Pollution de l’air : l’asphyxie gagne les pays émergents

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Mexico, sous un nuage de pollution - Mexique © Yann Arthus-Bertrand

Bien que la qualité de l’air se soit améliorée ces trente dernières années – essentiellement dans les pays industrialisés – la pollution atmosphérique tue encore près de 2,4 millions de personnes dans le monde. Dans les villes occidentales, le grand responsable est la voiture. Dans les pays pauvres, c’est plutôt la pollution de l’air intérieur – associée à des modes de cuisson vétustes. Les pays riches ne sont cependant pas épargnés, en raison de l’utilisation croissante des produits chimiques à domicile.

2,4 millions de morts par an à cause de la pollution de l’air

La pollution atmosphérique est responsable, selon l’OMS, de la mort de 2,4 millions de personnes dans le monde. (1) En France, les 11 millions de tonnes de polluants émis chaque année dans l’atmosphère sont responsables de 30 000 décès anticipés. (2) (3) En moyenne, ces polluants représentent une diminution de l’espérance de vie d’environ une année par personne. Ils causent des troubles cardiaques, respiratoires ou reproductifs. Ils favorisent également les maladies allergiques respiratoires (asthme) dont la prévalence a doublé en 20 ans.

Deux mondes

Dans les pays industrialisés, les émissions des principaux polluants ont fortement diminué sous le double effet d’une désindustrialisation et d’une réglementation plus stricte. (4) Depuis les années 1980, les rejets de dioxyde de soufre (SO2) ont baissé de 85%. Depuis les années 1990, les émissions de plomb ont chuté de plus de 96%, grâce à l’introduction d’essence sans plomb.

Dans les pays émergents, la situation évolue plutôt dans un sens opposé. La Chine est ainsi devenue le premier pollueur mondial, en grande partie à cause de ses centrales électriques alimentées au charbon.

Pollution de l’air intérieur : 1,6 million de morts par an

On associe souvent la pollution de l’air avec de lourds nuages au-dessus des villes. Mais aujourd’hui, c’est la pollution de l’air à l’intérieur des bâtiments qui est responsable de la majorité des décès. Elle tue 1,6 million de personnes chaque année dans le monde -soit 5 fois plus que la pollution extérieure. (5) Un fait dont on n’a pris conscience que récemment.

La principale source de cette pollution provient de la cuisson des aliments. En effet, dans les pays en développement, les combustibles (bois ou feuilles, charbon, bouses de vache…), utilisés pour la cuisson dans des foyers sans cheminée, émettent des particules, du monoxyde de carbone, du nitrogène, du dioxyde de soufre, etc. (6) Ils favorisent les infections respiratoires et pulmonaires, les maladies des yeux, les cancers du poumon et de nombreux autres troubles. (7)

Dans l’Union européenne, la pollution de l’air intérieur s’est amplifiée ces dernières années en raison de l’utilisation croissante de matériaux synthétiques et de produits chimiques à usage domestique. Les composés organiques volatils (COV), dont la toxicité peut être très importante, sont présents dans les vernis, colles, pesticides, bois agglomérés et contreplaqués ou produits ménagers. L’air confiné du réseau du métro n’est pas non plus épargné : un rapport publié par la Régie autonome des transports parisiens (RATP), en juin 2007, révèle en effet la présence de particules fines dans des concentrations plus de dix fois supérieures aux normes européennes (8) [Débat].

Les premières règlementations

Le 4 décembre 1952, un anticyclone s’installe près de Londres et bloque l’air au-dessus de la ville. Un brouillard épais commence à se former. Le « Grand smog de Londres », composé de particules de fumées (« smoke ») issues des cheminées industrielles mélangées au brouillard (« fog ») dure cinq jours et cause près de 4000 décès, en raison notamment de niveaux de dioxyde de soufre élevés. (9) En réponse à cet évènement, le gouvernement britannique adopte en 1956 une première loi antipollution, le Clean Air Act. Quinze ans plus tard, en 1970, les Etats-Unis adoptent à leur tour un Clean air act, une loi fédérale qui présente, pour l’époque, de grosses avancées en matière de réduction de la pollution de l’air – elle sera fortement assouplie sous l’administration de George W. Bush. En France, la Loi sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’Energie (LAURE) ne date que de décembre 1996.

Pluies acides

Les pluies acides ont commencé à éveiller l’attention du public dans les années 70. Elles correspondent à des précipitations polluées, principalement par le dioxyde de soufre et les oxydes d’azotes. Ces gaz sont produits par l’industrie et les transports ; ils peuvent circuler avec les vents et menacer les zones naturelles même éloignées. Leur forte acidité, qui peut atteindre celle du vinaigre, menace les sols et a été accusée du dépérissement des forêts d’Europe de l’Est ou du Canada. Elle est également associée à une acidification des lacs du nord de l’Europe, ce qui menace la biodiversité qui les habite.

Là encore, il a fallu une crise importante pour qu’une réponse apparaisse : La Convention sur la pollution atmosphérique transfrontière à longue distance est signée en 1979 et étendue plusieurs fois. Aux USA, un marché de droits d’émissions des gaz soufrés est mis en place ; il préfigure celui créé récemment pour les gaz à effets de serre. Mais si les problèmes des pluies acides s’amoindrissent en Occident, ils sont désormais plus importants en Asie, et en particulier en Chine. (10)

Dans les pays industrialisés – mais aussi de plus en plus dans les grandes villes des pays en développement – les émissions d’origine industrielle ont fait place à celles issues de la croissance du trafic automobile : le monoxyde d’azote (NO), le dioxyde d’azote (NO2), le monoxyde de carbone (CO) et les particules fines – la poussière produite notamment par les moteurs diesel. En France, l’Afsset estime qu’entre 6 450 et 9 500 personnes sont mortes prématurément en 2002 à cause de la pollution liée à ces particules, soit davantage que les accidentés de la route. (11) Quant à l’ozone (O3), produit dans les grandes villes lors de fortes chaleurs, notamment à partir des oxydes d’azote des véhicules, il voit son niveau augmenter dans l’hémisphère nord. (12)

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