Face aux chocs de l’Ukraine et de l’inflation, Londres revoit ses priorités énergétiques

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Boris Johnson lors d'une visite au Moray Offshore Windfarm East, au large de la côte de l'Aberdeenshire le 5 août 2021 © POOL/AFP/Archives Jane Barlow

Londres (AFP) – Il y a quelques mois, le Royaume-Uni accueillait la conférence internationale sur le climat COP26 et la stratégie énergétique de Londres visait en priorité la transition vers la neutralité carbone. Depuis, la guerre en Ukraine et l’inflation ont changé la donne.

Le gouvernement conservateur a dévoilé jeudi une nouvelle stratégie sur la sécurité énergétique qui veut accélérer sur le nucléaire, l’éolien, le solaire, mais aussi les énergies fossiles en mer du Nord, ce qui lui attire des critiques des ONG et de l’opposition.

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Il n’est pourtant « pas du tout » question de réduire la priorité des engagements climatiques du Royaume-Uni, a assuré jeudi matin le ministre de l’Energie, Kwasi Kwarteng sur SkyNews.

Mais « compte tenu de ce qui se passe dans le monde (…) nous agissons aussi pour rendre son indépendance énergétique au Royaume-Uni », a-t-il justifié.

Le pays ne sera « plus jamais soumis au chantage de personnes comme (le président russe) Vladimir Poutine », a abondé le Premier ministre Boris Johnson, qui vise « près de la moitié de la capacité énergétique du pays provenant de l’éolien offshore d’ici 2030 ».

M. Johnson compte aussi « relancer complètement l’industrie nucléaire, qui je le crains était plus ou moins moribonde dans ce pays », a-t-il ajouté en visitant jeudi le chantier de la centrale nucléaire de Hinkley Point, seule en construction dans le pays.

Les critiques visaient jeudi le choix de produire davantage d’hydrocarbures mais aussi une stratégie qui mettra des années à porter ses fruits, sans rien faire à court terme pour réduire les factures énergétiques des Britanniques, qui flambent.

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Malgré « quelques améliorations sur les objectifs d’énergie renouvelable » le gouvernement a « donné la priorité à des solutions lentes », déplore Greenpeace UK.

Le nouveau plan « soutient de nouvelles licences pétrolières et gazières » en contradiction avec les objectifs climatiques du pays tacle l’ONG, soulignant que ces nouveaux forages « mettent en moyenne 28 ans pour démarrer ».

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a qualifié lundi les nouveaux investissements dans les carburants fossiles de « folie économique et morale » au vu de l’urgence climatique.

Mais Kwasi Kwarteng n’hésite plus à affirmer à l’inverse qu’il serait « complètement fou » pour le Royaume-Uni « de fermer le robinet sur (sa) source nationale de gaz dans un monde aussi incertain ».

En réponse à l’invasion de l’Ukraine, Londres a annoncé la fin de ses importations de pétrole russe d’ici à la fin de l’année, et si le pays est moins dépendant des hydrocarbures russes que d’autres pays européens, comme l’Allemagne, le pétrole et le gaz pèsent encore 75% de son mix énergétique.

Accusé d’inaction face à des Britanniques forcés de choisir entre chauffage ou nourriture, Downing Street est sous pression, surtout à l’approche d’élections locales en mai.

Kwasi Kwarteng admet que forer plus localement ne va pas faire retomber les prix du gaz, qui suivent les prix des marchés internationaux. « Nous devons donc générer plus d’électricité en Grande-Bretagne » avec les renouvelables et le nucléaire, insiste-t-il.

Parc nucléaire vieillissant

Mais si le Royaume-Uni prévoit d’accélérer le développement de l’atome et de construire huit nouvelles centrales grâce notamment à de petits réacteurs modulaires construits par Rolls Royce, il faudra être patient car ils nécessiteront encore des années de développement.

La Grande-Bretagne compte actuellement 15 réacteurs sur huit sites, mais beaucoup sont en fin de vie et Hinkley point, projet porté par EDF et le chinois CGN, a vu ses coûts s’envoler et n’ouvrira pas avant 2026.

Ambitionnant une part de 95% d’électricité bas carbone d’ici à 2030, Londres regarde aussi, à plus long terme, du côté de la technologie prometteuse de l’hydrogène « vert » et de l’énergie marémotrice.

À l’inverse, la fracturation hydraulique et l’éolien terrestre n’auront pas un rôle central en raison de « la forte opposition locale », a indiqué récemment le ministre de l’Énergie.

L’éolien terrestre est pourtant « la source d’énergie la moins chère et la plus rapide » à mettre en oeuvre, a critiqué jeudi Ed Miliband, responsable du changement climatique pour l’opposition travailliste.

Mais cette énergie « est bloquée depuis 2015 » non pas à cause de l’opinion publique mais de « quelques députés conservateurs qui tiennent en otage la politique énergétiques du gouvernement », selon lui.

© AFP

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