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Est-il possible de concilier la lutte contre le réchauffement climatique et la santé ?

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Hôpital du Val de Grâce, Paris © Yann Arthus-Bertrand

Le changement climatique représente une menace pour la santé documentée depuis des années, mais si la santé n’est pas censée avoir de prix, elle a pourtant une empreinte climatique importante. Ainsi, la contribution climatique du secteur de la santé fait l’objet de récentes évaluations au niveau mondial et en France. Ces travaux préliminaires permettent d’envisager des pistes de réduction d’émissions de gaz à effet de serre des systèmes de santé.

Le secteur de la santé : 4,4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre

Les émissions mondiales du secteur de la santé représentent actuellement 4,4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, d’après une étude publiée en juillet 2020 dans la revue médicale The Lancet.

Selon un rapport plus récent de l’ONG Health Care Without Harm (Soigner sans menacer) qui reprend ces chiffres, « si le secteur de la santé était un pays, ce serait le cinquième plus gros émetteur de la planète ». L’impact carbone du secteur sanitaire pourrait tripler d’ici 2050 si rien n’est fait. Actuellement, 84 % des émissions du secteur sont imputables aux énergies fossiles utilisées pour pour le transport des patients ou du matériel médical (et sa production) ou dans l’approvisionnement électrique des hôpitaux.

« Les systèmes de santé de tous les pays devront dans le même temps atteindre l’objectif zéro émission d’ici 2050 et réussir à atteindre leurs objectifs de santé », déclare Sonia Roschnik, directrice climat à Health Care Without Harm. « De nombreux systèmes de santé des pays pauvres et à revenus intermédiaires auront besoin du soutien des pays industrialisés afin d’accéder aux solutions de transition. » Pour rester dans les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat, la santé doit parvenir à réduire de 70 % ses émissions de gaz à effet de serre et viser la neutralité carbone.

« Alors que nous nous remettons du Covid-19, le système de santé peut s’engager à nous préserver du risque climatique. Il a su faire face en nous protégeant de la pandémie. Cela commencera avec la mise en place de solutions face à la crise climatique », affirme le docteur Maria Neira, directrice du département Environnement et Climat à l’OMS.

Health Care Without Harm plaide pour décarboner le secteur de la santé et propose une feuille de route au niveau mondial. L’ONG met en avant 7 grands leviers d’actions pour ne plus dépendre du pétrole et du charbon : utiliser une électricité 100 % renouvelable, investir dans des bâtiments et infrastructures zéro émission, développer les transports propres, miser sur une alimentation et une production agricole résiliente, avoir une production de médicaments bas-carbone, mieux gérer les déchets médicaux et améliorer l’efficacité du système de santé. Les auteurs du rapport appellent à faire de la lutte contre le réchauffement une priorité de santé publique en visant l’objectif zéro émission au plus vite.

Réduire l’impact du secteur de la santé sur le climat en France

En France, 4,6 % des émissions de gaz à effet de serre sont liées à la santé, selon les données du think-tank The Shift Project ainsi que celles de Health Care Without Harm. Cela équivaut à 29 millions de tonnes équivalents CO2 par an, soit 440 kg/CO2 par an par habitant.  

Le matériel médical à usage unique compterait ainsi pour seulement 5 à 10 % du bilan carbone du secteur de la santé.  Les principaux postes d’émissions de gaz à effet de serre sont l’énergie des bâtiments (de 20 à 30 % de l’empreinte carbone en incluant le chauffage et l’électricité consommée) et le transport (de 20 à 30 % en cumulant les déplacements des patients et du personnel). « Le secteur de la santé n’existe pas sans les déplacements des patients et des médecins », résume Laurie Marrauld, chef de projet santé et climat au sein de The Shift Project. Elle ajoute aussi que des travaux supplémentaires restent encore nécessaires afin de mieux connaitre les émissions de la santé. Ainsi, les volumes d’émissions du secteur restent sous-évalués en raison notamment de la non-prise en compte des émissions indirectes et la complexité des chaines de production des produits médicaux. Elle déplore cependant « beaucoup d’opacité sur le facteur démission de nombreux produits et dispositifs employés dans le secteur de la santé. On sait que pour la production des médicaments, la fabrication des molécules se fait dans des pays où le mix énergétique reste très carboné. La chaine d’approvisionnement se montre complexe et implique beaucoup de transports entre des localités très spécialisées. Ce qui rend, par ailleurs, le système peu résilient. De plus, avant d’atterrir dans la main du patient, ces molécules effectuent plusieurs trajets au niveau mondial tout au long de leur production. »

