Affaire Findus : qui veut vraiment la transparence ?

L’opacité qui règne dans le domaine de l’élevage tient aussi au tabou sur les conditions d’élevage et d’abattage. Pour améliorer la traçabilité des produits et éviter d’autres affaires Findus, il faut que l’Etat, les agriculteurs et les citoyens acceptent aussi de lever le voile sur ces conditions.

Il est fort probable que l’affaire Findus n’en soit qu’à ses débuts.

Alors qu’elle a commencé quand les autorités irlandaises ont découvert de la viande de cheval dans des lasagnes au bœuf, elle s’est déplacée vers la France quand Findus (groupe britannique) a demandé des comptes à son fournisseur Comigel (groupe français, mais usine au Luxembourg), qui s’est retourné vers son fournisseur Spanghero (lui aussi basé en France) , qui à son tour s’est adressé à son fournisseur roumain… Il semblerait que la viande ait été achetée via des traders chypriotes et hollandais,… Bref, mais ce ne sera pas une surprise pour tout le monde, le commerce de la viande est largement internationalisé. On est loin des exploitations familiales d’antan.

Le problème est donc européen, et il ne concerne pas seulement Findus. Car la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) aurait découvert de la viande de cheval dans d’autres produits, et plusieurs ont été retirés des rayons (Auchan, Casino, Carrefour, Cora, Monoprix, Picard,…)

Le problème n’est pas – a priori- un problème de santé publique : la viande de cheval est tout à fait comestible. C’est probablement un problème d’escroquerie, qui met en lumière un besoin de transparence dans la filière.

Findus n’est pas pire qu’un autre, il a même plutôt fait des efforts, pour son approvisionnement en poisson, par exemple. Il ne s’agit donc pas des agissement d’un vilain canard dans une filière exemplaire et vierge de tout soupçon. Il s’agit d’un problème consubstantiel à la filière de la viande : l’obscurité.

La FNSEA demande des mesure de traçabilité, via des tests ADN. C’est une bonne idée. Elle veut en profiter pour défendre les éleveurs français contre leurs homologues roumains beaucoup moins cher – et qui proposent une viande de moins bonne qualité. Tant mieux pour les éleveurs français.

Mais il est peu probable que quiconque veuille aller beaucoup plus loin dans la transparence. Car la filière de la viande fonctionne sur un péché originel et un tabou : celui de l’abattage.

Il est notoirement difficile pour les journalistes d’enquêter sur ce sujet, de pénétrer dans les élevages, de montrer le quotidien de ces usines de mort. Et pour les citoyens, c’est encore plus difficile. Nul dans le secteur n’a envie de parler du sujet, ni de laisser en parler.

Mais tant que notre société n’assumera pas mieux le sujet des conditions d’élevage et d’abattage, d’autres problèmes de ce genre surviendront. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que la filière bovine est prise dans la tourmente : il y a eu la maladie de la vache folle, en 1996, quand on donnait des farines animales aux vaches. Depuis, plusieurs affaires ont secoué la filière : des accusations (non vérifiées) contre Buffalo Grill, le débat sur les conditions d’abattage de la viande hallal, diverses intoxication par E. Coli,…

Et les conditions d’abattage des animaux, les conditions de travail des personnels, les conditions sanitaires des produits : tout cela est intimement lié.

Ce ne sont pas que les grands méchants capitalistes fraudeurs qui sont en cause. L’ensemble de la société devrait intervenir. L’État devrait prendre à bras le corps ce sujet, et ce, avec tout le sérieux qui se doit. Pourtant, lorsque Allain Bougrain-Dubourg, pour ne citer que cet exemple, a proposé un projet d’avis sur la condition animale au Conseil Economique, Social et environnemental, celui-ci a été refusé !

Les agriculteurs français, qui ont tant de mal à vivre de leur métier, acceptent actuellement, pour la plupart, cette omerta car ils ont peur de voir leurs ventes chuter. Pourtant, régler ce problème, ce serait améliorer encore la qualité, et cela permettrait, d’une manière forte, de se différencier des éleveurs de l’est de l’Europe.

Et enfin, les consommateurs. Tant que les citoyens refuseront de penser à ce que veut dire l’abattage industriel quand ils achètent de la viande, tant qu’ils continueront à acheter des plats préparés dans lesquels il y a n’importe quoi, il y aura des gens pour le leur vendre. Et quand on achète des lasagnes surgelées à 1,99 euros, on sait bien qu’on ne peut pas être bien exigeant. Si on veut aider les populations pauvres, les agriculteurs, et les animaux, peut-être faut-il imaginer de mettre en place des tickets alimentaires, ou tout autre forme de subvention, pour rendre accessible aux plus pauvres des produits de meilleure qualité.

