Incendies en Australie, suivez la situation

« Le bilan du plan Ecophyto s’avère catastrophique », François Veillerette de Générations Futures

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Épandage de pesticides à Fromelles près de Lille. Les ventes de produits phytosanitaires ont progressé en une décennie en France. DENIS CHARLET / AFP

Malgré la volonté affichée par les autorités depuis une décennie avec notamment le plan Ecophyto, la consommation de pesticides augmente en France. Le ministère de l’Agriculture vient d’annoncer que leurs ventes ont progressé de 24 % entre 2017 et 2018. Spécialiste de la santé et de l’environnement, François Veillerette, Directeur de l’association Générations Futures revient sur ce sujet dans cet entretien.

Cette augmentation de 24 % des ventes entre 2017 et 2018 montre l’échec de ce plan, qui visait à réduire l’usage des produits phytosanitaires dans notre pays

Quelle est votre réaction suite à l’annonce de la hausse des ventes de pesticides en France en 2018 ?

Le bilan du plan Ecophyto s’avère catastrophique puisque nous avons une augmentation de 24 % des ventes de pesticides, selon l’indicateur de référence. Cette augmentation de 24 % des ventes entre 2017 et 2018 montre l’échec de ce plan, qui visait à réduire l’usage des produits phytosanitaires dans notre pays, et la nécessité de changer radicalement de politique sur ce sujet.

Comment expliquez-vous cette augmentation des ventes ?

Plusieurs facteurs entrent en cause. Les pratiques agricoles ne s’améliorent pas. En effet, entre le début du plan Ecophyto en 2008-2009 et 2016, il y a eu une augmentation de 12 % des ventes. Cela montre que nous allons dans le mauvais sens. De plus, cela s’explique aussi en partie par une météo un peu moins bonne et la constitution de stocks par les agriculteurs voulant devancer une augmentation de la redevance sur les pesticides.

Plutôt que de subventionner à l’hectare, il faut prendre en compte la réduction des pesticides

Pensez-vous que pour 2019, les chiffres seront publiés en mai 2020, la tendance s’améliorera ?

Nous espérons assister à une baisse durable et régulière des pesticides. Mais, je ne vois pas comment après plusieurs années d’augmentation la tendance peut s’inverser en gardant la même politique. Bien sûr, l’effort est là, mais il ne suffit visiblement pas. Nous demandons donc au ministre de changer profondément la politique agricole.  Il peut inciter les agriculteurs à utiliser des systèmes de production moins gourmands en intrants et même de contraindre ceux qui ne veulent pas le faire par un système de bonus-malus. La Politique Agricole Commune (PAC) doit être revue au niveau européen afin que les paiements de subvention soient effectués sur la base d’un respect de critères environnementaux forts. Plutôt que de subventionner à l’hectare, il faut prendre en compte les systèmes de production choisis et la réduction des pesticides.

Finalement, à la vue des résultats, il est légitime de se demander à quoi sert le plan Ecophyto et l’argent public dépensé dedans ?

Tout à fait. D’ailleurs, la ministre de la Transition écologique et solidaire Élisabeth Borne s’est posée la question à haute voix lors de la présentation des résultats hier. Il y a eu 700 millions d’euros investis par son ministère depuis le début du plan pour aboutir à une augmentation considérable de l’usage des pesticides et non pas à leur diminution. C’est contreproductif. Pour des raisons d’efficacité de la dépense publique, les mesures prises sont à revoir. Si les mesures basées sur l’engagement volontaire des producteurs ne suffissent pas pour réduire le recours aux pesticides, elles doivent être abandonnées. Si cette politique ne marche pas depuis 10 ans, il faut en changer pour aller vers un certain niveau de contraintes avec des objectifs par région et par culture. En établissant des objectifs décroissants sur 5 ou 10 ans, il est possible d’envisager des bonus pour ceux qui font mieux que les objectifs nationaux et des malus pour les autres.

Depuis des mois, la distance d’épandage est en débat, ces chiffres ne devraient ils pas inciter les autorités à être plus exigeants ?

Oui. Le gouvernement a pris fin 2019 un décret fixant les distances d’épandage par rapport aux habitations. Elles sont largement insuffisantes. L’épandage doit se faire à 20 mètres exceptionnellement pour certains produits très dangereux. Et, le reste du temps, cette distance est fixée à 5 mètres avec certaines dérogations à 3 mètres. Notre association Générations Futures et d’autres vont attaquer ces distances en justice dans les semaines à venir pour essayer d’obtenir mieux afin de vraiment protéger les riverains.

Attaquer ces distances en justice dans les semaines à venir pour essayer d’obtenir mieux afin de vraiment protéger les riverains

Avez-vous un dernier mot ?

Je fais partie de ceux qui ont lancé le plan Écophyto en 2007-2008 avec des professionnels, des chercheurs de l’INRA et d’autres à la suite au Grenelle de l’environnement. Nous sommes désolés de constater que ce plan est un échec total. Nous ne nous résignons pas. Nous appelons le gouvernement à avoir une réaction forte. Il n’est pas possible de continuer comme avant avec un résultat aussi catastrophique.  Il faut changer pour des mesures beaucoup plus radicales, fortes et contraignantes.

Propos recueillis par Julien Leprovost

14 commentaires

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    • Dany

    La volonté réelle du gouvernement n’est pas zéro pesticides mais se rapproche bien plus du zéro contrariété pour les chimistes de l’agriculture.
    39 pesticides interdits, c’est permettre l’empoisonnement avec toute la nuée d’autres pesticides pas moins dangereux.
    Idem avec la suppression du plastique jetable remise a 2040, autant dire lorsqu’il sera trop tard.

