Le broyage des poussins mâles bientôt interdit en Allemagne

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Des militants de la Fondation Albert Schweitzer versent des poussins factices dans une fausse machine à broyer pour protester contre le broyage des poussins mâles, le 13 juin 2019 à Leipzig dans l'est de l'Allemagne. © dpa/AFP/Archives Jan Woitas

Berlin (AFP) – Abattus par millions à peine sortis de l’œuf, les poussins mâles des élevages allemands de poules pondeuses échapperont à partir de l’année prochaine à cette pratique décriée, une décision inédite selon Berlin, au nom du bien-être animal.

Avec ce projet de loi approuvé mercredi par le gouvernement de la chancelière Angela Merkel, pressé d’agir depuis des années, l’Allemagne se présente en pionnière sur cette question.

« Nous sommes les premiers au monde à prendre des mesures aussi claires », s’est félicitée la ministre de l’Agriculture Julia Klöckner, évoquant la fin d’une « pratique contraire à l’éthique » ainsi qu' »une avancée significative pour le bien-être des animaux ».

Sa loi devra encore être validée par le Parlement dans les semaines à venir.

En Allemagne, environ 45 millions de poussins mâles sont systématiquement tués chaque année peu après leur éclosion parce qu’ils ne pondent pas d’œufs. En outre, étant moins gros et donc moins fournis en viande, ils sont jugés trop chers à élever et peu rentables.

Mesure « symbolique » 

Cette méthode d’abattage est fortement critiquée par les défenseurs de la condition animale, un sujet qui revêt une importance croissante en Allemagne et dans de nombreux pays européens.

Ainsi, pour 59% des Allemands, la question du bien-être des animaux est importante ou très importante au moment de choisir leur candidat lors d’élections locales ou nationales, selon un sondage de 2019 de l’association de défense des animaux PETA.

Pour remplacer l’abattage systématique des poussins mâles, ce nouveau texte de loi prévoit que des méthodes de sexage des œufs devront être généralisées pour détruire les œufs mâles avant l’éclosion.

Celles-ci permettent actuellement de déterminer entre le 9e et le 14e jour d’incubation, sur 21, le sexe de l’embryon de l’œuf. La nouvelle loi va soutenir les techniques innovantes dans le but, à partir de 2024, de pouvoir déterminer le sexe avant le 6e jour d’incubation, afin « d’améliorer davantage le bien-être des animaux ».

Plusieurs associations de défense des animaux ont salué « une bonne nouvelle » mais estimé qu’elle était « symbolique », regrettant que le texte n’aille pas plus loin en s’attaquant au modèle productiviste d’élevage et de suppression des œufs jugés « improductifs ».

« Si vous voulez le bien-être des animaux, vous devez mettre un terme au cruel élevage intensif des animaux », s’est ému Martin Rücker, président de l’association de consommateurs Foodwatch, exhortant le gouvernement à effectuer un « changement fondamental de la politique d’élevage et de la manière dont les poulets sont élevés ».

« Quiconque veut soutenir les agriculteurs sur la voie d’une meilleure agriculture doit promouvoir des initiatives telles que les poules à double usage (ayant pour double objectif de production de viande et d’œufs) », a renchéri Saskia Richartz, de l’association « Wir haben es satt! » (« Nous en avons assez! »).

Distorsion de concurrence ? 

La ministre de l’Agriculture a dit attendre du secteur avicole « qu’il donne suite à ces annonces par des actions concrètes et qu’il modifie sa gamme de produits en conséquence ».

Hostile à un tel règlement, la Fédération allemande des volailles (ZDG) a sans surprise déploré que la fin de cette pratique entraîne « d’immenses désavantages concurrentiels au sein de l’UE pour l’industrie avicole nationale ». Elle a jugé que la loi « n’apporte qu’une solution partielle au problème ».

L’abattage des poussins mâles est un sujet controversé depuis des années en Allemagne.

En 2013, le Land de Rhénanie-du-Nord–Westphalie (ouest) avait déjà essayé de faire voter une loi interdisant cette pratique, mais deux élevages avaient opposé un recours.

Mais en juin 2019, la plus haute juridiction administrative allemande avait laissé entrevoir la fin de cette pratique. Elle avait laissé un délai à la filière avicole, affirmant qu’elle pouvait continuer d’éliminer par millions les poussins mâles jusqu’à l’avènement de méthodes permettant le sexage dans l’œuf à grande échelle.

Outre l’Allemagne, la France avait également affiché sa volonté d’abandonner d’ici fin 2021 l’abattage systématique des poussins mâles vivants.

La méthode de broyage est déjà interdite depuis le 1er janvier 2020 en Suisse, qui autorise néanmoins l’élimination des poussins avec du gaz CO2.

©AFP

4 commentaires

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    • michel CERF

    La barbarie de notre monde  » civilisé » …

    • Méryl Pinque

    Pas de consommateurs de produits d’origine animale en amont, pas d’industrie de l’exploitation, de la torture et de la mort en aval.
    Faites preuve de raison et de compassion : devenez végan.

    • Francis

    Broyer des poussins vivants, ce n’est pas bien. Mais broyer des foetus humains vivants de 14 semaines pour les sortir du ventre de leur maman, c ‘est quoi ?

    • michel CERF

    @ Francis : on n’est pas toujours d’accord , mais dans ce cas précis je partage votre interrogation , donc votre point de vue .

Tony Rinaudo, l’agronome « faiseur de forêts » qui a restauré plus de 5 millions d’hectares de végétation en Afrique grâce à la régénération naturelle assistée : « une des premières choses que nous avons demandée aux gens était de croire dans la valeur des arbres »

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