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Vive la pollution

 La journée de circulation alternée de lundi ne sera pas reconduite – pour l’instant.  Mais si la situation en termes de pollution atmosphérique s’est améliorée, c’est d’avantage parce que les conditions météorolgiques ont changé que par les mérites des différentes initiatives publiques.  Car cette journée de circulation alternée -un dernier recours- est une mesure bien imparfaite.  Tout d’abord, parce que différencier les voitures simplement sur leur plaque d’immatriculation est faussement égalitaire. Des 4×4 diesel aux plaques impaires ont pu circuler tandis que de petites voitures à essence beaucoup plus propres était interdites (tout comme les camions électriques d’un pionnier de la livraison écolo, la société Deret, partenaire de la fondation GoodPlanet). L’idée était sans doute de ne pas défavoriser des ménages les plus pauvres qui roulent avec des voitures plus anciennes et plus polluantes. Mais c’est surtout les couples avec deux voitures qui ont tiré leur épingle du jeu. Le pire fut sans doute pour celles et ceux qui ont pris l’initiative d’organiser un covoiturage et qui, une fois leur covoiturés déposés, se sont sont faits verbaliser car ils étaient seuls dans leur voiture. Espérons que cela ne les dégoûtera pas, car le covoiturage reste l’un des meilleurs moyens à notre disposition pour diminuer la pollution automobile…

Si la situation était moins préoccupante, il serait donc tentant de rire des couacs de cette journée plus symbolique qu’efficace. Mais on peut au moins s’étonner de l’apparente impréparation des autorités, qui pendant plusieurs jours se sont contentées d’inviter les Parisiens à rester chez eux et à éviter tout effort physique. Car la pollution de l’air n’a rien d’un phénomène nouveau, en Ile-de-France ou ailleurs. Tout au contraire. Les écologistes de tous bords ont – de longue date – alerté sur les dangers du phénomène et proposé des moyens d’y faire face. Sans être très écoutés jusqu’à présent. (Signalons au passage les efforts de nos amis de l’association Respire).

Le pic de pollution de la semaine dernière à changé la donne et a soudainement envahi le débat public. Il a même donné un ton étonnant à cette -presque- fin de campagne municipale, en tout cas en région parisienne. Les échanges qui n’avaient jamais été très cordiaux sont devenus agressifs. Anne Hidalgo a attaqué son allié mais concurrent au premier tour Christophe Najdovski (EELV), en lui reprochant d’être responsable de l’achat de bus diesel. Cela au grand plaisir de Nathalie Kosciusko-Morizet qui a beau jeu de dénoncer l’agitation fébrile qui divise PS et Verts.

On verra si la pollution aura un impact sur les scores électoraux (la fondation GoodPlanet est apolitique). Reste qu’enfin on parle d’écologie dans cette campagne. Et chacun rivalise désormais d’annonces ou de promesses. Tout le monde se défausse de ses responsabilités et chacun prétend avoir la meilleure solution tout en se moquant de celles des autres. La droite oublie qu’elle a freiné des quatre fers les premières mesures de Bertrand Delanoë (et, à l’époque, Denis Baupin) sur les couloirs de bus ou les velib. Anne Hidalgo moque les ZAPA de NKM alors que -même si le nom est mal choisi-, des zones où la circulation serait interdite aux poids lourds et aux car de tourisme les plus polluants ne semble pas une mauvaise idée (elle est appliquée dans d’autres pays). Les Verts ont plein de solutions qu’ils n’ont pas appliquées. Il ne reste que le candidat du Front National pour affirmer que ces mesures de circulation alternée l’“emmerdent” et annoncer qu’il veut mettre fin à « douze ans de dictature anti-voiture »…

Quelle douce musique aux oreilles de celles et ceux qui, depuis des années, mettent en garde contre le problème… Encore un petit efforts mesdames et messieurs les politiques, et bientôt, vous allez à nouveau défendre l’écotaxe, voire le bio dans les cantines et un programme ambitieux pour diminuer nos émissions de gaz à effet de serre.  Malheureusement, il aura fallu attendre pour cela un pic majeur de pollution. Et ce n’est pas une abstraction. On parle d’une perte de 6 mois de vie par personne, en moyenne pour la pollution de base, tout au long de l’année. Combien pour ce pic ? Combien faudra-t-il de vies humaines perdues ou abîmées pour que la question de l’environnement soit enfin prise au sérieux ?

En matière de pollution de l’air, il existe un terrible précédent. En 1952, un épisode métrologique similaire à celui que Paris vient de connaître plongea la ville de Londres dans un terrible nuage de saleté, appelé le “grand smog”. Le phénomène dura 5 jours et causa officiellement plus de 4000 morts – probablement trois fois plus. Cette pollution catastrophique suscita une réaction forte de la société britannique, qui vota rapidement les premières lois sur l’air. Des lois dont s’inspirèrent les Américains vingt and plus tard, en 1970 (Clean Air Act) et les legislateurs français, encore vingt ans plus tard, avec la Loi sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’Energie (LAURE), en décembre 1996.

Il faut trop souvent attendre une catastrophe ou une mauvaise nouvelle pour que les sujets écolo se hissent en tête des préoccupations des citoyens, des médias et des politiques -ce que Serge Latouche appelle la vertu pédagogique des catastrophes. Pour la pollution atmosphérique – dont les conséquences néfastes sur la santé sont bien connues même si elles restent difficiles à mesurer- combien faudra-t-il de morts pour qu’on prenne enfin le sujet au sérieux ?
Olivier Blond

3 commentaires

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    • Mireille Pélissier

    Bravo pour cet article édifiant !
    Tous les gouvernements devraient interdire et préparer les habitants des villes et zones qui ont une grande pollution à ne pas circuler en ville et à laisser leur véhicule à l’extérieur et une navette à l’énergie propre les amènerait à proximité de leur lieu de travail, le soir la navette les ramènerait….
    Je que peu de villes ont essayé cela et pas la capitale, c’est effarant !!!!!

    • Stéphane LAGASSE

    J’ai une proposition disponible en pdf « Mobilité et responsabilité » que je propose aux élus et organismes concernés depuis une douzaine d’années. Elle a enthousiasmé trois politiciens en Belgique, puis plus rien. Le dernier m’a fait rencontrer « Le » spécialiste des assurances qui n’a pas contesté sa faisabilité et sa pertinence. Puis re plus rien… La dernière fois que je l’ai rencontrer, il m’a dit: « je ne peux rien contre les lobbies. »
    Puis-je vous l’envoyer?

    Merci pour ce site bien fait et sans pub (le prix pour être soutenu par la BNP?).

    • Likambe

    C’est encourageant d’avoir de tels articles surtout chez les pays sous développés.