Trois frères, écologistes tibétains, dans les geôles chinoises

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Trois frères, écologistes tibétains, dans les geôles chinoises.

Karma Samdrup

Le 3 juillet 2010, le verdict tombe: Rinchen Samdrup, 44 ans, écope de 5 ans de prison pour « incitation au séparatisme » ; il aurait soutenu l’idée de scission entre le Tibet et la Chine. Ce jugement suit la condamnation de ses deux frères. Le premier, Chime Namgyal, 38 ans, handicapé, est accusé d’avoir « compilé de manière illégale trois disquettes de matériels audio-visuels sur l’écologie, l’environnement, les ressources naturelles et la religion de la préfecture de Chamdo ». En octobre 2009, il a été envoyé dans un camp de travaux forcés pour 21 mois. Le 24 juin, c’est au tour de Karma Samdrup, 42 ans, d’être jugé pour profanation de tombes. Reconnu coupable, il doit purger une peine de 15 ans de prison et sera privé de ses droits politiques pendant 5 ans. Après avoir été torturés en prison, le passage devant les tribunaux a été expéditif pour les trois Tibétains.

Rinchen, Karma et Chime, tous trois militants écologistes, sont les premiers à avoir sensibilisé leur communauté aux problématiques environnementales. Tôt, ils constatent les effets du changement climatique et de la pollution sur leur environnement : « à l’époque de mon grand-père, il y avait des forêts épaisses abritant des tigres et d’autres animaux sauvages. Mais tous ces arbres ont été coupés comme on rase une tête », témoigne Rinchen. Face à cette réalité, la nécessité de sauvegarder la nature les pousse à s’engager dans l’écologie. Ils débutent en s’impliquant dans des projets environnementaux du gouvernement. En 1990, les organisations civiles sont encore peu nombreuses et contrôlées par le Parti communiste.

Cependant, le contexte politique de la fin des années 1990 va permettre aux Samdrup de développer leurs propres programmes. Karma Samdrup, homme d’affaires qui a prospéré dans le commerce d’antiquités, finance personnellement leurs activités écologiques dans les différents villages de la communauté. Selon Rinchen, « la protection de l’environnement fait partie de la culture du peuple tibétain », il est donc aisé de parler d’écologie avec les Tibétains. Cependant, pour les trois frères, un engagement plus actif est nécessaire. Alors qu’ils s’affranchissent du cadre spirituel traditionnel, leur charisme et leur motivation vont pousser les différentes communautés à s’impliquer.

Ainsi, mobilisés autour des frères, les villageois du plateau de Qinghai commencent à s’organiser pour ramasser les déchets. Dans chaque village, chacun collecte ses propres déchets, puis des expéditions collectives s’organisent pour ramasser les détritus à l’abandon. Tout est trié, brûlé ou revendu. L’argent du recyclage collectif est ensuite réinvesti dans les associations locales. Autre initiative : le reboisement des forêts alentours est effectué par des volontaires. Les villageois replantent des essences endémiques et suivent la croissance des arbres d’année en année afin de s’assurer d’une croissance saine. Les différentes campagnes des trois frères sont de véritables succès.

En 2006, les efforts fournis sont récompensés par une reconnaissance internationale : Rinchen reçoit le Prix pour la Conservation et la Protection Environnementale de la Compagnie Ford Motor. Plus surprenant encore, le gouvernement chinois consacre Karma « philanthrope de l’année » pour avoir « créé l’harmonie entre l’homme et la nature ». Cette attribution est un symbole fort. Elle distingue les résultats obtenus sans tenir compte de l’origine ethnique des primés. Surtout, elle encourage l’application des lois chinoises sur le terrain. Car si le pouvoir central a adopté des lois pour protéger l’environnement, elles ne sont que trop rarement respectées dans les provinces.

La plantation d’arbres et le ramassage de détritus sont des activités consensuelles. En effet, l’autofinancement des projets ne dérange pas les autorités locales dans ces zones où règne la corruption. L’activité de ces sociétés civiles tibétaines est bien acceptée ; c’est une première.

Mais quand les frères entreprennent de s’attaquer à l’exploitation illégale de mines et au braconnage d’animaux rares, tout bascule. Fin 2006, ils accusent des représentants locaux chinois de chasser illégalement des espèces en danger. De fait, ils ne font à encore qu’appliquer la loi. Mais ceci n’est pas du goût des politiques de la région, contestés dans leur autorité. Alors que les tensions croissent, les manifestations tibétaines de 2008 vont servir de prétexte pour enfermer les frères. Ils ne sont plus considérés comme des écologistes, mais comme des partisans du Dalaï Lama. Ainsi, alors même que leur travail va dans le sens des lois sur l’environnement, les trois frères tombent sous le couperet de la justice provinciale : en août 2009, Rinchen et Chime sont emprisonnés. Karma, qui cherche à les libérer, entre à son tour en prison en janvier 2010. Selon Kate Saunders, directrice de communication à International Campaign for Tibet, « ces emprisonnements sont de l’unique ressort des représentants locaux qui se sont sentis menacés par les accusations –par ailleurs légitimes- des frères ».

Pour les organisations qui défendent les frères, les preuves venant soutenir les accusations de « séparatisme » n’existent pas. En effet, les frères ont toujours veillé à avoir un comportement apolitique et se sont toujours tenus à l’écart des mouvements actifs de support au Dalaï-Lama. Dès lors, il s’agit avant tout d’un règlement de compte selon une source de TibetInfoNet. « L’affaire a pris une tournure politique », d’autant que le gouvernement fédéral chinois, au lieu de défendre le travail environnemental des frères, a décidé de ne pas intervenir. Par là, il montre son soutien à ses représentants, en dépit des violations environnementales qu’ils ont commis.

Les peines des frères Samdrup avaient pour but de marquer les esprits. Dans la Région autonome du Tibet, les villageois des différentes communautés ont subi des menaces. Par peur de représailles, ils ont arrêté toute activité écologique. A Gonjo, dans la province du Chambo, les détritus sont revenus. Bientôt, les arbustes plantés, que plus personne ne protège, dépériront.

International Campaign for Tibet

Chime Namgyal

Rinchen Samdrup

International Campaign for Tibet – Tibet Info Net
logos ONG International Campaign for Tibet TibetInfoNet

International Campaign for Tibet (ICT) est une ONG internationale qui promeut les droits de l’Homme et la démocratie pour le peuple tibétain. Fondée en 1988, l’organisation possède des bureaux à Washington, Amsterdam, Bruxelles et Katmandou. Elle travaille avec les gouvernements pour développer des programmes d’aide aux Tibétains et organise des veilles sur les conditions environnementales et socio-économiques au Tibet.

TibetInfoNet est une organisation indépendante à but non lucratif fournissant un service d’informations sur le Tibet contemporain. Elle émane d’ une initiative privée des collaborateurs du Tibet Information Network au moment de sa fermeture. L’ONG suit de près la situation au Tibet, analyse ses évolutions grâce à la contribution d’experts internationaux et diffuse l’information via internet, au travers de rapports, courriels et publications.

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