Déchets: une mission pour les éboueurs, des consignes pour les consommateurs

centre de tri de déchets recyclables,

Un centre de tri de déchets recyclables, Atrion, à Mornac, en Charente, le 26 février 2020 © AFP/Archives GEORGES GOBET

Le coronavirus et le confinement qu’il impose, c’est un peu moins de déchets à collecter: une rare bonne nouvelle pour les éboueurs, dont certains effectuent leur tournée « la peur au ventre ».

Moins de déchets

La fermeture des commerces, restaurants et établissements recevant du public a réduit les déchets ménagers d’environ 25% en une semaine, indiquent des syndicats intercommunaux et entreprises prestataires.

Avec le confinement des Français chez eux et l’arrêt des marchés, le Syctom, chargé de six millions de Franciliens, anticipe encore du volume en moins, tablant sur des changements alimentaires, peut-être un recul du gaspillage… Mercredi dernier, le tonnage collecté était en baisse de 35% par rapport à un mercredi moyen.

L’activité des grandes entreprises, en contrat d’enlèvement avec des opérateurs privés, est en recul. En revanche, les déchets médicaux sont à la hausse, note Anne le Guennec, directrice générale des activités Déchets de Veolia France, qui sert un tiers des Français.

In fine, « rien d’ingérable. On a adapté quelques tournées seulement car on reste sur un taux d’absentéisme relativement faible: moins de 15% », se félicite le groupe, comme ses concurrents.

Des agents sur le pont

Pourtant la mission des ripeurs n’est pas toujours tranquille, en dépit des applaudissements au passage des camions.

« On assume notre travail malgré ce qui se passe, mais on a la peur au ventre. On fait ça parce que la ville doit rester propre, » explique Saïd, ripeur à Paris, à l’AFPTV.

« Le risque, c’est juste un petit bout de mouchoir, ou un carton. C’est pour ça qu’on sollicite les gens, les riverains, pour qu’ils ne jettent pas les déchets par terre, qu’ils essaient au moins de les mettre dans les containers, au moins ça limitera un peu les risques parce que nous, on ramasse le vrac par terre, » dit-il.

Parmi les précautions prises: un accès à la cabine plus limité et des équipes qui ne se croisent plus.

Dans un contexte de pénurie de masques, le gouvernement a finalement inclus ce secteur parmi les bénéficiaires.

La responsable de Veolia veut rassurer: « On est sur des activités qui déjà en temps normal nécessitent de la protection, des gants, des moyens de désinfection, on a distribué du gel dans les camions… »

« Aujourd’hui le gouvernement et l’OMS le soutiennent: on n’a pas de dispositions supplémentaires à prendre. Après, psychologiquement, on soutient nos collaborateurs », dit Anne Le Guennec. « On demande des masques pour les rassurer, (mais) on ne nous a pas confirmé la nécessité d’en porter ».

Le recyclage au ralenti

Pour rationaliser l’activité et protéger les salariés, les entreprises ont aussi choisi de fermer des centres de tri, dont certains emploient beaucoup de main-d’œuvre. A Paris, quatre sur cinq sont fermés. Comme les 4.000 déchèteries de France.

Parfois des communes ont demandé de suspendre la collecte du tri. Aussi, une grande part des déchets ménagers finissent-ils en incinérateurs.

Ceux-ci ont une grande capacité d’absorption, explique-t-on au Syctom: en année normale, sur 2,3 millions de tonnes de détritus collectés, seules 185.000 tonnes viennent des poubelles jaunes (papiers, emballages), aux contenus volumineux mais légers.

Gants et masques: en sacs!

Face à leurs poubelles, les usagers sont quoi qu’il en soit appelés à ne pas changer leurs habitudes de tri, pour garder les bons réflexes, et aussi éviter que le bac (gris ou vert) des ordures résiduelles déborde.

Autre « geste responsable »: mettre masques, mouchoirs et gants usagés dans un sac plastique dédié, fermé, à garder 24 heures avant de le jeter, a préconisé le ministère de l’Ecologie. Et jamais en bacs jaunes!

Mais l’ONG Robin des bois se préoccupe du retard pris pour communiquer, et du silence du site www.gouvernement.fr/info-coronavirus, qui se contente d’un « utilisez des mouchoirs à usage unique et jetez-les ». « Il y a un recul dans l’information sanitaire », alerte l’association.

Autre consigne, stocker provisoirement les lampes, appareils électriques ou électroniques usagés: leur ramassage en grandes surfaces est restreint, et de nombreux livreurs d’appareils neufs ne sont pas autorisés à reprendre les anciens, pour limiter les contacts.

L’éco-organisme ecosystem appelle à « ne surtout pas les jeter dans les ordures ménagères », et s’alarme d’une recrudescence de ces équipements polluants abandonnés sur les trottoirs.

© AFP

Pour en savoir plus à ce sujet lisez notre interview avec le sociologue Stéphane Le Lay.

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