    • Maitei

    Vivant en Argentine, je suis fortement « surpris et préocupé » du ton du débat général – tout et très courtois, c’est un 1er pas fantastique pour éviter le conflit ouvert – mais ATTENTION on ne parle presque plus du DRAME qui se joue, dans les familles victimes de ces pesticides et pas seulement au niveau santé, mais aussi dans leur économie, leurs valeurs, leur enthousiasme… nous sommes en train de détruire les écosystèmes de manière systématique: en Australie 24 morts et 500.000 animaux morts, nous sommes dans la démesure, le chaos, nous perdons notre sensibilité.

    Formuler de vraies QUESTIONS, pour nous et les générations futures, c’est regader l’extérieur, ouvrir les yeux.

    • DERHAY

    Bonsoir Pourquoi Ils Sont Encore Dans Le Commerce Si Ils veulent diminuer leurs utilisations des pesticides..
    Encore de belle parole pour nous endormir

    • Francis

    Une mauvaise météo au printemps et des achats anticipés pour faire des stocks avant de nouvelles taxes suffisent largement pour expliquer cette apparente hausse d’utilisation de pesticides.
    Les générations futures verront revenir la faim et les intoxications alimentaires dues aux mycotoxines naturelles.

      • Francis

      L’ergot revient dans le blé à cause de l’interdiction de son traitement de semences efficace. Or ce champignon hallucinogène est à l’origine de l’affaire des sorcières de Loudun et de l’affaire des sorcières de Salem au XVIIème siècle.

    • lienard

    Pas spécialiste, mais mon sentiment, certainement très contestable, est qu’il faudrait déjà protéger nos agriculteurs, éleveurs de la concurrence déloyale provenant des importations hors France pour des produits traités ou modifiés- exemple du soja transgénique – ensuite on pourrait développer du « bio » integrale, si on attend les autres on y arrivera jamais.
    ….. dans nos campagnes, plus d’insecte, plus d’oiseau, on continue d’abattre des haies, la nouvelle mode de la continuité écologique ce sera aussi plus d’eau l’été…..
    ……quand a la qualité des eaux on en parle pas trop…. ni de la pollution en général.
    C’est à chaque citoyen de choisir un comportement plus écolo. d’abord

      • SCANGA André

      – J’approuve le commentaire de lienard ! Continuons ensemble à alerter les populations et autres sur les dangers actuels et à venir. Menons de fortes actions chaque fois que cela est possible.

      • sophie

      Vous avez bien raison.

      Il ne suffit pas de conspuer les élus comme s’il suffisait d’ interdire les pesticides et passer au bio ( ce sont déjà en soit des années de travail et d’ investissement) que nous peinons d ‘ autant plus à faire que les concitoyens sont arc boutés sur leur petits problèmes de retraite, pouvoir d ‘ achat et autres égoïsme bien français.

      Sans prendre en compte la difficulté de la mondialisation qui met en concurrence les produits les moins chers avec les plus chers, on néglige ( volontairement ) la difficulté de ce défi.

      L Avec une population responsable et altruiste, on accepterait de consommer moins et mieux donc l’ avènement du bio, du plus végétal , d’ une forme de sobriété heureuse, se développerait en douceur.
      Hélas… on est loin d’ avoir cette mentalité piisqu’ on passe son temps à accuser les autres de nos  » malheurs »

    • Bouguennec line

    Je recherche la pétition pour La Défense des abeilles
    Merci pour tout ce que vous faiteS

    • SCANGA André

    – Je suis un retraité de presque 73 ans, non agriculteur, non spécialiste des produits chimiques en général, des pesticides en particulier, donc aucun intérêt en ce domaine. Cependant, je suis quelqu’un qui respire avec le même air que tous les humains en ce monde, qui se nourrit avec les fruits et légumes produits par les agriculteurs, de France comme en d’autres contrées. Je suis concerné au même titre que bien d’autres êtres vivants. Mais que peut un individu ou un groupe isolé face aux puissances politiques, industrielles, économiques, la question est posée. Des initiatives à vaste échelle doivent être mises en oeuvre. Facile à dire, plus difficile à mettre en mouvement, mais pas impossible. Bonne Année 2020 ……………

      • sophie

      Les initiatives locales sont tout aussi importantes et efficaces ( effet boule de neige)
      Tout attendre des autres, et des politiques en particulier est à mon avis une erreur

    • MALLET

    Je comprend que beaucoup de personnes ne veulent plus de pesticides, mais il faut tout de même revenir à la réalité. Les cultures attaquées par la maladie il faut tout de même les traiter sinon ont perd la récolte sans rentrer dans le système stérile de la surproduction. On veut obliger et taxer les agriculteurs qui ne veulent pas plier à cette dictature du zéro pesticide, mais c est révoltant on veut quoi au juste. Détruire l agriculture française et nous achèterons des produits étrangers sur traite. Par qui sont payés les personnes qui nous pousse dans cet voie. Vous voulez qu’ on ne traite plus les récoltes et bien appliquez vous cette méthode et ne vous soignez plus. Le résultat sera le même

    • Annabelle

    Merci pour ce commentaire. Effectivement cela doit être fait en collaboration avec les agriculteurs. Est ce qu’une transition accompagnée par l’état vers des méthodes naturelles vous paraît une option possible?
    Je ne pense pas qu’il faille taxer les agriculteurs et mettre des politiques contraignantes mais plutot montrer les bénéfice de réduire les pesticides.

    • JM-Leluc

    On ne peut pas imaginer une Médecine sans médicaments comme on ne peut pas également imaginer une Agriculture sans produits de protection des plantes.
    Même l’agriculture biologique ne peut raisonnablement s’en passer.
    Il semblerait donc que, dans le cas présent de cet article et d’autres communications, les indicateurs d’amélioration des pratiques devraient être examinés avec plus d’objectivité et de réalisme.