais ça distrait », ajoute-t-elle au bruit des explosions se faisant entendre au loin.

Dans cette région pauvre de l’Ukraine, l’agriculture de subsistance est également solidement enracinée. Au marché du dimanche, certains vendent les quelques produits qu’ils arrivent à cultiver sur leurs parcelles personnelles.

« Les gens y travaillent constamment », explique Volodymyr Rybalkine, le chef de l’administration militaire du district de Sviatoguirsk, situé sur la ligne de front. Selon lui, c’est une des raisons pour laquelle tant d’habitants sont réticents à partir.

« Nous expliquons constamment aux gens ce qui se passe et nous essayons de les motiver à évacuer vers des villes plus sûres », poursuit-il.

Si elles ne pèsent rien sur la balance commerciale mondiale, ces petites parcelles individuelles ne sont pas exemptes de danger. Aux premières heures de la matinée de lundi, des tirs ont ravagé le terrain situé derrière la maison de Lioubov Kanicheva, 57 ans, en banlieue du grand centre industriel de Kramatorsk.

Les vignes ont été recouvertes de poussière, les tomates sont écrasées dans la terre et une dizaine de ruches ont été brisées, au point que le bourdonnement des abeilles se confond avec le hurlement des sirène d’alerte aérienne.

« Ce jardin était juste pour répondre à nos besoins, mais nous avons réussi à faire pousser beaucoup de choses », se lamente-t-elle: « Il n’en reste plus rien ».

© AFP

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