Dix ans après Xynthia: le village de Charron toujours pas au sec

Charron

Le village de Charron est dévasté après le passage de la tempête Xynthia le 3 mars 2010 © AFP/Archives PIERRE ANDRIEU

Protéger Charron de l’océan était un chantier prioritaire après le passage de Xynthia. Pourtant, dix ans plus tard, à peine la moitié du projet a été réalisé pour garder au sec ce village de Charente-Maritime où une grand-mère et ses deux petits-enfants ont péri noyés dans la nuit du 27 au 28 février 2010.

Depuis, 180 maisons ont été rasées, près de 500 habitants sont partis et ce village proche de la Vendée essaie de se relever : trois nouveaux lotissements apparaissent sur la partie haute des terres, soit 160 maisons abritant environ 400 personnes, d’anciens Charronais, des nouveaux.

Mais le maire Jérémie Boisseau s’impatiente. Voilà dix ans qu’il se démène pour que le Plan d’action et de prévention des inondations (PAPI) soit réalisé.

Le projet était pourtant simple : deux rangées de digues de terre compactée, longues de plusieurs km et hautes de 1,5 à 2,5 mètres, devaient empêcher l’eau d’atteindre le village en la bloquant sur trois côtés dans une zone de marais humide qui ferait office de champ d’expansion.

Aujourd’hui, seule la moitié est réalisée. A l’ouest et au sud du village, le système défensif sera bientôt achevé mais au nord, le long de la Sèvre niortaise, tout est à l’arrêt.

« On n’a pas de solution politique », souffle Jérémie Boisseau, « On a un problème d’autorité sur ce projet », renchérit Lionel Quillet, le « Monsieur digues » du Conseil départemental, maître d’ouvrage et cofinanceur des défenses littorales avec l’Europe, l’Etat et les communautés de communes.

« Enfer administratif »

Car de l’autre côté de la Sèvre niortaise, c’est la Vendée et ce n’est plus la Nouvelle-Aquitaine mais les Pays de la Loire. De quoi sérieusement compliquer les prises de décision.

Le maire de Charron redoute que le gouvernement ait baissé les bras face à l’invasion des eaux, à preuve les récents propos de la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne tenant pour acquis que, « en Vendée ou dans la Somme, le littoral recule de 0,5 à 1,5 mètre par an ».

« On entend déjà qu’il faudra peut-être accepter d’être inondé de temps en temps », regrette-t-il.

Malgré les difficultés, le département continue de protéger 225 km de côtes sur un total de 463 km, sans créer de nouvelles digues.

« On restructure l’existant pour qu’il supporte un phénomène météorologique de type Xynthia + 20 cm correspondant à l’ampleur de la tempête et de la montée du niveau des océans, explique Monsieur digues. En gros de 2010 à 2030 on aura refait ce qui a été fait depuis le XIIIe siècle au coût de l’euro actuel, soit à peu près 320 millions d’euros. Aujourd’hui on a réalisé environ 60% des programmes ».

Mais la réglementation environnementale toujours plus exigeante corse les choses. « Les PAPI de troisième génération sont toujours plus exigeants. Le PAPI 3 de l’île de Ré, ça fait quatre ans que je suis dessus. C’est un enfer administratif et de négociations », soupire Lionel Quillet, également président de la Communauté de communes de l’île de Ré.

Et « plus on s’éloigne de l’événement, plus on sent que les financements commencent à tirer, témoigne l’élu rétais. Jusqu’à présent l’Etat finançait les travaux à 40%. On nous a fait comprendre récemment que ce serait 40%, mais des fois 30% ou 20% et que ça serait en fonction des projets ».

Aujourd’hui, dit-il, « il faut arrêter de monter des digues, c’est les maisons qu’il va falloir monter, sur pilotis, flottantes ou que sais-je. L’architecture devrait être imposée depuis dix ans déjà. Il faut arrêter de vivre contre le risque, il faut vivre avec ».

Le professeur d’université Eric Chaumillon, responsable de l’Observatoire du Littoral et de l’Environnement de La Rochelle, pense aussi « qu’on ne pourra pas défendre toute la côte. On a fait une étude sur 10 kilomètres en Charente-Maritime. 50% de cette longueur est sous le niveau de la mer à chaque gros coefficient de marée. Si le réchauffement climatique continue, on en aura plus encore ».

© AFP

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