En Patagonie, plus que l’isolement, la peur du désastre économique

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Astrid Perkins marche avec son chien près de maison à Bahia Bustamente, le 30 mars 2020 dans la province de Chubut, en Patagonie argentine © AFP Angeles SORIANO

Buenos Aires (AFP) – Habitués à vivre loin de tout, les habitants de la Patagonie argentine, une des régions les moins peuplées au monde, ne redoutent pas l’isolement entraîné par le confinement obligatoire décrété dans le pays, mais plutôt les effets sur l’économie pétrolière et touristique de la région.

« La ville la plus proche est à 180 km », raconte par téléphone à l’AFP Astrid Perkins, qui vit dans la province de Chubut (sud), avec son mari dans une propriété agricole « totalement autonome ».

Cette ville, c’est Comodoro Rivadavia (230.000 habitants), poumon économique de la province de Chubut, la principale région productrice de pétrole d’Argentine, située à 1.800 km au sud de Buenos Aires.

« Cela fait un peu plus de deux semaines que nous avons interdit l’entrée sur la propriété, nous communiquons avec l’extérieur par radio et grâce au wifi que nous avons quelques heures par jour avec de l’énergie solaire », raconte Astrid.

« Ici la vie continue comme d’habitude, mais nous faisons très attention à faire des réserves d’aliments pour plusieurs mois », ajoute-t-elle, se disant « chanceuse » de vivre « dans un endroit si beau » le confinement total instauré dans le pays depuis le 20 mars pour tenter de freiner l’épidémie de coronavirus.

La maladie avait déjà contaminé mardi 966 personnes et fait 24 morts en Argentine, selon les derniers chiffres officiels.

Ce n’est pas la première fois que le couple se retrouve totalement isolé dans cette province où la densité ne dépasse pas 2,3 habitants au km2. Des pluies diluviennes, en endommageant les routes, les ont déjà coupés du monde ces dernières années.

Astrid n’en est pas moins remplie « d’incertitude, et de beaucoup d’inquiétude » pour l’économie de la région, déjà bien mal en point en raison de la profonde crise économique qui frappe l’Argentine depuis près de deux ans.

« Il y a des élevages de moutons et le marché de la laine s’est effondré, on s’est lancé dans le tourisme, ça ferme », se lamente-t-elle.

« Les problèmes économiques (du pays) sont immenses et voilà que s’y ajoute » la crise sanitaire, regrette-t-elle, alors que l’économie est en récession, avec une explosion de la pauvreté, une monnaie en chute libre et que le pays tente de renégocier une dette abyssale.

Martin Diaz, entrepreneur touristique à El Chaltén, village d’un millier d’habitants dans la province de Santa Cruz (sud-ouest), ne cache pas non plus son pessimisme.

Il possède deux pensions dans cette localité d’où les touristes peuvent partir à la découverte du splendide massif du Fitz Roy (3.500 mètres d’altitude), dans la Cordillère des Andes.

« Tout était réservé et tout a été annulé à cause du virus », se désole-t-il. « Ici, les gens viennent du monde entier, mais cela fait dix jours que je ne vois personne, pas même mon voisin », raconte-t-il.

Il y a une dizaine d’années, Silvia Rojas, 58 ans, native de Buenos Aires a décidé de changer de vie. Avec son mari, elle s’est installée à Mallin Ahogado, une bourgade rurale de 4.000 habitants, dans la province de Rio Negro (sud) où la densité plafonne à 3 habitants/km2.

Pour faire ses courses, Silvia doit se rendre à El Bolson, une ville de 19.000 habitants enclavée dans une vallée de la Cordillère des Andes, à une vingtaine de km.

« Le confinement n’affecte pas notre quotidien. Il n’y a pas de grand changement, nous allons à la ville une fois par semaine pour faire les courses pour nous et nos voisins », raconte-t-elle.

Elle explique d’ailleurs que cette vie loin de tout, où les fortes chutes de neige peuvent parfois isoler totalement la zone, a toujours obligé les habitants de la zone à « s’organiser entre voisins » et que le confinement n’y change rien.

« Nous nous sommes déjà retrouvés sans lumière, sans moyen de communication », relate la quinquagénaire qui explique qu’elle s’est peu à peu habituée à vivre chichement et « à se débrouiller avec les moyens du bord ».

Mais cette fois, c’est un peu « différent émotionnellement », confie-t-elle car elle n’est plus la seule à être isolée : ses trois enfants et sa mère de 90 ans sont à Buenos Aires, à 1.700 km de là, confinés eux aussi.

© AFP

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