La société dans son ensemble doit savoir ce qu’elle mange, et comment sa nourriture est préparée. Ce que montre le scandale Findus, c’est que c’est encore loin d’être le cas. Il est grand temps de lever le tabou qui plane sur cette question.

Olivier Blond

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    • therese Delfel

    Oui, et agissons aussi individuellement !
    Oui sur toute la ligne pour cet article qui met le doigt sur les différents problèmes liés à l’alimentation … industrielle. Mais nous sommes aussi totalement coupés de la réalité du monde, notamment agricole et il me semble urgent que nous retrouvions, individuellement et par petits groupes, le goût du jardinage et celui de la cuisine. A force d’ouvrir du surgelé et tout-prêt sous plastique, nous ne sommes même plus capables même d’aspirer à une nourriture saine, appétissante parce que fraîche et … d’origine connue, puisque produite à côté de chez nous ! Ce sont ces projets d’agriculture et d’élevage à échelle humaine que nous devons développer et soutenir. Ou choisir de devenir végétariens si vraiement l’idée de devoir abattre des animaux même élevés avec respect et abattus au mieux de critères humains,nous insupporte.

      • Jannick POUPARD

      Merci à Monsieur Olivier Blond pour cet excellent article, lequel doit nous faire prendre conscience de notre ENORME responsabilité de consommateurs !

      Merci à vous Thérèse pour votre réaction à ses propos qui doivent impérativement modifier nos habitudes alimentaires. On n’achète pas n’importe quoi, surtout quand on a des enfants !

      Les conditions d’élevage, de transport et d’abattage des animaux dans NOS pays bien pensants sont immondes, inimaginables de CRUAUTE et totalement INACCEPTABLES, car ils concernent des personnes non humaines TOUT AUSSI SENSIBLES QUE NOUS, à tout points de vue !

      SI nos abattoirs avaient des murs transparents et que chacun puissent voir et entendre l’intolérable SOUFFRANCE que nous infligeons aux animaux, PLUS PERSONNE NE MANGERAIT DE LA « viande ». Ce sont là les propos de Gandhi.

      L’industrie de la viande est terrible de cruauté, où nos frères animaux sont toujours considérés comme des marchandises -objets dont on peut faire ce qu’on veut… INACCEPTABLE ! ! !

      Regardez et écoutez la douleur infinie des jeunes juments et jeunes vaches pendues par une patte,
      des tout petits veaux terrorisés, frappés à coups de pieds violents dans l’abattoir, de brebis brutalement jetées dans des compartiments en métal avant d’être égorgées à vif !

      Oui, REGARDEZ et ressentez cette souffrance sur les vidéos en caméra cachée des associations de protection animale comme GAIA (Belgique), PETA (U.S.A)…

      L’industrie laitière est immense de cruauté envers les vaches et leurs petits veaux, lesquels, pour pouvoir obtenir des produits laitiers, ne sont considérés que comme des sous-produits (puisque c’est le lait que l’on veut obtenir).
      Les petits veaux, donc de tout jeunes enfants animaux bien vite séparés de leurs mères, et bien vite aussi transformés en « veau marengo » dans nos assiettes !

      Savez-vous qu’il y a BIEN PLUS DE PROTEINES dans les noix, noisettes, pistaches, cacahuètes et aussi dans beaucoup de fruits et de légumes secs, que dans la « viande » ?

      Saviez-vous que manger de la « viande » est source de la PROLIFERATION de vers intestinaux dans nos intestins ?

      Savez-vous que manger de la « viande » nous rend positivement MALADES ?

      Il est grand temps de considérer les animaux comme nos égaux, de respecter leur droit à la vie, à leur vie en famille ou en groupes et de protéger leur espaces vitaux, en diminuant nous -mêmes notre croissance démographique humaine effrénée !

      « Tant qu’il y aura des abattoirs, il y aura des guerres. », disait aussi Gandhi, car manger de la viande rend les humains agressifs.

      CONSCIENTISEZ-VOUS !

      Respecter la vie, la sienne ET celle des autres êtres vivants, est un acte citoyen et RESPONSABLE.

      Les couples qui fondent des familles en ayant de très nombreux enfants sont totalement IRRESPONSABLES, qu’ils soient Américains, Asiatiques, Africains ou Européens !

      Je souhaite ardemment pour 2014 que la conscience écologique ainsi qu’une meilleure gestion de natalité deviennent LA PRIORITE dans l’esprit d’une majorité des personnes humaines.

      Soyez heureux, sans faire de mal à quiconque et

      BONNE ANNEE 2014 à tous !

  • […] est plus ou moins au courant, et chacun peut se faire une idée de la réalité d’un abattoir, même si les images sont rares. Mais en général, on change vite de sujet. On détourne […]