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L’ornithologue Grégoire Loïs : « il y a peu d’endroits où cela se passe bien pour les oiseaux communs des villes et des campagnes »

Grégoire Loïs est ornithologue et directeur adjoint du programme Vigie Nature au Muséum National d’Histoire Naturelle. Il intervient aux journées Agir pour le Vivant à Arles en août 2021. L’occasion de revenir avec lui sur la situation plus que préoccupante des oiseaux et le rôle de l’éducation à la science, notamment celui des sciences participatives, dans la prise de conscience des crises écologiques.

Cygnes dans l'étang de Beugné, Vigneulles-lès-Hattonchâtel, Meuse (55) ( 49° 0'33.24"N - 5°45'37.72"E). © Yann Arthus-Bertrand

Grégoire Loïs est ornithologue et directeur adjoint du programme Vigie Nature au Muséum National d’Histoire Naturelle. Il intervient aux journées Agir pour le Vivant à Arles en août 2021. L’occasion de revenir avec lui sur la situation plus que préoccupante des oiseaux et le rôle de l’éducation à la science, notamment celui des sciences participatives, dans la prise de conscience des crises écologiques.

Étude après étude, la situation des oiseaux semble empirer en France et dans le monde. Est-ce que la situation a évolué ?

Pas du tout, la tendance ne s’est pas inversée. Le déclin des oiseaux n’a jamais été aussi documenté qu’en ce moment. Depuis le début des années 2000, on sait que les grands rapaces, les ardéidés, les grands échassiers et les hérons vont mieux grâce à la loi de protection des oiseaux de 1976 qui a arrêté leur destruction systématique, mais le déclin de la faune ordinaire se poursuit. Il y a peu d’endroits où cela se passe bien pour les oiseaux communs des villes et des campagnes.

La perception de ce déclin du vivant entamé depuis des décennies est très difficile à l’échelle d’une vie humaine, comment faire en sorte que chacun puisse réaliser l’ampleur de ce qui se passe ?

La participation à ces mesures permet d’ouvrir les yeux sur la réalité de la baisse du nombre d’oiseaux. C’est très compliqué car notre perception naturelle tend à penser que c’était mieux avant, d’où l’importance des mesures standardisées mises en place par le Muséum National d’Histoire Naturelle et la Ligue de Protection des Oiseaux pour évaluer les populations d’oiseaux.

Le rôle des sciences participatives

Quelles sont les pistes à explorer afin d’améliorer l’éducation à la nature et l’environnement chez les enfants ?

L’éducation des plus jeunes à l’environnement est capitale. Elle passe par les sciences participatives. Elles commencent à intégrer les parcours pédagogiques suggérés par l’Éducation Nationale. Les sciences participatives permettent, d’une part, de reconnecter au vivant et d’offrir aux élèves un regard concret sur ce dernier. D’autre part, elles donnent l’occasion de s’approprier la démarche scientifique.

« Puisqu’ils peuvent voler et fuir extrêmement rapidement, les oiseaux prennent déjà la place qu’ils veulent.« 

Justement, de quelle manière la science participative comme le programme Vigie Nature, peut aider à sensibiliser ?

Chacun peut s’impliquer dans la mesure et dans le suivi des changements de biodiversité dans le temps et dans l’espace en participant à Vigie Nature. Cela peut se faire de chez soi. La démarche se montre d’autant plus capitale qu’il y a une crise de confiance dans le discours scientifique. Cette crise est probablement due au fossé qui s’est mis en place entre les scientifiques et la population. Si la population se réapproprie la démarche scientifique grâce aux sciences participatives en réalisant, par exemple, des suivis de la biodiversité, nous espérons qu’il y aura alors une restauration de la confiance dans le discours scientifique. Les gens auront un regard posé sur la méthode et la parole scientifique. On a vu avec le Covid que le discours scientifique est rejeté de fait, or il faudrait qu’il soit examiné froidement sur les faits plutôt que par principe.

 Est-ce possible, dans un pays où plus de 7 personnes sur 10 vivent en ville, d’impliquer les gens dans l’observation de la nature ?

Oui, car ces personnes coupées de la Nature ont le désir de l’observer et de la comprendre. On l’a vu lors du premier confinement, lorsque des personnes ont pris le temps d’observer près de leur habitation et d’y découvrir du pigeon ramier, par exemple. On sent qu’il y a une appétence pour laisser de la place au vivant en ville. Cette aspiration est satisfaite dans les mégapoles les plus ambitieuses pour la nature avec le laisser pousser partout, le refus de la tonte systématique et d’une « nature moquette » sur laquelle on vient juste s’allonger, au profit d’une nature qu’on laisse vivre.

Quelle place laisser aux oiseaux ? Quelles mesures prendre pour leur préservation ?

Puisqu’ils peuvent voler et fuir extrêmement rapidement, les oiseaux prennent déjà la place qu’ils veulent. Il faut simplement les regarder vivre, il s’agit d’ailleurs le groupe taxonomique le plus facile à observer. En effet, la plupart des autres espèces fuient l’être humain, deviennent nocturnes comme la majorité des mammifères ou vivent dans des refuges. Les oiseaux vivent à nos pieds, nichent à nos fenêtres. Il n’y a pas besoin de laisser une place aux oiseaux, ils la prennent de fait. Par contre, il faut arrêter toutes les activités destructrices pour les oiseaux. Le plus simple serait déjà de commencer par cesser la chasse des espèces menacées. Dans les milieux ruraux, il faut changer les pratiques agricoles qui frappent les paysages ou encore réduire le recours aux produits agrochimiques. En ville, il faut identifier les facteurs du déclin des oiseaux urbains. Est-ce des mécanismes profonds qui dépassent le cadre local ? Pour le moment, on n’en sait rien. Dans tous les cas, il y a quelque chose à faire.

Enfin, vous intervenez fin août aux journées Agir pour le Vivant à Arles sur le thème « Quelle place pour la cueillette dans l’enseignement du primaire », qu’allez-vous y dire ?

J’ai prévu d’y raconter une fiction qui met en scène un instituteur bourdon faisant un cours de sciences naturelles sur l’être humain à de jeunes bourdons. L’idée est d’inverser le regard sur le vivant.

«  »L’objectif est de créer de l’empathie envers une autre manière d’être vivant sur cette planète. »

Et que dirait le bourdon instituteur à ses élèves sur l’être humain ?

Il rappellerait que l’humain est un animal, c’est un fait biologique. Il aurait plein de choses à dire dans le cadre d’un cours de sciences naturelles. L’idée serait d’étonner les enfants avec les différences qui existent entre un mode de vie, celui des bourdons et le nôtre. La cellule familiale n’a rien à voir chez les bourdons par rapport à celle de l’humain. L’objectif est de créer de l’empathie envers une autre manière d’être vivant sur cette planète.

Propos recueillis par Julien Leprovost

 Pour aller plus loin

Agir pour le Vivant est une série de rencontres organisées par l’éditeur Actes Sud qui se tient à Arles et en ligne du 22 au 29 août 2021. En savoir plus sur le programme et revoir les conférences de la précédente édition sur le site dédié.

Nous les avions interviewé l’an dernier à l’occasion des rencontres Agir pour le Vivant

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Le programme Vigie Nature est à découvrir sur le site dédié du Muséum Nationale d’Histoire Naturelle. Il permet à toutes et tous de conduire des observations du vivant à côté de chez soi afin d’enrichir la connaissance scientifique.

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Un commentaire

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    • Nathalie CERF

    Il y a urgence c est maintenant ou jamais on a du mal à le comprendre je croyais que l on était une espèce intelligente ? Quelle misère l humain.