Coronavirus : l’OMS à nouveau sur la sellette

OMS coronavirus critiques

Dans une rue de Wuhan, épicentre de l'épidémie, le 26 janvier 2020 © AFP/Archives Hector RETAMAL

Genève (AFP) – L’OMS, critiquée dans le passé pour avoir surréagi ou été trop laxiste lors de grandes épidémies, joue-t-elle son avenir dans la bataille contre le coronavirus, alors que certains l’accusent d’avoir tardé à alerter ?

Créée en 1948, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), une des plus puissantes agences de l’ONU avec ses plus de 7.000 employés dans le monde, recommande, avec toute son expertise, mais reste tributaire de la volonté des Etats. Ce qui ne l’empêche pas d’être régulièrement critiquée.

Après la grippe H1N1 de 2009, qui fut moins meurtrière que redoutée, elle avait été accusée d’avoir surréagi sous la pression des laboratoires pharmaceutiques pour déclarer la pandémie, qui avait provoqué la production massive de médicaments.

On lui a ensuite reproché, au moment de la terrible épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest (2013), de ne pas avoir mesuré l’ampleur de la crise dès le début. Une réforme plus tard, l’agence onusienne peut répondre plus rapidement et efficacement aux flambées épidémiques, comme elle le fait actuellement en RDC, confrontée depuis 2018 à une épidémie d’Ebola.

L’arrivée du coronavirus fin décembre en Chine a fait ressurgir les critiques.

Comme en 2013, mais dans une moindre mesure, l’OMS est montrée du doigt pour avoir lancé l’alerte trop tard, tardé à envoyer des experts sur place, tergiversé avant de qualifier la situation de pandémie et échouer à harmoniser la riposte internationale.

Face à la « cacophonie » du Covid-19, « y a-t-il un chef d’orchestre? », demande Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’Université de Genève dans la revue médicale The Lancet.

Alors qu’un consensus international émerge concernant la fermeture des écoles, des magasins et autres activités et sur la mise en quarantaine de villes ou de régions entières, l’OMS ne dit pas précisément quand ces mesures doivent entrer en vigueur dans chaque pays, ni dans quel ordre. « L’OMS reste étonnamment silencieuse (…) sur toutes ces questions pragmatiques », observe M. Flahault.

En attendant, la pandémie s’accélère. Dans un entretien publié à la mi-mars par le magazine Fortune, l’envoyé spécial de l’OMS, David Nabarro, disait s’attendre à « un milliard de cas en juin », au rythme actuel.

L’OMS a déclaré l’urgence internationale fin janvier, mais ce n’est qu’après qu’elle eut qualifié la situation de pandémie, le 11 mars, que la mobilisation planétaire a été lancée.

Le virus SARS-CoV-2 avait toutefois déjà fait son nid en Europe, avec plus de 630 morts en Italie. Il a depuis tué 18.000 dans le monde et plus d’un tiers de l’humanité est confinée, mettant des secteurs économiques entiers quasi à l’arrêt.

Certains jugent que l’OMS a tardé à sonner le tocsin pour ne pas froisser la Chine, toujours plus active au sein des diverses instances onusiennes.

« Bien qu’il soit largement reconnu que la réponse de la Chine ait été à l’opposé de la transparence – le gouvernement sous-estimant le nombre de cas et intimidant les lanceurs d’alerte – le directeur général de l’OMS a applaudi la +transparence+ » de Pékin, explique à l’AFP Joe Amon, professeur en Santé mondiale à l’Université de Drexel.

En agissant ainsi, « l’OMS a donné le signal que l’épidémie n’était peut-être pas aussi grave », estime-t-il.

D’autres, comme l’ONG Human Rights Watch, ont estimé que l’influence de Pékin a conduit l’OMS à largement ignorer les conséquences en matière de droits humains des mesures drastiques prises par la Chine.

A Genève, le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a balayé toutes ces critiques, assurant qu’il « ne considère rien de ce qui vient des Etats membres comme une pression ».

« S’aliéner la Chine dès le début en soulignant des failles aurait été une erreur », décrypte Ann Lindstrand, spécialiste de la vaccination à l’OMS, interrogée par l’AFP.