La question préoccupe tant les experts du climat que les soignants. Le collectif Santé en Danger a publié dans Libération une tribune alertant sur « la contrainte écologique » dans la santé. Le collectif, proposant des chiffres un peu plus élevés que ceux mentionnés plus hauts, y écrit que « les prochaines décennies seront celles de la contrainte écologique. Notre système santé n’y est pas préparé. Nous craignons pour sa survie. » Puis, ils ajoutent que « le constat est sans appel. La santé moderne est extrêmement émettrice de gaz à effet de serre (GES) : 35 millions de tonnes équivalent CO2 par an, 5% de l’empreinte carbone de la France. »

 Les pistes avancées pour réduire l’impact du secteur de la santé sur le climat misent sur des politiques de prévention afin de limiter autant que possible le recours aux soins. Elles envisagent de relocaliser et rendre plus accessibles les services de santé sur le territoire pour réduire la mobilité qu’ils engendrent. Laurie Marrauld estime que la télémédecine peut jouer un rôle crucial pour réduire les déplacements : « pour certains suivis médicaux, la consultation peut se faire à distance dans de nombreux cas, ce qui permettrait d’éviter des déplacements. Mais, il reste à voir les patients en ont envie. Par exemple, pour les maladies chroniques comme le diabète, on peut envisager que 2 consultations sur 3 dans le suivi d’un patient se fassent via la téléconsultation. » Laurie Marrauld insiste sur l’attention à porter aux achats de produits médicaux et de nourritures. Leur production pourrait être relocalisée, ne serait-ce que pour des raisons d’accessibilité et de résilience « par exemple 70 % des gants en latex sont produits en Malaisie. En cas de problème dans ce pays, l’approvisionnement risque d’être très perturbé ».

Enfin, Laurie Marrauld estime que les personnels de santé sont encore trop peu sensibilisés aux questions climatiques, même s’ils se montrent volontiers prêts à changer leurs pratiques. « Ils sont très attentifs aux questions de plastique et de recyclage. Ils savent que changer leurs pratiques sera parfois une contrainte. » Elle rappelle une dernière fois que l’empreinte climatique de la santé reste complexe et intègre de nombreux facteurs : « la modification des pratiques dans la santé n’est pas à envisager seulement au moment du soin, car les déchets et les plastiques ne représentent pas 90 % de l’empreinte climatique de l’hôpital. Les transformations doivent s’opérer en amont et en aval du soin. »

Julien Leprovost

À lire pour aller plus loin.

Comme pour le Covid-19, aucun pays n’est à l’abri du changement climatique

Le secteur de la santé responsable de 4,4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre

La page Plan de transformation de l’économie française : focus sur la santé sur le site de The Shift Project

La feuille de route proposée par Health Care Without Harm (en anglais)

La note (en anglais) sur la décarbonsation du secteur de la santé par le European Academies Science Advisory Council et la Federation of European Academies of Medicine

La tribune « La contrainte écologique : un danger pour notre système de santé ? » du collectif Santé en danger publiée dans Libération

5 commentaires

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    • michel CERF

    La lutte globale contre toutes les pollutions ne peut que contribuer à limiter les maladies et donc l’ impacte des soins .

    • Méryl Pinque

    Le véganisme est la solution.
    C’est la première chose à promouvoir dès lors qu’on parle d’écologie et de santé.
    https://www.petafrance.com/actualites/marseille-peta-rappelle-que-manger-des-animaux-cause-des-pandemies/

    • sandrine

    Pour guérir les maux dont souffrent les hommes, il est impératif de guérir aussi ceux dont souffre notre planète. Les 2 vont de paire, c’est indissociable. Tout ce qui luttera contre le réchauffement climatique aura des effets bénéfiques pour notre santé.

    • Roger Kantin

    La santé de l’homme est le reflet de la santé de la terre. Héraclite, il y a environ 2500 ans….

    • Jean de TaCa

    Bravo pour cet article! Reduire les ges de la santé montre bien l’ampleur de la tache à accomplir. Et tous les plastiques et objets à usage unique (pour raison d’hygiene) ne sont qu’une petite part du pb, qu’on voit bien lorsqu’on est soi meme malade. Quand on prend un domaine comme la santé, on se rend compte que remettre en cause nos voyages de vacances en avion, ça ne devrait meme pas faire débat si oin était un peu serieux!