Faune fragile : le vison d’Europe, une espèce en danger critique d’extinction à l’état sauvage en France

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Peinture de vison d'Europe Croquis de visons © Sandrot/Éditions Oteria

Associé à l’élevage pour la fourrure, on en oublierait que le vison existe à l’état sauvage en Europe. En France, l’espèce est en danger critique d’extinction avec une population de visons sauvages estimée à 250 individus. Découvrez en plus sur ce mammifère évoluant au bord des rivières et dans les marais de Nouvelle-Aquitaine grâce à cet extrait du livre Faune fragile (édition Oteria) de Florian Kirchner, chargé du programme « espèces » au Comité français de l’UICN et superbement illustré grâce au travail de l’artiste Sandrot.

Ce petit mammifère est l’un des plus menacés d’Europe. Ses effectifs sont désormais réduits à moins de 250 animaux en France et son déclin se poursuit : un programme de sauvetage de la dernière chance est en cours.

Le vison d’Europe est un habitant discret des zones humides. Alors qu’il était autrefois largement répandu sur le continent européen, sa répartition mondiale est maintenant limitée à quelques populations isolées et déclinantes à l’est (en Russie, Ukraine, Roumanie et Estonie) et à une population à l’ouest (au nord de l’Espagne et dans le sud-ouest de la France). Avec son pelage brun foncé et sa tache blanche au bout du museau, ce petit mustélidé est un carnivore dit semi-aquatique. Il fréquente les cours d’eau forestiers, les boisements inondables, les marais et les prairies humides ou les ruisseaux traversant les zones agricoles. Il apprécie particulièrement les habitats présentant une mosaïque d’environnements différents qui lui offrent une grande disponibilité de nourriture toute l’année. Chassant essentiellement à l’affut, dissimulé dans la végétation, il attend que ses proies passent à proximité. Ses repas se composent d’amphibiens, de petits rongeurs comme des rats et des campagnols, de poissons et d’oiseaux. Les mâles et les femelles vivent séparés durant la plus grande partie de l’année et se retrouvent à l’époque de la reproduction, entre début janvier et fin février. La femelle donne généralement naissance à une portée de deux à cinq jeunes dont elle s’occupe seule, allaitant ses petits durant une dizaine de semaines et assurant leur élevage jusqu’à la fin de l’été. Depuis le début du XXe siècle, les populations du vison ont connu en France une forte régression et tous les indices collectés indiquent que la situation continue à se détériorer. L’espèce est encore présente avec certitude dans certaines zones les plus au nord, mais elle subit un déclin marqué partout ailleurs. D’après les informations disponibles, son aire de répartition a régressé de plus de 75 % ces quinze dernières années, entraînant une réduction de ses effectifs et un isolement de plus en plus fort des différents noyaux de population.

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Croquis de visons © Sandrot/Éditions Oteria

La principale cause de ce déclin est la disparition et la fragmentation de son habitat naturel, progressivement converti en zones de cultures ou grignoté par l’urbanisation. Il subit également la concurrence du vison d’Amérique, une espèce importée et élevée pour sa fourrure, dont les individus échappés d’enclos, plus massifs et plus nombreux, prennent peu à peu sa niche écologique. Il est aussi victime d’une mortalité importante sur les routes, de piégeages accidentels dus à la confusion avec d’autres espèces ou d’empoisonnements du fait de la lutte chimique contre les rongeurs dont il se nourrit. Avec une population sans doute inférieure à 250 individus pour la France, le vison d’Europe est en danger critique. Le plan de sauvetage qui a été lancé prévoit notamment des campagnes de prospection pour localiser précisément les dernières populations, l’acquisition de parcelles et la restauration de zones humides pour lui offrir des zones refuges, la création de passages sous les routes pour éviter les collisions avec les véhicules et la mise en place d’un élevage conservatoire pour pouvoir entreprendre des opérations de réintroduction. Ces actions urgentes sont essentielles pour espérer sauver celui qui est aujourd’hui le mustélidé le plus menacé au monde.

Témoignage sur le vison d’Europe de Julien Steinmetz, Chef d’équipe à l’Office français de la biodiversité

« Janvier 2017, mes collègues de Charente-Maritime m’informent qu’un vison d’Europe vient d’être capturé dans le cadre d’une campagne de prospection. L’excitation et la joie sont palpables au bout du fil. Après mesures et prélèvements, l’animal sera rapidement libéré sur place. Une petite note d’espoir pour l’espèce.

S’engager dans la conservation du vison, c’est s’inscrire dans la continuité de celles et ceux qui ont œuvré par le passé à sa connaissance. Cela m’a amené comme mes prédécesseurs à dresser un constat accablant : l’espèce va mal, très mal, dans les derniers pays où elle est présente. Plusieurs campagnes de prospections se sont enchaînées en France entre les années 1980 et 2000, concluant toutes à la disparition observée de l’espèce sur de nouveaux territoires : la Bretagne d’abord, puis, département après département, une bonne partie du Sud-Ouest. Une nouvelle campagne de prospection est donc initiée en 2016, sur les secteurs où l’espèce avait été repérée durant les 10 dernières années, soit 9 départements. L’objectif est de trouver cet animal très discret pour cibler les actions de conservation à mettre en place. Sur les deux premières saisons, près de 200 campagnes de captures sont effectuées, avec 10 pièges posés durant 10 nuits pour chaque campagne. Malgré cet effort important, seulement 9 visons d’Europe sont capturés, tous sur le même bassin versant : celui de la Charente. Même si chaque animal observé représente un espoir pour l’espèce et de la joie pour les équipes, comment rester insensible à l’évolution catastrophique de la situation durant les 20 dernières années, sur ce bassin de la Garonne, ancien bastion du vison d’Europe dans l’un des derniers pays où il subsiste à l’état naturel. »

Extrait du livre Faune fragile, éditions Oteria, présenté par Florian Kirchner, chargé du programme « espèces » au Comité
français de l’UICN et illustré par Sandrot

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