La croissance a un « coût dévastateur » pour la Nature


Incendie dans un champ de soja près de Lucas do Rio Verde (Brésil), le 6 août 2020 © AFP/Archives CARL DE SOUZA

Paris (AFP) – La soif de développement de l’humanité se fait « à un coût dévastateur pour la Nature », avertit un nouveau rapport sur les aspects économiques, sanitaires et sociaux de la croissance économique.

Le rapport de 600 pages, commissionné il y a deux ans par le gouvernement britannique, est le fruit du travail de spécialistes internationaux, coordonné par un professeur d’économie de l’université de Cambridge, Partha Dasgupta.

Selon leurs conclusions, si le PNB par habitant mondial a doublé depuis 1992, le « capital naturel », soit l’estimation des bénéfices tirés de services offerts par la Nature, a de son côté chuté de 40% par tête.

« Si l’humanité a immensément prospéré ces dernières décennies, la manière dont nous avons atteint cette prospérité fait qu’elle a été acquise à un coût dévastateur pour la Nature », écrivent les auteurs.

Ils appellent à un rééquilibrage du lien entre l’Homme et la Nature, rappelant sur la foi de nombreuses autres études les liens étroits entre la préservation de la biodiversité et les conditions de vie humaines, en matière de santé notamment.

L’extinction massive en cours d’espèces vivantes, « mine la productivité, la résilience et l’adaptabilité de la Nature », écrivent-ils encore.

Les conséquences déjà visibles de cette déperdition, comme l’actuelle pandémie de Covid-19, favorisée par les transformations de terres (déforestation pour l’agriculture notamment) et l’exploitation de certaines espèces sauvages, pourraient constituer « la partie émergée de l’iceberg » si le développement économique humain se poursuit sans changements.

– Plus qu’un plan Marshall –

« Nous sommes totalement dépendants de la Nature, » avertit dans une préface au rapport le documentariste et militant écologique britannique David Attenborough. « Elle nous fournit l’air que nous respirons et tout ce que nous mangeons. Mais nous l’abîmons tellement que beaucoup de ses écosystèmes sont au bord de l’effondrement ».

Or, souligne le rapport, les modèles économiques basés sur la seule croissance n’intègrent pas les bénéfices tirés de la biodiversité.

Les programmes de protection de la Nature sont en conséquence souvent sous-financés, alors que des secteurs comme les énergies fossiles ou l’agriculture intensive, dont les effets sur la biodiversité et le réchauffement climatique sont avérés, bénéficient de 4.000 à 6.000 milliards de dollars d’investissements annuels.

Ces modèles d’investissements, souvent soutenus par les Etats, « exacerbent le problème en payant plus les gens pour exploiter la Nature que pour la protéger », regrettent les auteurs. Ils appellent à remplacer la seule comptabilité traditionnelle de la croissance (PIB) par un calcul du bien-être économique prenant en compte les services rendus par la Nature.

Mais une telle réorientation vers une croissance plus soutenable nécessiterait des changements systémiques -notamment la « décarbonation » du système énergétique- portés par « une ambition, une coordination et une volonté politique semblable, voire supérieure, au plan Marshall » de reconstruction économique au sortir de la seconde guerre mondiale.

Les auteurs du rapport, comme nombre de responsables associatifs et politiques internationaux avant eux, appelle à faire de deux rendez-vous importants de la diplomatie verte, la COP 15 sur la biodiversité et la COP26 sur le climat, désormais prévus en 2021 après avoir été reportés en raison de la pandémie, des leviers pour lancer ces transformations.

© AFP

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Le point de vue d’un écologue : la poursuite de la croissance économique est incompatible avec la préservation de la biodiversité

4 commentaires

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    • Jean Grossmann

    Auteur d’un site sur l’énergie en Europe je réalise que j’ai été injuste envers l’Angleterre lorsqu’elle a décidé de se séparer de l’Union européenne. Ceci lorsque j’ai estimé qu’il fallait couper les amarres et les laisser partir à la dérive.
    Je pense maintenant que l’Europe et principalement le couple franco-allemand à tout intérêt à suivre les conseils développés ici dans Goodplanet par nos voisins d’outre-Manche

    Afin d’expliquer ce qu’il fallait faire pour progresser en ce qui concerne l’énergie je me suis aperçu qu’il fallait que je mette la charrue avant les boeufs. À savoir qu’il fallait que j’aborde d’abord la façon dont nous consommons l’énergie plutôt que d’évoquer la façon dont nous la produisons. Ceci afin d’éviter le « toujours plus » et la démesure

    Je pensais réserver mon travail pour l’ IESF dans le cadre de l’enseignement mais vu l’urgence qu’il y a à agi, j’ai rendu ce 1er fichier de 130 pages accessible dès à présent sur internet. Ceci pour tenter d’endiguer le retard que nous prenons en raison du covid-19
    http://www.infoenergie.eu/riv+ener/1consommation.pdf

    • Guy J.J.P. Lafond

    Merci GoodPlanet mag et Monsieur Grossmann,
    Ce sont des réflexions justes qui sont le fruit de l’expérience et aussi d’une observation soutenue de notre si fragile planète bleue.
    Nous devons faire les choses autrement et mieux dans l’intérêt supérieur des enfants. Il y a depuis peu les COP (Conférences of Parties). Bien!
    Toutefois, les croisements annuels “en présentiel “ou bien “en ligne” du Sommet économique mondial (en Suisse) et de la Réunion annuelle des nouveaux champions (en Chine) devraient innover en accueillant des représentants de pays qui n’ont pas la croissance du PNB comme principal repère de santé. Ex: un pays comme le Bhutan serait heureux de venir partager sa recette du bonheur et du développement sain et durable avec ses contemporains.
    Autrement, nous devons tous faire acte d’humilité devant la Nature qui a mis le poing sur la table de manière aussi impré.visible!
    La biodiversité a toujours été “Une question de vie et de mort”.
    D’ailleurs, je recommande le livre suivant à tous ceux et celles qui avancent rapidement en âge:
    “C’est une question de vie et de mort, réflexion d’un médecin pour apprivoiser sereinement le grand départ” par Dr. Gaétan Brouillard, 2020, Le Coeur Éditeur.
    À suivre / To be continued,
    T: @GuyLafond @FamilleLafond
    À nos vélos, à nos espadrilles de courses, à nos vêtements de plein air!

    • Guy J.J.P. Lafond

    Désolé.
    Il faut lire CoP: The Conférence of the Parties.

    • Daniel Jagline

    Rappelez moi depuis combien de temps certain·e·s affirment cela dans le vide sidéral de ce monde productriviste/consumériste basé sur l’argent roi ?

Un rapport de l'ONU demande la réaffectation de 470 milliards de dollars de subventions agricoles qui nuisent aux prix des denrées et nous éloignent des objectifs environnementaux et sociaux

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