Plusieurs experts jugent aussi que c’est la Chine qui aurait dû alerter plus tôt l’OMS, au moment des premiers cas en novembre, et non fin décembre. « Si nous avions su à ce moment-là que quelque chose passait, cela aurait pu faire une énorme différence », pointe Roland Kao, épidémiologiste à l’Université d’Edimbourg.

Mais surtout, « l’OMS ne peut pas obliger les gouvernements à suivre ses recommandations, car les gouvernements ne lui ont pas donné ce type d’autorité », note Suerie Moon, codirectrice du Centre de santé globale à l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève.

Et si l’OMS ne donne pas publiquement de conseils particuliers aux Etats, son directeur général, médecin spécialiste du paludisme et ancien ministre de la Santé et des Affaires étrangères de son pays, l’Ethiopie, s’entretient très régulièrement avec les chefs d’Etat et de gouvernement.

D’ailleurs, soulève Devi Sridhar, professeur en Santé publique mondiale à l’Université d’Edimbourg, ceux qui ont suivi les conseils de l’OMS, à savoir tester les cas suspects et suivre leurs contacts, « s’en sortent mieux, comme la Corée du Sud ».

Comme le résume Mme Moon, le chef de l’OMS et son agence « travaillent dur pour diriger l’orchestre, mais ce sont en fait les musiciens qui ne suivent pas ».

© AFP

2 commentaires

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    • Méryl Pinque

    L’OMS est coupable comme la majorité des hommes et femmes politiques de la planète de taire les causes de l’apparition de virus potentiellement mortels comme le Covid-19 : l’élevage et la consommation de chair animale par les humains.
    On ne traite pas une maladie sans en traiter d’abord les causes.
    La survie de l’humanité exige que la Chine mette fin DEFINITIVEMENT (et non pas seulement temporairement comme elle le fait à chaque épidémie) aux marchés « humides » (« wet markets »), c’est-à-dire à la vente et à la consommation de la faune sauvage dans ses frontières. L’ensemble de l’Asie et de l’Afrique doivent mettre fin à ces pratiques, aussi ignobles pour les animaux victimes que potentiellement mortelles pour notre propre espèce.
    Le futur sera végan ou ne sera pas. A tout point de vue.

    • Maitei

    BELLE PLANÈTE – Votre manière de vous positionner est parfois vraiment inquiétante!!!

    C’est le moment de DÉCIDER entre tous, comment se construit une société humaine, un système de SANTÉ qui fait tout pour assurer la sauvegarde et l’accompagnement des populations et non pas l’analyse de numéros ou des stratégies souterraines « inhumaines », basées sur le profit, le racisme et la défense des intérs des plus riches – pour eux les morts ne sont que des effets colatéraux et parfois même des solutions.

    Cette sainte confiance dans les institutions est préocupante et pourtant les témoignages se multiplient – l’OMS, fait partie de ce système planétaire qui défend le progrès, MÉLANGE TOUT et nous menace à tous:
    – SANTÉ inégalités systémiques, conflits d’intérets, vaccination à outrance, etc.
    – ARMEMENT recherche sur les armes chimiques / virus etc.
    – ALIMENTATION recherche sur la MODIFICACIÓN des espèces OGM dans l’alimentation…

    Si vous dîtes qu’un autre monde est possible, prenez parti, arrètez de mélangez tout, aidez-nous à faire la différence – les témoignages des médecins, infermières engagés disent tous qu’ils sont scandalisés par ce que les états continuent d’appeler « SYSTÈME de SANTÉ » – les médecins ne peuvent même pas protéger leurs patients, les travailleurs continuent d’être exposés, nos aieux sont condamnés à mort, les réfugiés aussi… tout cela parce que les « grands » jouent ave le feu.

    La très SAINTE france, est sans doute le 1er producteur d’armements dans le monde par tête de pipe – ne sommes nous pas capables de nous reconvertir en une semaine à la productio de masques, de respirateurs…????

    En espérant que cet excés de franchise vous réveille…

Seule indigène du tribunal de paix, elle croit au dialogue pour réconcilier la Colombie

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