En Papouasie, les espèces « reines de la forêt » menacées par la déforestation

Des plumes d'un oiseau de paradis, ou paradisier, à Golgubip, le 17 novembre 2021 en Papouasie-Nouvelle-Guinée © AFP Chris McCALL

GOLGUBIP (Papua New Guinea) (AFP) – Dans les monts Star isolés, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, les autochtones disent que le kangourou arboricole est roi et que le paradisier est reine. Mais leurs têtes sont mises à prix.

Longtemps prisées par les chasseurs traditionnels, ces espèces extraordinaires sont aujourd’hui menacées par la disparition de leur habitat.

Les forêts dans lesquelles elles vivent, l’une des dernières grandes zones sauvages de la planète, pourraient bientôt tomber sous la hache et le bulldozer.

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« Les vieux disent que le kangourou arboricole est le roi », raconte Lloyd Leo, un jeune de Golgubip, une communauté montagnarde dont les habitants vivent essentiellement d’une agriculture de subsistance et dont les ancêtres, il y a quelques décennies à peine, menaient un mode de vie proche de celui de l’époque néolithique.

« Il vit haut dans la forêt. Il ne mange pas certains fruits. Il ne prend que ceux qui sont frais », dit-il. Le marsupial, qui ressemble à un mélange de kangourou et de lémurien, était autrefois une forme de monnaie, utilisée pour payer la dot des mariées.

La créature, dont la queue est encore portée comme un emblème, est en danger critique d’extinction et figure parmi les espèces les plus menacées de la planète, sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature.

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Deux espèces d’oiseaux de paradis, ou paradisier, vivent également dans la région. L’une, appelée « karom » dans la langue locale Faiwol, est considérée sur place comme la reine des oiseaux.

Les gens les chassent, bien que ce soit illégal. Les plumes et les oiseaux empaillés sont prisés, conservés dans les maisons et sortis pour les fêtes.

Mais les arbres autour de Golgubip ont également de la valeur, comme d’autres arbres similaires en Papouasie-Nouvelle-Guinée, et la double menace de la déforestation et de la chasse pourrait sceller le destin de ces espèces uniques dans le pays.

Désespoir

« Dans les villages, on s’attend généralement à un développement économique qui, dans l’ensemble, ne se produit pas », estime Vojtech Novotny, biologiste pour le Centre de recherche Binatang de Nouvelle-Guinée.

La population du pays (9 millions d’habitants) a presque triplé depuis l’indépendance en 1975.

Comme il reste de moins en moins de forêts en Asie du Sud-Est et qu’une grande partie des terres ont été converties en plantations d’huile de palme, certaines sociétés d’exploitation forestière se tournent désormais vers la Papouasie-Nouvelle-Guinée, a déclaré M. Novotny, qui travaille dans le pays depuis 25 ans.

Dans le passé, les autorités autorisaient principalement l’abattage « sélectif », qui permet aux forêts de se reconstituer rapidement. Mais cela pourrait changer, ajoute M. Novotny.

« Il y a maintenant une pression pour les grands projets agricoles. Le gros problème ici est le palmier à huile. Une fois que vous avez fait la première coupe, vous venez pour la deuxième et la troisième. Très vite, vous détruisez la structure de la forêt. C’est ce qui s’est passé à Bornéo », explique-t-il.

Selon le site Global Forest Watch, les forêts de Papouasie-Nouvelle-Guinée couvraient 93% des terres en 2010. Entre 2001 et 2020, l’organisation estime que le pays a perdu 3,7% de ses forêts.

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Comme une centaine d’autres pays, la Paouasie-Nouvelle-Guinée s’est engagée lors de la COP26 début novembre à mettre fin à la déforestation d’ici 2030. Mais l’exploitation illégale des forêts a pris une telle ampleur que des ONG et certains acteurs politiques locaux appellent les autorités à prendre des mesures urgentes.

Le paradisier de Raggiana figure sur le drapeau du pays et, bien qu’officiellement une seule espèce apparentée –le paradisier bleu– soit classée comme « vulnérable », les biologistes affirment que personne ne connaît avec certitude son état de conservation.

Un autre oiseau suscite des inquiétudes: le perroquet de Pesquet, dont les plumes rouges et noires sont portées lors de cérémonies indigènes.

« Ses plumes rouge vif sont très prisées pour les coiffes », explique Brett Smith, conservateur du parc naturel de Port Moresby, disant craindre qu’il y ait aujourd’hui plus de plumes de perroquet de Pesquet dans les tenues traditionnelles que sur les oiseaux vivants.

Les biologistes disent vouloir impliquer davantage la population dans la conservation. Mais la pauvreté, le manque d’éducation et la faible prise de conscience de l’impact des activités humaines sur l’environnement compliquent la tâche.

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Il y a pourtant eu des réussites, explique Yolarnie Amepou, directrice du réseau de biodiversité de Piku.

En impliquant les enfants dans la préservation d’espèces-clés, une nouvelle génération, aujourd’hui adulte, est investie dans la survie des tortues à nez de cochon dans une région où cette espèce rare faisait partie du régime alimentaire.

« Leur environnement est ce dont ils dépendent tous les jours. Si nous voulons sauver la tortue, nous devons aider les gens », dit-elle.

© AFP

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