Inégalités : comment ralentir le train infernal des ultra-riches

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Le patron de Tesla Elon Musk, le 14 mars 2019 à Hawthorne, en Californie. © AFP/Archives Frederic J. BROWN

Paris (AFP) – En cinquante ans, l’objet de fascination est passé de l’homme fictionnel qui valait trois milliards à l’homme bien réel qui en vaut près de cent fois plus: Elon Musk, première fortune mondiale, est le symbole du creusement toujours plus profond des inégalités détaillées dans un rapport.

Le constat est sans appel: les très riches ont vu leur fortune croître grâce à des patrimoines essentiellement financiers ces dernières années, constate le World Inequality Report 2022 publié mardi, un rapport annuel dressant un état des lieux détaillé des inégalités mondiales.

Coordonné par l’économiste Lucas Chancel, avec la contribution de Thomas Piketty, Emmanuel Saez et Gabriel Zucman, ce rapport de 228 pages milite pour la mise en place d’une imposition progressive du patrimoine à l’échelle mondiale, ainsi que d’un registre financier international afin d’agir contre l’évasion fiscale.

Pour une petite caste, ce patrimoine est stratosphérique: le classement du magazine américain Forbes qui évalue ce que possèdent les plus riches en temps réel, montre que les dix premiers possèdent plus de 100 milliards de dollars chacun. En tête, le patron de Tesla avec 266 milliards de dollars.

Tous américains à l’exception du patron français du groupe de luxe LVMH Bernard Arnault, ils ont amassé leur fortune à 12 chiffres essentiellement dans la tech grâce à une envolée des cours boursiers. Jeff Bezos, à la deuxième place, détient 9,9% d’Amazon, et Mark Zuckerberg 12,3% de Facebook.

Polarisation des richesses

« Après plus de 18 mois de Covid-19, le monde est encore plus polarisé » en termes d’inégalités de richesse, souligne auprès de l’AFP Lucas Chancel, codirecteur du World Inequality Lab à l’Ecole d’économie de Paris.

« Pendant que le patrimoine des milliardaires a pris plus de 3.600 milliards d’euros, ce sont 100 millions de personnes supplémentaires qui ont rejoint les rangs de l’extrême pauvreté », détaille-t-il, alors que depuis 25 ans l’extrême pauvreté avait baissé.

Selon le rapport, les 52 personnes les plus fortunées ont vu la valeur de leur patrimoine croître de 9,2% par an depuis 25 ans, largement plus que les catégories moins dotées.

Le club du 1% le plus riche, soit les personnes détenant plus de 1,3 million de dollars en patrimoine, a lui capté plus du tiers de la fortune accumulée sur la planète depuis 1995.

« Etant donné la concentration très forte des richesses, une taxation modeste et progressive peut engendrer des revenus significatifs pour les gouvernements » dont l’endettement s’est envolé face à la crise de 2007-2008 et la pandémie, propose le rapport.

Actifs financiers

Là où l’imposition sur le patrimoine se focalise aujourd’hui trop sur le foncier, il milite pour une modernisation et une progressivité de cette taxation. Toutes les formes d’actifs doivent être concernées, surtout les actifs financiers qui représentent l’essentiel des fortunes modernes.

Le rapport évalue une hypothèse de taxation en plusieurs tranches, à partir de 1 million de dollars, et progressive jusqu’à une tranche haute supérieure à 100 milliards de dollars de patrimoine.

Sur l’évasion fiscale, le rapport préconise la création d’un registre financier international, par exemple sous l’égide de l’OCDE ou de l’ONU, qui « permettrait aux autorités fiscales et réglementaires de vérifier si les contribuables déclarent correctement leurs actifs et revenus du capital, indépendamment de ce que les institutions financières offshore veulent communiquer ».

Parallèlement, le World Inequality Report appelle à maintenir une taxation sur le patrimoine aux expatriés, et imposer une « exit tax » de plusieurs années pour les contribuables qui décident de déménager pour raisons fiscales. Les échanges d’informations plus automatiques désormais entre juridictions fiscales et les progrès du numérique permettront une application plus précise des règles, explique également ce rapport.

« On observe les prémices d’un changement », veut croire Lucas Chancel, citant l’introduction récente d’une contribution exceptionnelle sur les grandes fortunes en Argentine, un débat sur le sujet lors des récentes élections législatives allemandes, et le volontarisme du président américain Joe Biden, bien que plusieurs de ses initiatives se heurtent au Congrès.

L’adoption après des années de négociations d’un projet d’imposition minimale à 15% sur les riches multinationales est aussi selon lui un signe du changement à l’oeuvre.

« On y arrivera à un moment tout simplement car il y a un besoin des Etats de financer leurs dépenses », ajoute-t-il.

© AFP

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3 commentaires

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    • Claude Courty

    Contrairement à la pauvreté, qui a pour limite le niveau zéro de la richesse, au-dessous duquel règne l’exclusion sociale, la richesse n’en connaît pas d’autre que l’appétit de ceux qui la convoitent et les ressources dont ils la tirent, avec toutes conséquences sur un environnement commun et l’inexorable creusement des inégalités sociales, depuis que l’humanité existent.

    • Millet

    C’est une tendance naive de croire qu’en limitant ou supprimant le wagon de tete on sauvera le wagon de queue!
    Si les etats ( par qui vous voulez faire passer ce recyclage de l’argent) commençaient par apprendre a gerer en optimisant leur train de vie!
    Bien sûr, l’evasion fiscale et la fraude fiscale doivent etre combattu , mais le gachis de la mauvaise gestion des etats doit l’etre tout autant

    • Philippe Vaes

    Tout est relatif. Par ex. Celui qui possède 1 million de $ en Guyane est plus riche que celui qui possède cette somme aux Champs Elysées. La vraie richesse est davantage dans les biens que l’on utilisent à bon escient que dans l’argent qui dort. C’est celui-là qu’il faut répartir parmi les « have not ».

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