Déforestation et changement climatique, une menace pour le travail en extérieur

Des arbres abattus à Alta Floresta, dans le Mato Grosso, le 29 août 2021 au Brésil © AFP/Archives CARL DE SOUZA

Washington (AFP) – Déforestation et changement climatique ont provoqué une hausse des températures dans plusieurs régions tropicales, rendant le travail en extérieur plus dangereux pour des millions de travailleurs, selon une étude publiée vendredi.

Entre 2003 et 2018, près de 4,9 millions de personnes ont perdu au moins une demi-heure par jour de conditions de travail à une température considérée comme sûre, d’après cette étude publiée dans la revue One Earth.

« Les régions tropicales sont déjà à la limite d’être trop chaudes et humides pour y travailler de manière sûre en raison du changement climatique », affirme Luke Parsons, son auteur principal.

« La déforestation pourrait faire basculer ces régions vers des environnements de travail encore plus dangereux », ajoute-t-il.

Selon les recherches de M. Parsons, 91.000 personnes ont perdu plus de deux heures de températures de travail sûres par jour, pour leur grande majorité en Asie.

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Le lien entre déforestation et augmentation de la température locale a déjà été démontré, les arbres bloquant les rayons du soleil, fournissant de l’ombre et rafraîchissant l’air par évapotranspiration — à savoir qu’ils transportent l’eau depuis le sol et la font s’évaporer depuis la surface de leurs feuilles.

Mais comme M. Parsons l’a expliqué dans un e-mail à l’AFP, « jusqu’à présent, de nombreux arguments en faveur de la sauvegarde des forêts tropicales ont été basés sur la biodiversité ou la lutte contre le changement climatique ».

« Nous espérons que les informations supplémentaires fournies par cette étude sur la relation entre la santé des forêts locales et la santé humaine seront prises en compte lors de la comparaison entre les coûts et les bénéfices de la déforestation », a-t-il dit.

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Au cours de la période d’étude, les chercheurs ont constaté que l’augmentation de la température liée à la déforestation était beaucoup plus importante que celle due au récent changement climatique.

Pour parvenir à ces conclusions, ils ont examiné une combinaison de relevés de température, d’estimations de population et d’images satellite de la déforestation à l’échelle mondiale entre 2003 et 2018.

Et ils se sont concentrés sur une étude de cas : les États brésiliens du Mato Grosso et de Para, en bordure de l’Amazonie, qui ont vu une déforestation à large échelle ces 20 dernières années.

Dans presque 60% des zones récemment déboisées, la température a augmenté de plus de 2 degrés Celsius.

Et 47% des zones déboisées ont perdu plus d’une demi-heure par jour de températures de travail sûres, contre seulement 4% des zones ayant gardé leur couverture forestière.

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L’équipe de M. Parsons a calculé que 1,22 million de kilomètres carrés de forêt tropicale avaient été détruits ou dégradés au cours de la période d’étude.

« Si les communautés locales peuvent empêcher une partie de la déforestation tropicale, il pourrait y avoir un avantage réel pour les personnes vivant dans les zones de forêt tropicale », a-t-il déclaré à l’AFP.

© AFP

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