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Salvador: des ex-guérilleros protègent la forêt qui leur avait donné refuge

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Des touristes visitent un parc écologique dans la forêt de Cinquera, le 14 janvier 2020 au Salvador © AFP MARVIN RECINOS

Une forêt qui a servi de refuge à la guérilla durant la sanglante guerre civile au Salvador est aujourd’hui au centre d’un projet éco-touristique monté par d’anciens guérilleros qui ont dû « réinventer » leur vie lors de la signature des accords de paix le 16 janvier 1992, après 12 années de combats.

Les 5.000 hectares de la forêt de Cinquera, située à 70 km au nord-est de San Salvador, comptent plus de 500 essences d’arbres et d’arbustes ainsi qu’une rivière alimentant des étangs et des chutes d’eau.

« Lorsque la guerre a pris fin, nous nous sommes dit: si la forêt nous a sauvé la vie, maintenant c’est à nous de la protéger », explique Rafael Hernandez, un ancien membre de la guérilla marxiste du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN), âgé aujourd’hui de 57 ans.

Montrant les cicatrices de ses blessures reçues durant les combats acharnés dans la forêt, Rafael Hernandez estime que sa survie tient du « miracle ». Blessé une première fois en 1988, il a subi quelques mois après 29 blessures lors de l’explosion d’une mine, se souvient-il.

Après avoir travaillé 18 ans comme garde-forestier, il a été contraint à prendre sa retraite à cause des séquelles de ses blessures. A présent guide touristique dans la forêt, il vit des pourboires que les touristes veulent bien lui donner.

Les combats terminés, la forêt est devenue le centre d’un projet touristique destiné à générer quelques ressources pour les vétérans de la guerre civile et pour les jeunes dans cette région très pauvre, explique le président de l’Association municipale de reconstruction et développement (ARDM), M. Ivan Hernandez.

Outre la forêt, l’ARDM gère un gîte, une ferme dédiée à l’élevage d’iguanes, ainsi qu’un musée visité chaque année par 24.000 touristes.

Queue d’un hélicoptère

Les vestiges de la guerre marquent le paysage de la localité et sont devenus des attractions touristiques.

Deux énormes bombes trônent en face de l’église du village d’environ 1.900 habitants survivant essentiellement grâce à leurs cultures de maïs et de haricots.

Des fusils M-16, AR-15 et Ak-47 servent aussi d’ornement à la grille d’une place voisine, où la queue d’un hélicoptère de l’armée, abattu par la guérilla en 1991, témoigne de la violence des combats à Cinquera.

Les vétérans –de l’armée comme de la guérilla– reçoivent à partir de l’âge de 55 ans une pension mensuelle de 100 dollars, selon l’ancien commandant de la guérilla Roberto Cañas.

Après la signature des accords de paix mettant fin à la guerre civile qui a fait plus de 75.000 morts et 7.000 disparus, ce sont 7.900 guérilleros du FMLN qui ont déposé les armes. De même, les effectifs de l’armée sont passés de 63.000 à moins de 30.000.

« Après presque trois décennies (de paix), nous voyons qu’il y a eu peu de changement du point de vue social et que les anciens combattants sont toujours dans la misère », se lamente Roberto Cañas.

Selon les statistiques officielles, près de 30% des 6,7 millions de Salvadoriens vivent sous le seuil de pauvreté.

Le maire de Cinquera, Panteleon Noyola, est lui-même un ancien guérillero du FMLN qui avait rejoint les rebelles à l’âge de 13 ans. Après avoir été blessé lors d’un accrochage avec l’armée en 1987, il a été soigné à Cuba, où il appris à lire.

« Grâce aux efforts de tous », le village a réussi à échapper à la profonde misère et à tenir à l’écart les bandes criminelles qui terrorisent le pays, se félicite l’édile.

« Ce que nous avons de mieux, c’est la sécurité: c’est un village exempt de violence », se réjouit-il.

© AFP

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