Élever des ânes en montagne, le défi d’une jeune Italienne

élever des ânes

Vanessa Peduzzi avec deux de ses ânes à Alpe Bedolo, sur la commune de Schignano, le 25 juin 2020 en Lombardie © AFP Miguel MEDINA

Schignano (Italie) (AFP) – À 23 ans, Vanessa Peduzzi a fait un choix plutôt radical: élever des ânes et des vaches en alpage, au-dessus du lac de Côme. Pour elle, ni bar ni discothèque, mais la vie au grand air, une voie empruntée par un nombre croissant de jeunes Italiens.

« C’est un travail fatiguant, prenant, mais il me plaît. J’ai choisi cette vie: c’est ici que je veux être, entourée par la nature et les animaux », explique-t-elle à l’AFP.

Des pâturages, des bois et une grande bâtisse qu’elle entend transformer en ferme-auberge: nous sommes à Alpe Bedolo, à 813 mètres d’altitude, sur la commune lombarde de Schignano dans le nord du pays.

La jeune femme a un diplôme de cuisinière mais l’appel de la montagne a été plus fort.

« Je me suis lancée l’année dernière, j’ai commencé avec deux petites ânesses. Je n’avais ni terrain, ni étable alors je me suis fait prêter un pré par un ami », raconte-t-elle.

« La situation m’a depuis un peu échappé », rit-elle, alors que son troupeau compte désormais une vingtaine d’ânes –dont quinze ânesses gravides–, une dizaine de vaches, cinq veaux et cinq génisses.

Beatrice, Silvana, Giulia, Tom et Jerry… tous ont des noms. La plupart paissent à Alpe Bedolo, un alpage qu’elle a pu obtenir il y a quelques mois à l’issue d’un appel d’offres.

« J’ai cette passion depuis toute petite. Mes grands-parents, qui avaient une auberge, avaient des vaches laitières, ils faisaient du beurre, du fromage ». Et « enfant, je suivais mon père qui emmenait ses vaches dans les alpages », se souvient-elle.

« Au début, mon père n’a pas été très heureux de mon choix parce qu’il a toujours fait ce métier et sait qu’il est difficile » mais il s’est depuis fait à l’idée et « m’aide, me donne des conseils ».

Ses journées débutent tôt: dès 06H30, elle vient voir ses bêtes, vérifie qu’elles vont bien, leur donne de l’eau.

« Ce n’est pas une promenade de santé. Il faut parfois appeler le vétérinaire, aider les animaux à mettre bas. Quand les gens de mon âge se préparent le samedi soir pour aller prendre un apéro, moi je me prépare pour aller à l’étable ».

« Mais c’est ainsi. Cela ne me pèse pas de venir ici le samedi, le dimanche, à Noël ou au Jour de l’An ».

La nature est la seule chose dont elle a besoin: « rien que le fait d’aller faire les courses à Côme me fatigue. Le bruit, les voitures, le smog… Si je peux éviter, j’évite. Ici, je me sens comme une déesse ».

Pour le moment, elle vend des animaux et de la viande. Mais, dès que cela sera possible, elle traira ses vaches et ânesses et fabriquera des fromages.

« Le lait d’ânesse est très prisé, il est le plus similaire au lait maternel et convient très bien aux personnes intolérantes » aux autres laits, note Vanessa, short en jeans et bandeau coloré dans les cheveux.

Parallèlement, elle mène, avec son compagnon de 34 ans, les travaux de restauration du bâtiment qui accueillera la ferme-auberge.

« Cela prend du temps tout en s’occupant des animaux. Mais cela ne m’effraie pas », assure-t-elle. Son compagnon, qui travaille dans la construction, l’aide un peu financièrement en attendant que la ferme soit rentable.

Selon Jacopo Fontaneto, du principal syndicat agricole italien, la Coldiretti, après une période d’abandon des montagnes, « on assiste ces 10-20 dernières années à un beau retour des jeunes ».

Le nombre d’agriculteurs de moins de 35 ans a augmenté de 12% en cinq ans, selon des données de 2019. Un tiers sont des femmes.

Les métiers de la terre sont « une voie du futur pour les jeunes instruits » et non plus une voie de garage pour ceux ayant du mal à l’école, note le syndicat agricole, en soulignant que huit Italiens sur dix seraient ainsi heureux que leur enfant fasse ce métier.

Mais « ce n’est pas facile de faire un tel choix. A 20-30 ans, on pense souvent à autre chose, à s’amuser, à sortir », note M. Fontaneto. La vie dans les alpages notamment est « une vie de sacrifices », assure-t-il, même si on est entouré de « la compagnie la plus belle dont on puisse rêver ».

© AFP

2 commentaires

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    • Méryl Pinque

    Et où finiront ces ânes et ces vaches ?
    A l’abattoir, dans vos assiettes !

    Les animaux se passent des esclavagistes qui les exploitent.

    Ceux qui vont mourir ne vous saluent pas.

    • Méryl Pinque

    En fait la Fondation Good Planet fait la promotion de la viande et du lait (des zoos aussi), donc du meurtre des animaux, du dérèglement climatique et de la pollution de la nature.
    Bravo, continuez comme ça. Surtout, ne changez rien : ce serait dommage d’être cohérent. Dommage de faire montre de compassion envers les animaux. Dommage d’embrasser une éthique digne de ce nom.

    Apprenez que le véganisme est un principe moral de base du moment qu’on désire un monde vivable et juste pour toutes les créatures sentientes.

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