Changez de batterie, ne la chargez pas : le pari gagnant d’un fabricant taïwanais de scooters

Taipei moteur scooter
Dans les rues de Taipei, le 15 décembre 2021 © AFP Sam Yeh

Taipei (AFP) – Comme des centaines de milliers d’habitants de Taipei, Aiden Lee se déplace en scooter mais il ne fait jamais le plein et se contente de changer de batterie dans une des nombreuses stations de la capitale taïwanaise.

Il fait partie des 450.000 personnes qui, quotidiennement, troquent une des batteries fournies, depuis 2015, par la start-up taïwanaise Gogoro. En moyenne, chaque jour, quelque 330.000 batteries sont échangées, selon les chiffres de l’entreprise.

Les e-bikes représentent désormais 21% des deux-roues en circulation sur l’île où les ventes des modèles essence connaissent un déclin annuel à deux chiffres.

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« Franchement, je n’utiliserai pas un deux-roues électrique sans cet échange des batteries qui est bien plus rapide qu’un plein d’essence dans une station service », reconnaît ce responsable marketing.

« Je n’ai pas le temps d’attendre que la batterie soit rechargée », explique-t-il, tout en évaluant que cela lui coûte, chaque mois, environ 10% plus cher que faire des pleins d’essence.

Gogoro, qui ambitionne désormais de se développer en Asie et d’être coté à la Bourse de New York, possède plus de 2.300 stations à travers Taïwan. Implantées devant des commerces de proximité ou dans des parkings, les cyclomotoristes s’y arrêtent quelques minutes le temps d’échanger leur batterie vide contre une complètement rechargée.

 

« Durabilité »

 

Beaucoup d’entreprises, notamment en Chine, aux États-Unis et en Israël, se sont lancées dans l’échange de batteries, notamment pour les voitures électriques mais s’y sont cassées les dents. Le coût des installations et le temps nécessaire pour les charger sont beaucoup plus importants.

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Cette technologie fonctionne mieux pour les motos, soutient Horace Luke, fondateur et directeur général de Gogoro car les batteries et les stations n’ont pas besoin d’être aussi grandes.

« Au lieu d’une infrastructure pour quatre roues qu’il faut construire, notre système est une sorte de distributeur automatique qui peut être installé dans différents endroits, en fonction des déplacements et des besoins du consommateur », explique-t-il.

Ces stations sont désormais quatre fois plus nombreuses que les pompes à essence dans quatre grandes villes de Taïwan, selon Gogoro.

La semaine dernière, le vice-président de la start-up a indiqué lors d’une conférence de presse que la compagnie a pour objectif, en 2022, de « dépasser le nombre de stations-service sur l’île ».

Avec plus de 240 millions d’échanges de batteries depuis 2015, Gogoro affirme avoir empêché environ 360.000 tonnes de rejets de CO2 dans l’atmosphère.

« Nous travaillons sur des solutions (…) tandis que le monde se tourne désormais vers la durabilité et la manière de ralentir le réchauffement climatique », a indiqué M. Luke lors d’un entretien avec l’AFP.

 

Inde, Chine, Indonésie

 

Gogoro ambitionne désormais de conquérir les plus grands marchés de motos du monde que sont la Chine, l’Inde et l’Indonésie et où les villes sont régulièrement enveloppées par un épais nuage de pollution.

La société s’est associée à des acteurs majeurs du secteur, notamment Hero MotoCorp en Inde, le plus grand fabricant de motos au monde, Yadea, le premier fabricant chinois de vélos électriques, et, plus récemment, la société indonésienne de transport à domicile Gojek.

En Chine, son système d’échange de batteries a été lancé en octobre dans la ville de Hangzhou (est), et elle prévoit de s’implanter dans d’autres endroits cette année.

Dans ces différents pays, l’entreprise pourrait bénéficier d’aides publiques en faveur du développement des véhicules électriques.

L’an passé, l’Inde a accordé 3,5 milliards de dollars de subventions au secteur automobile pour stimuler la production de véhicules électriques et à pile combustible à hydrogène. L’Indonésie a de son côté offert des avantages fiscaux aux fabricants, aux sociétés de transport et aux consommateurs souhaitant se lancer.

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Gogoro envisage d’entrer à la Bourse de New York cette année en fusionnant avec une société d’acquisition, une entité qui devrait peser à 2,35 milliards de dollars.

En 2020, les ventes mondiales de vélos électriques, scooters et motos s’élevaient à 25 millions d’unités et représentaient 35% des ventes totales de deux roues.

Selon le cabinet d’études de marché Guidehouse Insights, « l’échange de batteries est devenu une solution de plateforme technologique qui s’exporte ».

Les pays d’Asie du Sud-Est qui « connaissant une forte culture des deux roues, une forte densité urbaine, des politiques de soutien aux deux roues ainsi qu’une forte volonté de réduire la pollution atmosphérique seront probablement les prochaines sur la liste », selon ce rapport.

« L’échange de batteries a vraiment changé la donne et continue de le faire », conclut M. Luke.

© AFP

3 commentaires

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    • Henri DIDELLE

    PROCHAINE ETAPE,
    changer de moto… Ben voyons !!

    • François

    On comprend bien, la facilité liée l’échange. Par contre où se trouvent les économies d’énergie? La station de recharge est-elle moins énergivore? Mais le système d’échange implique de doubler le nombre de batteries, une en charge pour une en service… S’agit-il pas d’inciter le passage des deux roues thermiques au deux roues électriques? Qui peut me répondre?

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